LIVRE XVIIÏ
i appelés mulasims , et les niuderris sont assurés ; d'une rétribution quotidienne de 26 aspres. r Suivant la mesure de ces appointements , les professeurs sont appelés les vingt, les trente , les quarante, cinquante, soixante. Les professeurs attachés aux huit medreses de la mosquée de Mohammed tout en recevant 50 aspres par jour , sont appelés les huit, et leurs collèges 'figurent en général, dans les fastes de l'empire, sous le nom des huit paradis de la science. Mohammed avait encore fondé unmedrese, attaché à la mosquée d'Ejub, avec un traitement ideoO aspres. et un autre à la mosquée d'Aja- . Sofia, avec un traitement de 60 aspres par jour ■pour les professeurs. Mais, afin d'établir une distinction de rang entre les places de muder- ( ris jouissant d'appointements égaux , on divisa i ces professeurs en extérieurs et en intérieurs; ; au bas de l'échelle sont les extérieurs, puis «viennent les intérieurs, qui ont au-dessus d'eux les huit de la mosquée de Mohammed; les ■«oixante sont au sommet. Les appointements et I le rang des professeurs étaient déterminés par «'importance des leçons qu'ils avaient à donner : uainsi, les vingt font une lecture sur une œuvre : dogmatique: les trente, sur la rhétorique; les quarante enseignent le droit civil; les cinquante, la tradition des prophètes; les soixante donnent L l'exégèse du koran. Outre les ouvrages supérieurs sur la rhétorique et la métaphysique, dont les premiers éléments sont enseignés déj;i i dans les basses classes, le haut enseignement comprend les quatre branches des sciences lé-
■ gislatives : la dogmatique, la jurisprudence, , les traditions orales, et les actes écrits. Le mula-
■ sim, qui a suivi durant sept ans la carrière de ! ces études, et qui est sorti victorieux des exa- ' mens sévères, est seul propre à occuper les
places de muderri ou de juge supérieur; celles de magistrats de dernier ordre, ou des nains, ; leurs substituts, dont les appointements sont i de 25 aspres par jour, n'exigent que les éludes de danischmendes. Le muderri du rang le plus élevé s'appelle machredscb-mollah, c'est-à-dire mollah eu survivance. Letitredemollahn'apparlientqu'auxplushautsdignilairesde la magistrature, qui constituent la première des cinq classes du corps des ulémas, et qui forment encore six subdivisions, suivant leur importance et leurs evenus.
De tels soins de la part du législateur pour l'institution des écoles, les avantages et la considération des professeurs, assurèrent les progrès de la culture des sciences et la prospérité des savants sous Mohammed 11. Lui-même avait été formé à l'étude dès sa jeunesse; et ses lettres et ses vers lui méritèrenl l'honneur d'être compté parmi les poètes ottomans. A dater de son époque, la charge de précepteur du sultan (chodscha), qui devait faire des lectures , nonseulement aux princes, mais au sultan lui-même, devint une dignité permanente affectée aux premiers ulémas. Lue douzaine des savants les plus distingués occupèrent cette place , depuis la jeunesse du conquérant , jusqu'à la fin de son règne ; donnant des leçons à lui-même ou à son successeur, Bajesid ; parmi eux, on cite le mollah Kurani et le mollah Sirek. Chodschasade, Chatibsade, et le malhémath ien Miremtschélebi. Ln autre mathématicien et astronome du plus haut renom , Alikuschdschi, accompagna le conquérant dans ses guerres, et. durant la campagne contre Usun-Hasan, écrivit un traité d'astronomie intitulé Fethije ( de la conquête ); aujourd'hui il marque encore les limites où se sont arrêtés les progrès des Ottomans dans l'astronomie, depuis le conquérant. Alors qu'il n'était pas encore sultan , Mohammed avait engagé un commerce de lettres avec les princes les plus éclairés de ses contemporains, dont la protection accélérait les progrès des éludes, et assurait la prospérité des savants. C'est ainsi qu'il fui en correspondance avec le petit-fils et l'arrière-petil-fils de Timur, avec Baisankor, frère, et avec Abdullalif, fils d'L'lug-Beg, connu de l'Europe par les tables astronomiques qui portent son nom , avec D-.chihanschah , souverain de la dynastie du Mouton-Moir, et avec Schirwan-Schah, souverain de Schirvvau. Quelquesunes des pièces de la collection des papiers d'État du reis-effendi Feridun ont été peut élre irrites par la plume du prince; car les lettres de victoire annonçant ensuite la conquête de Constantinople, de la Morée, de kaffa, et le triomphe remporté sur Usun-Hasan, et adresséesauxschahs de Perse et aux sultans d'Egypte, aux princes de kastemuni et de krimée, au scherif de la Mecque, aux maîtres de l'indostan, portent sur lasuscription les noms des rédacteurs, tels que mollah kurani et mollah kerim,deu.\savantsqui
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defterdar, puis vesir de Mohammed II, rivalisa
alors rivalisaient dans l'art de rédiger des lettres, avec leur contemporain, le modèle inimitable de tous les écrivains épistolaires persans, Chodschanidschihan , vessir de Mohammed- Schah behmen de l'Inde.
