‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 223 sur 288 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

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v;e ;'i toutes les forces des princes Usbegs, le j h rai persan succomba avec toute son armée, et Jrsa-Baber, qui plus lard devait fonder l'em- I e dit du Grand Mogol, dans l'Inde, s'enfuit vs Ghasna. Temir-Sultan et son neveu Obeid- Sltan franchirent l'Oxus; mais ils le repassent bien vite, a la nouvelle de l'approche d'isi il (1). Voulant châtier ignominieusement la lheté d'Abdaldede, qui avait fui devant les fees supérieures des Usbegs, Isma il ordonna te ce chef, dont il avait naguère récompensé 1 nombreux services, fût revêtu d'un costume ( femme, placé sur un âne, et promené ainsi travers le camp au son des fifres et des tam- Jurs; puis il confia le gouvernement du Chouan au Syrien Seinel-Chan et celui de Balch fpiw-Sultan, originaire de l'Asie-Mineure. (tte année vit naître son fils et successeur, Hhmasip (2). A sa cour se trouvait l'arrière-pe- B-filsde Baikara, petit-fils de Timur, le prince Idius-Seman ( merveille de l'époque), qui, ;rès le renversement du sultan Uusein, son |re, détrôné et tué par Scheibek-Chan, s'était inigié sous le sceptre de Perse. Cet exemple |' suivi par les fils du malheureux Ahmed, Amasia. Aussitôt après l'avènement deSelim, lir père avait envoyé deux d'entre eux à Isnïl comme garants de son amitié; et le troieme, Murad, était arrivé en fugitif après la brl d'Ahmed. Ismail prenant en main la dépose de ces opprimés, équipa une armée, et ivahit le territoire ottoman. Toujours vain- 'ueur pendant quatorze années de guerre con- 'îue , ayant abattu quatorze souverains (3) qui hraient refusé de courber la tète devant lui, il opérait bien aussi arracher la couronne avec [i vie au sultan des Ottomans. Mais sou étoile »ait atteint son plus brillant éclat; elle allait Mir devant celle du souverain des Turcs : elle obscurcit à la suite de la bataïl'e de Tschaldiitn, jeta, dix années encore, une faible lueur, iOur s'éteindre enfin entièrement.

Toutefois, l'apparition dismail au commenlement du xvie siècle, signala une des époques is plus remarquables dans l'histoire des États

(t) Nochbetet-Tewarich et Dschenabi.

(2) Le 21 siltaidsche de l'année 918, c'est-à-dire le ' mars 1513.

(3) Ssolaksade.

asiatiques et dans celle del'Église. Au temps où l'Europe sentait déjà se former les germes du schisme qui devait diviser les enfants de Jésus, on vit éclater de nouveau, dans l'islam, les discordes religieusesquiseniblaient endormies depuis cent cinquante ans. Le schisme des sunnites et des schiites a laissé une trace si profonde dans l'histoire des empires de Turquie et de Perse, il est mêlé si intimement à l'existence de ce dernier état, depuis son commencement jusqu'à ce jour, qu'il est indispensable de l'examiner de plus près pour avoir l'intelligence des événements des deux états rivaux ; de même que l'étude de la réforme, de son origine, de son esprit et de son but, est nécessaire si l'on veut comprendre l'histoire moderne de l'Europe. La différence entre la grande séparation religieuse opérée par la réforme et celle qui s'accomplit de nouveau dans l'islam, sous Schah-Ismail , n'est pas seulement dans l'époque de leur commencement et dans jeur durée, elle tient surtout à la diversité complète de l'esprit qui les inspire. Si la religion chrétienne a servi souvent de prétexte pour secouer sur le monde les torches de la guerre, néanmoins ni le catholicisme ni la réforme n'ont un but politique; et l'Eglise et l'État qui, dans la théocratie des juifs et dans la plupart des religions asiatiques, sont inséparablement unis, comme l'âme et le corps , sous le christianisme marchent sur deux lignes parallèles. Dans l'islam, l'Eglise et l'État naissent et croissent ensemble, se confondent dans une seule existence; chaque coup porté sur le trône, frappe aussi sur l'autel, et le grand schisme des sunnites et des schiites n'est pas seulement une diversité d'opinion purement religieuse et théorique sur la doctrine, mais en même temps une division politique et pratique sur la succession du trône. L'arbre de l'islam ne s'est point divisé en deux branches principales après quelques siècles de croissance, comme celui du christianisme, mais en deux troncs principaux qui se séparent en s'élevant de terre. La succession du prophète ne devail-elle pas appartenir immédiatement à son gendre Ali. de préférence aux trois autres chalifes Ebubekr, Omar et Osman? Après la mort d'Ali, le pouvoir suprême devait-il ou ne devait-il point passer à ses fils de la maison

