LIVRE XXII
au\] , ayant surpris , dans son camp, un espki persan appelé kilidsch, il adressa par cet ■ame à Ismaïï une déclaration , en forme illettré, cpii, de la part du sultan Selim, Iferidun, l'Alexandre, le Cyrus, la terreur d. Pharaons de son temps , dénonce la guerre ■ne manière bien légitime, ed vertu du fet- ■jde tous les légistes, à l'émir Ismail, com- Indanl des armées perses , tyran comme Soit et Esrasiab , destiné à la ruine, comme le dnier Darius, parce qu'il a quitté la voie du Int, renversé le culte du vrai Dieu, usurpé le ■ne, opprimé les moslims; parce que, enve- ■pé sous 1: manteau de la duplicité et de l'hy- Ifrisie , il a répandu les soulèvements et la ré- ■te, planté le drapeau de l'impiété et de l'héfte, lâché la bride aux passions, s'est rendu ■pable d'outrages envers les choses sacrées, dla destruction des vertus, de la profanation h mosquées , de la ruine des tombeaux, du ■pris envers les légistes , de malédictions litre les trois premiers chalifes, d'abus des Qtes écritures du Koran. C'est pourquoi le an , ayant dépouillé les étoffes d'or et de ;, couvrant sa tète du casque et sa poitrine la cuirasse , a maintenant tiré son épée vicieuse ; mais , fidèle aux principes de l'islam , eut bien encore l'avertir avant de le frap-, •. Cette lettre a donc pour but de le rappeler repentir, et de l'engager à restituer sans déles cantons arrachés a l'empire ottoman-, si- , les armées invincibles vont se répandre son pays : ce sera l'ordre de Dieu. Salut dément à celui qui suit la vraie direction. Le même jour, Selim adressa aussi une lettre 'erruch-Scha-Beg, descendant de la famille Mouton-Blanc, pour le sommer de résister à ail (1). Le lendemain de l'expédition de ces ices , le camp de Maldepe fut levé , et dans plaine de Jenischehr , le beglerber de Rumili san-Pascha, à la tète des troupes qui avaient inchi l'Hellespont à Gallipoli, vint faire sa metion avec le sultan. Dix jours après à Sidiaasi , lieu fameux où reposent les restes du •emierCid arabe Sidal-Baltal (2), le seigneur,
(1) Dans Feridun , n° 274 , avec la réponse , n° 275 , n>le Code* d heque de Paris, p. 307.
,2) St'diàtgh'asi, Albseplai, c'est-à-dire seigneur, vaineur, champion, mourut de la mort des héros, l'an de
le héros, on fit une halte de trpis jours, l'armée reçut une gratification de 1,000 aspres par homme (1). Le vesir Dukagin-Ahmedsade fut détaché avec une avant-garde de vingt mille sipahis feudataires, et on lui adjoignit le gouverneur de Siuope Ahmed-Karadscha-Pascha , avec cinq cents cavaliers des mieux montés, pour enlever des prisonniers (2). Les troupes se dirigèrent par Konia et Kaiszarije; dans ce dernier lieu, on s'arrêta quelques jours, que l'on mit à profit pour négocier l'envoi d'un corps auxiliaire de cavalerie avec Alaeddewlet , seigneur de Sulkadr. Ce prince , que Selim somma de se rendre en personne à son camp, s'excusa sur son âge et sous d'autres prétextes, et non seulement refusa le secours demandé , mais encore inquiéta l'armée turque, qu'il harcela durant sa marche. Cette offense entra profondément dans le cœur implacable de Selim , et fournit, dans la suite, un motif pour châtier le souverain de Sulkadr. Après d'inutiles négociations, l'armée poursuivit sa marche. A Uskudsche, fut proclamée une augmentation générale de 50 aspres pour chaque cavalier feudataire possédant un revenu de 1.000 aspres. A Siwas, il y eut une revue ; l'armée comprenait cent quarante mille hommes, soixante mille chameaux et cinq mille vivandiers (3). Quarantemillehommes, parmi lesquels se trouvaient les invalides , furent laissés entre Siwas et Kaiszarije, en partie pour protéger le pays de ce côté, en partie pour remédier au manque de vivres et de fourrages , qui déjà se faisait sentir; car le chan persan Ustadschlu avait fait porter la flamme dans les lieux que traversait l'armée turque, et toute cette contrée était transformée en un désert (4), en sorte que les troupes de Selim étaient réduites aux vivres que la flotte avait transportés àTrabesun, et qui étaient ensuite amenés à dos de mulet (5).
l'hégire 122 [739], par conséquent trois siècles avant le Cid espagnol.
(1) Aali , me événement , fol. 193; Seadeddin , Sso- Iaksade , fol. 85 ; dans Dscheials Selimname , eiem plaire de Dresde , fol. 38.
(2) Ibid.
(3) Ebulfasl , fol. 44.
{4) fseadeddin , Ssolaksade , Aali , Kbulfasl , fiis et continuateur d'Idris.
