‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 202 sur 288 · E XX · texte numérisé non relu

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les troupes albanaises marchassent sur Belgrad pour l'investir, et que lekapudan-pascha, Goigu- Sinan, attendit, avec trois cents bâtiments (1), Sur la cote d'Albanie, l'arrivée du sultan. Luimême quitta Constantinople le 1er mars [1492], et marcha sur Sofia, dans le dessein de se porter de là contre Belgrad ou vers l'Albanie, si le projet médité contre la ville échouait (2). Cependant les troupes de Semendra avaient assiégé Sabacz, enlevé quelques châteaux en Bosnie, et menacé Jaicza. Les Turcs, qui poussaient leurs courses vers la Hongrie, se laissèrent refouler par Kinis ; quelques begs furent pris 3\ et George More, frère du ban de Szœreny, envoya deux voitures pleines de tètes de Turcs, à la diète, où. celte sanglante annexe au bulletin de la victoire répandit l'enthousiasme (4j).

Ayant perdu tout espoir d'obtenir Belgrad par trahison ou par surprise, Bajesid marcha de Sofia vers 1 Albanie par la route de Monastir l juin 1492 , et passa à Depedelen (5) vingtquatre jours du mois deBamazan, durant lesquels les troupes de la maison du grand vesir et les janilschares dévaslèrcn! le pays et le dépeuplèrent (i . Lorsque le sultan se rendait de Monastir à Parlcpe, à l'endroi! où le chemin se res erre le plus, un assassin, déguisé en kalender, s'était approché de lui pour le frapper; mais le coup fut détourné par les gardesdu corps, qui mirent aussjtôt l'assassin en pièces. Depuis rcl événement, si ce ne fut même à partir de la mor t de Muradl01, assassiné par Kobilovich. sur le champ de bataille, s'établit la loi que personne ne pal s'approcher armé du sultan, que tous ceux qui devaient paraître en sa présence lussent introduits par deux chambellans obligés de leur tenir les bras. Cette mesure de précaution contre les assassins est devenue depuis

(1) Dans la chronique de Marini Sanuto se trouve l'équipement d'une flotte de trois cents voiles, dès l'année

(2) Seadeddin . I. m , fol. 349.

(3) Bonfhiius , dec. v, I. n , à la fin.

(4) Eiijjel , Histoire de Hongrie , 1. m , p. 48.

(5) Depedelen, et non pas Tebelen , comme écrit loujonr Fouqiieville, est le nom du lieu de la naissance d'Ali- Pascha de Janina.

(fi) Seadeddin , 1. ni , p. 495; Ssolaksade , Noclibetet- Tewarich.

une règle de cérémonial à laquelle sont soumis les ambassadeurs des rois et des empereurs. Bajesid prolongea son séjour en Albanie de quelques mois, a cause de la pesle qui ravageait Conslantinople, et ne revint dans sa capitale qu'au milieu de l'hiver.

L'Autriche ressentit vivement les calamités de cettecampagned'Albanie,désoléeparlesakindschis, dont les cruautés surpassèrent cette fois tout ce que l'on avait vu jusqu'alors. Ils se répandirent en même temps sur laSlyrie, la Carinthie et la Carniole , se partageant en trois corps. Le premier pénétra dans la Carniole par Mœltling, Hudolphswerth , et poussa jusquà Laybach, frappant le pays d'horreur et de consternation. Les enfants étaient empalés, ou leurs tètes écrasées contre les murailles; les filles, outragées sous les yeux de leurs mères; et les femmes devant leurs maris, qui étaient ensuite accouplés comme des chiens et chassés en esclavage ; les tètes que les barbares coupaient à leurs victimes, ils les faisaient rôtir ensuite au bout de longues broches pour leurs horribles festins. A Tarwis, il y eut un massacre général ; les rues étaient couvertes de cadavres , de troncs mutilés, de membres coupés. L'empereur Maximilien envoya des troupes au secours de la Carinihie; d'autres se rassemblèrent sous Rodolphe de Khevenhuller, et les nobles de Carinthie, Lans Ungnad , Nicolas Lichtenstein , Pancrace Dictrichslein, Léonard de Coloniz, Christophe de Veistriach, Georges de Weiszeneck et Nicolas Rauber , dont le nom de famille reparait toujours lorsqu'il s'agit de repousser le brigandage. On en vint aux mains près de Villach. V ingt-cinq mille chrétiens enlevés par les Turcs brisèrent leurs fers durant le combat , et tombèrent sur les derrières de l'ennemi. Sept mille chrétiens et dix mille Turcs restèrent sur le champ de bataille ; sept mille Turcs furent pris; leur chef Ali-Pascha, de la famille des Michaloghli (1), fut tué par Khevenhuller, ou par Coloniz (2). La terre qui s'élève pour recouvrir les ossements indique encore aujourd'huile lieu où se livra le combat, et atteste le nombre des morts. La troisième division des akindschis

(1) Seadeddin et Ssolaksade fout mention de la défaut et de la famille du paseba.

(2) Valvasor , rve liv., et Megiser.

avait été repoussée dans la basse Styrie jusqu'à Cilly. Ces cannibales éveutraient les morts, leur arrachaient les intestins, dont ils s'entouraient comme de ceintures, coupaient les corps par morceaux, les faisaient rôtir, et les dévoraient. Au reste, de tels actes de barbarie n'appartenaient point exclusivement aux Turcs; les Hongrois en commirent d'aussi atroces, et les troupes de Kinis imitèrent les akindschis de Michaloghli, ou souvent leur donnèrent l'exemple. Après la levée du siège de Szaereny, Kinis appliqua son esprit à inventer des supplices pour Us prisonniers turcs: les uns étaient cousus dans des sacs et jetés à l'eau; d'auires, attachés à des roues de moulin, ou bien écorchés vifs, ou rôtis; il y en eut qu'il fit déverer par des porcs affamés (1). Dans cette même année, où Ali-Bi g Michaloghli était battu et tué près de Villach par Khevenhuller, l'eunuque Ali, pascha de Semendra , était repoussé au défilé • de la tour rouge par Etienne de Thelegd, et repoussé delà Transylvanie, en sorte qu'il abandonna tout le butin enlevé, et perdit quinze mille hommes tués ou prisonniers (2). Afin de venger ce triple affront fait aux armes turques, l'année suivante, Jakub-Pascha, qui avait été grand maître de la cour de Bajesid alors que ce prince était dans son gouvernement d'Amasia, puis s'était trouvé en qualité de beglerbeg, dans la Karamanie, auprès du prince gouverneur Alem-Schah, fils de Bajesid, se jeta, avec cinq mille hommes, sur les cantons de la basse Styrie autour de Cilly (3) et Pettau. En passant devant Jaicza, Jakub-Pascha provoqua au combat le commandant de cette place, Kanisai, qui, sortant de l'enceinte des murailles, fit perdre aux Turcs l'envie de s'arrêter plus longtemps en ces lieux (4). L'expédition traversa l'Unna, près d'Ostroviz, se dirigeant sur Sluin, et passa la Kulpa que, suivant Seadeddin, les coureurs turcs n'avaient pas encore franchie. Après quinze jours de pillage et de massacre dans la

(1) Engel, Hisloire de la Valactaie , 1. i, p. 183.

(2) Engel, Histoire de Hongrie, 1. m, 2e division, p. 55.

(3) Bonfinius , dec. v, 1. m, p. 707; Giovio se trompe , ainsi qu'il le fait souvent , en prenant l'eunuque Ali-Pas-, eba , gouverneur de Semendra , pour le cbef de cette irruption.

(4; Seadeddin , I. ui .fol. 497.

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