d'Ommia (1)? Voilà des questions qui furent agitées au bout de trente années entre les partisans d'Ali et ses adversaires. Les derniers, les plus puissants, et qui se mirent en possession du ctaali fat, se nommèrent sunnites (2), c'est-à-dire les sectateurs de la tradition littéralement entendue, et ils imposèrent aux partisans d'Ali le nom de schiites, c'est-à-dire apostats, ou celui de rewafis, hérétiques. La première arméedesschismatiques,motesèles, qui disputèrent le trône au gendre du prophète,futconduitepar son adversaire déclarée Aische, la plus chérie et la plus jeune des femmes de Mohammed, qui ne pardonna jamais à l'époux de sa belle-fille Fatime de n'avoir pas cru aveuglément à son innocence, alors que l'on s'occupait de l'aventure nocturne de cette belle Aische avec le fils de Ssafan, et d'avoir persisté dans ses doutes avec d'autres sceptiques, jusqu'à ce qu'une Sura envoyée du ciel les réduisît au silence. Comme elle-même se mêla aux combattants, montée sur un chameau, la bataille à laquelle elle assista fut appelée bataille du Chameau. Le plus sanglant des combats, que Moawialivral'année précédente à l'indiscret Ali [656], fut celui de Ssaffin. Vingtdeux ans après, sous Jesid , fils et successeur de Moawia sur le trône des chalifes, Husein, le plus jeune des fils d'Ali, fut mis à mort dans la plaine déserte de Kerbela, après qu'il eût enduré le supplice de la soif l'22 octobre 679]. Dès lors, Aische, Moawia et Jesid, furent des objets d'horreur pour tous les partisans d'Ali et sa famille, qui les maudissaient au fond du cœur, et bientôt laissèrent éclater ouvertement leur haine.

Les descendants d'Ali prirent le nom d'Imams, qu'ils partagent avec les musulmans présidant à la prière et les premiers pères de l'Eglise, et même avec les chalifes. Comme ils n'étaient que douze, dans la suite ce nombre devint sacré pour les partisans d'Ali. Les sept premiers étaient descendus dans la tombe sans avoir entrevu la possession de ce trône toujours promis à leur ambition, lorsque le septième chalife de la maison d'Abbas Mamun, fameux pour la protection donnée aux sciences, soit scrupule de conscience, soit crainte de ne

(1) Ou plutôt Ommaja.

(2) Dissidents.

MPIRE OTTOiMAIN.

pouvoir maintenir le trône contre la puissant toujours croissante des partisans d'Ali, décl pour son successeur le huitième imam fils de Musa, qu'il surnomma Risa (l'agréai et lui donna pour épouse sa fille Ummi fasl (mère du mérite) [816]. En même tem| il quitta le noir, qui était la couleur offici de la maison d'Abbas , pour adopter le vei couleur de la maison d'Ali. Mais, après la de Risa, Mamun révoqua ses dispositions l'ordre de succession et reprit ses anciei couleurs; toutefois, il proclama hautemei prééminence d'Ali sur tous les autres disciple du prophète [826], au grand mécontentemen de tous les sunnites, et à la satisfaction schiites. Son petit-fils et troisième succei Motewekkil, adopta une ligne de conduite opposée. Sunnite ardent, il fit maudire et Husein du haut delà chaire, violer leuS pullures, interdit le pèlerinage à leurs tom1 beaux sous les peines le.» plus rigoureuses, e; poursuivit les schiites par le fer et le feu durait* quinze années de son règne. Mostanszir, suc1 cesseur de Motewekkil par un parricide [861JI révoqua les mesures adoptées coutre les part1 sans d'Ali, fit cesser les malédictions pronon1 cées contre eux dans les mosquées, et montr' les plus grands égards pour les descendants riV gendredu prophète. Les partisans d'Ali vécurent ainsi un siècle sans être persécutés ; ils reçurent de grandes faveurs de Moiscddewlet, le puis' sant souverain de la maison Bu je, qui, voulan1 servir sa propre famille, travaillait à relever l1 maison d'Ali pour affaiblir le pouvoir des chai lifes Abbassides. En dépit du chalife Metiu-LiM lah, il institua une fête mortuaire en l'honneu' d'Husein, au jour d'Adschura, le dix du premiet' mois de l'année lunaire. Ce jour, qui jusque-là! dans le calendrier de l'islam, était une fête dV délivrance, anniversaire de celui où Noë descendit de l'arche , ou Joseph sortit de prison dut être désormais transformé en un jour di deuil et de lamentations. Les boutiques de marchands étaient fermées; des pleureuses, le:, cheveux épars, parcouraient les rues en poussau des gémissements et des plaintes sur le mar tyr d'Husein (1). Cette fête lugubre, encori

(I) Malcolm , Morier, Porter, et , d'après Chardin, le Français , Dupré , Tancoigne , Juabert.

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