(5) Aali, fol. 193, ainsi que les rapports des consuls vénitiens, dans Sanuto,et Giovio, Fatti illustri di Selim,
La première lettre adressée au schah de Perse par le sultan Selim fut bientôt suivie d'uue autre conçue en des termes semblables, et contenant des vers persans mêlés à la prose (I . Par dérision, le sultan avait envoyé en présents , des attributs de seheiehs , tels que, froc, bâton, cure-dent, ciliée : allusion injurieuse à l'origine d'Ismail, qui descendait d'une famille de seheiehs (2). Le sultan des Ottomans envoya, en outre, d'iïrsendsehan une troisième lettre écrite en turc, reproduisant les deux premières et annonçant son arrivée dans l'Aserbeidschan, ainsi que l'établissement d'une armée de quarante mille hommes, entre Kaiszarije et Siwas. Après des maximes générales sur la valeur militaire, il ajoutait :«Ceux qui se saisissent du pouvoir suprême par l'épée doivent exposer leur poitrine au danger, comme le bouclier, et se tenir ferme comme le casque contre les coups. La fiancée de l'empire n'est embrassée étroitement que par celui qui baise les lèvres de l'épée ; c'est une grande erreur de donner le nom d'hommes à ceux qui cherchent leur sécurité dans les ténèbres, et à ceux qui fuient la mort il ne convient pas de ceindre l'épée et de monter à cheval. » Suleiman finissait en sommant Ismail de paraître sur le champ de bataille (3). Lorsque l'armée campait à Tschemen, arriva un ambassadeur persan, avec la réponse aux trois lettres de Selim [18 juillet 1514], et apportant pourp résent une boîte pleine d'opiat. Selim et Ismail renouvelaient ainsi cet exemple, donné si souvent dans l'histoire orientale , d'un échange d'ambassadeurs, dont les lettres de créance ne contenaient que des insultes , dont les présents n'offraient que des allusions outrageantes. La lettre de Schah-lsmail. dont les historiens ottomans se contentent de dire qu'il y régnait une emphase ridicule et un fol orgueil, commence par donner au sultan des Ottomans , les litres qui lui appartiennent, et, avec un ton parfait de bienséance et de dignitédans le style,
(1) Cette lettre n'est reproduite par aucun historien ottoman; Feridun seul la donne.
(2) Dans Feriduu, n° 251, exemplaire de la bibliothèque de Paris.
(3) Dans les papiers d'État de Feridun , n° 251 , exemplaire de la bibliothèque de Paris , n° 79 , p. 289 ; dans Seadeddin , fol. 237 ; Aali , fol. 190 ; Ssolaksade , toi. 85 ; Ebulfasl , fol. 46.
Ismail proteste ensuite de son ignorance sur $ causes de la guerre, insiste sur l'amitié qttu voudrait entretenir avec Selim, soutient qun traitant en ennemi le prince de Sulkadr, m hostilités ne menaçaient pasd'autre souveraine il invoque les bons rapports entretenus a«i Selim, alors que celui-ci élait encore gouvjj neur de Trabesun. «Qu'il ne soit rien charl aux anciens rapports d'amitié, continuel; d'ailleurs, un style comme celui de Selim ■ convient nullement à des sultans; de tel phrases ne peuvent être que l'œuvre de secH taires enivrés d'opium, c'est pourquoi j'envqj par mon ambassadeur Schahkuli-Aga, uneboî d'or avec de l'opiat ; bientôt ou verra ce et] Dieu a décidé, et alors le repentir arrivera tri tard. J'écris ces lignes à la chasse près d'iszfl han; mais maintenant je vais m'armerpqj marcher contre celui qui me menace, si celte I ponse amicale n'amène aucun résultat. Du resU Selim peut agir selon qu'il lui conviendra a jusqu'alors la guerre a été différée , c'est qn j'ai mûrement réfléchi à la fin des chose! Cette lettre si mesurée, si on la compare ato trois épitres de Selim , et la boîte d'opiat, < i présentait une allusion cruelle parce que SelW aimait l'opium (I), le transporta d'uue si gram fureur, qu'il fit mettre en pièces l'ambassade! porteur du message. Son neveu Murad avl fait subir le même traitement à l'envoyé de S lira , qui était venu réclamer d'Ismail l'extra* tion de ce prince (2).
Malgré toutes ces provocations aucun ennei ne se montrait, et, vouloir chercher cet enne«| à travers ce pays désolé, c'était se livrer I proie à la famine-, déjà les janitschares murroi raient le mot de retraite. Selim ne se laisj point détourner de son plan de campagne et o! donna que l'armée se dirigeât dlirsendschai] en faisant quarante stations, vers Tebris, cam taie et résidence d'Ismail. Alors, sur les instancj des autres vesirs , le beglerbeg de Karaman) Hemdem-Pascha (3) , qui avait été élevé dans
Cl) AlfonsoUlloa libiodell' Origine dei Turchi; Ven' zia , 1658 , p. 153 ; Selimname de Dschelalsade , eien plaire de Dresde , fol. 40.
(2) Relazione diCose Turche di Cipro, dans Marini S nuto , p. xix.
(3) Giovio , Fatli illustri di Selim, le nomme Chei