Non-seulement les légistes, par leurs progrès dans les sciences , s'élevèrent en crédit et en dignilé, sous Mohammed , mais des paschas et des vesirs s'appliquèrent aussi à l'étude avec ardeur, et donnèrent, par leurs ouvrages et leurs actions, la preuve la plus éclatante , que la science relève le guerrier et l'homme d'État, et que, dans les plus hauts emplois, elle est un gage de la plus grande prospérité pour les empires. Outre Mahmud-Pascha, le grand vesir auquel nous avons déj;'i rendu hommage pour ses services aux études et aux savants, cinq vesirs et un grand vesir encore sesignalèrent dansles sciences, savoir : Sinan-Pascha, deux Ahmed-Pascha , Jakub-Pascha, Dscheseri-Pascha et iegrandvesir Mohammed-Pacha-karamani. Sinan-Pascha, fils de Chisr-Beg, affichait dans sa jeunesse un tel scepticisme, qu'un jour son pèreluilança un vase de cuivre à la tète, impatienté de l'entendre douter que du cuivre fût réellement du cuivre. Sinan s'appliqua plus tard aux mathématiques, devint précepteur du prince et vesir ; mais ensuite il tomba dans la disgrâce, et, sur l'ordre du sultan , qui prétendait lui faire appliquer ainsi un remède contre la folie, il dut recevoir, chaque jour, un certain nombre de coups de bâton. L'intervention des ulémas le fit réintégrer dans les fonctions de muderris, qu'il put exercer à Siwrihiszar et Andrinople ; il écrivit sur l'astronomie, la métaphysique , l'éthique, et sur des légendes. Ahmed-Pascha et Jakub-Pascha, fils, comme Sinan, du grand savant mollah Chisr-Beg, paraissent avoir été redevables du titre de pascha, moins à leur propre savoir qu'à la renommée de leur père et de leur frère (1). Ahmed-Pascha , fils de Welieddin , précepteur du prince, puis vesir, fut le premier poëte lyrique des Ottomans véritablement digne de ce nom ; il se maintint à cette hauteur, jusqu'à ce qu'il se vit obligé de céder la palme àNedschati,qui lui-même fut surpassé dans la suite par Baki. Dscheseri-Rasim-Pascha, d'abord
(1) Schakaikun-Naamanije.
sous le nom de Ssafi ( le pur ) avec les ghaseles d'Ahmed-Pascha (1), et Mohammed-Pascha-I i Karamani, le dernier grand vesir du conquérant, l'ordonnateur de ses institutions politiques sous la forme du kanunname, alors qu'il était simplement nischandschi, parvint dans une haute estime auprès de son maître par son talent à rédiger les lettres adressées au schah de Perse; puis, il acquit pleinement sa confiance, i et le sultan lui conféra la plus haute dignité dei l'empire. Karamani conserva, comme poëte, le titre de son emploi (nischani); il ouvrit la car-fl rière aux savants secrétaires d'État ses succes-M seurs, parmi lesquels trois historiens sont dis-il tingués, d'après l'importance de leurs ouvrages. par les surnoms de grand, de moyen, et del I petit Nischandschi. Ainsi, de sept savants vesirsll du conquérant, quatre furent poètes , et parmi il eux brillèrent les plus grands hommes d'État B de son règne, Mahmud-Pascha, le fondateur li de la hiérarchie des ulémas, et Mohammed- M Karamani, l'organisateur de l'ordre administratif. Le second fils de Mohammed, sultan Dschem, aimait aussi à cultiver la poésie; il fit occuper, par des poètes, les premiers emplois de sa cour et de son administration; Saadi fut son nischandschi; Haider et Schahidi figurèrent comme ses defterdars. Le conquérant, qui avait pris, comme poëte, le nom d'Auni (lesecourable), mérita ce titre par sa générosité envers les nourrissons des muses, étrangers ou établis dans ses États. Trente de ces poètes jouissaient de pensions viagères; au premier écrivain de l'époque, à Chodschai-Dschihan, qui vivait dans l'Inde, et au dernier grand poëte persan, mollah Dschami, il envoyait annuellement 1,000 ducats.
Arrosée ainsi par les abondantes faveurs descendues du trône, la poésie ottomane dut n'eu- | rir rapidement, et porter des fruits enabon- j dance. A Brusa, apparut une pléiade de poëtes lyriques ; Kastemuni s'enorgueillit d'une con- i stellation non moins brillante , au sein de la- I quelle resplendissait une femme , la fameuse Seineb (2); mais parmi les trente poëtes pen-
(1) Aali , Scbakaik , Seadeddin.
(2) Latifi , Biographies des poêles turcs , trad. par ^habert , p. 190.