LIVRE XXII
arein avec Selim, osa faire des représentations; ette liberté de langage lui coûta la vie; Seinel- .'ascha fut nommé à sa place, et le camp fut 'ansporlé d'Ersendschan à Tschurumek. Là. ,ali-Beg envoya quelques têtes et deux prisoniers. Selim, qui, depuis l'assassinat de l'ambas- .adeur persan, ne pouvait livrer ses envoyés au lême sort , et qui cependant ne voula i t pas rester ous le coup de la boite d'opium , fît mettre les eux prisonniers en liberté, et les renvoya à smaïl , avec une nouvelle lettre turque plus inultante que les précédentes. En s'adressant au chah, il faisait appel au courage du soldat : IsmaïlBehadir! tu m'as provoquépar des paroles udacieuses. Me voilà depuis plusieurs semaines vec une puissante armée, et je n'ai encore auune nouvelle de toi. Es-tu vivant ou mort? Je te sais. Tes hauts faits ne sont que ruseset intri- (,Ties; applique les ressources de la médecine à la ..uérison de ta lâcheté ; afin de ménager ta lanfteur et ta faiblesse de cœur, j'ai placé quarante mille guerriers choisis près de kaiszarije; ['est ainsi que se manifeste la magnanimité de ennemi. Si tu continues à te réfugier dans les ibscures retraites de la peur, qu'il ne te soit plus permis de porter le titre d'homme; au lieu lu casque , prends un bonnet de femme , change a cotte d'armes contre un parasol , et renonce l'ambition du pouvoir et de la royauté (1). » i la lettre étaient joints des vêtements de ëmme , par allusion à la prétendue lâcheté du chah(2). Selim adressa, par un messager part icuier, une autre lettre fort longue, écrite en perçu, et rédigée avec prétention, au souverain de «markand,Obeid-Chan, pour l'appeler, comme lunnite, à prêter son assistance contre leschah les schiites(3); et une troisième au sultan d'Éfypte, pour lui annoncer qu'il marchait à la lestruclion du schah (4) de Tschurumek (5). ^a marche fut dirigée vers Eskidepe et vers le
(1) Dans Feridun , n° 253 ; Codex parisien , n° 79 , i. 292.
(2) Aali , fol. 194.
t (3) Cette lettre, de six pages, est dans Feridun, n° 247, latéedu 2 dschetnasiul-achir (26 juillet); dans le Codex
■ le la bibliothèque de Paris, 79, p. 310, de la fin de Ischemasiul-achir.
I (4) Dans le Codex de Paris , p. 356.
; (5) Ssolaksade, fol. 85; Seadeddin, I. iv, fol. 639; Uli.
TOU. I
champ de bataille de Terdschan , célèbre par la victoire de Mohammed II sur Usun-Hasan. De là, un beg turkman, qui devint plus tard vesir, Mustapha, reçut ordre de se détacher à gauche, pour aller prendre la place de Baiburd. Lorsque l'armée était arrêtée à Sogmen, parurent des députés de Dschanik, prince de Géorgie, qui envoya des présents en vivres, et les deux fils d'Alaeddewlet, souverain du Sulkadr, qui s'étaient enfuis de la cour d'Ismaïl pour se réfugier eu Géorgie. Selim, satisfait de cette ambassade, envoya son second écuyer porter à Dschanik ses compliments 'avec des vêtements d'honneur. Il continua de faire marcher ses troupes en avant sur la route de Tebris; mais les janitschares murmurèrent lorsqu'ils virent qu'ils étaient conduits toujours plus loin dans le pays de l'ennemi , sans qu'on pût rencontrer cet ennemi, et ils demandèrent hautement la retraite : «Est-ce là, dit Selim, votre manière de me servir? Votre soumission consiste-t-elleen paroles? Ceux qui soupirent après leurs femmes et leurs enfants doivent regagner leurs foyers; quant à nous, nous ne sommes point venus jusqu'ici pour retourner sur nos pas. Il faut des efforts pour arriver au repos, et l'on ne peut sans peine atteindre son but ; que les lâches se séparent de ceux qui, avec l'épée et le carquois, ont consacré leur âme et leur tète à notre entreprise. Je ne renoncerai pas à mon projet.» Tous le suivirent. Le chef des akindschis, Miehaloghli-Mohammed, fit transmettre l'avis que le gouverneur persan de Diarbekr, Ustadechluoghli, était arrivé à Choi, et que Schah-Ismaïl lui-même n'était pas éloigné. Il arriva aussi une lettre d'Ismaïl, en réponse à la dernière provocation de Selim (1). Ces deux circonstances firent accélérer la marche du sultan. Quand le camp fut établi dans le parc de Kasligœl, non loin du château de Maku, le fils de Schehsuwar, Ali-Beg, envoya au sultan quelques prisonniers, qui informèrent de l'arrivée d'Ismaïl à Choi. En récompense, Ali-Beg reçut de Selim un cheval, dont le harnais était tout brillant d'or, et la bride garnie de pierreries (2). Scheich-Ahmed, espion de Selim, fut
(t) Seadeddin, 1. iv, fol. 642; dans Giovio, Fatli illustri di Selim ; dans Sansoviuo, Histoire universelle de Venise, 1654, p. 350.
(2) Seadeddin , 1. îv, fol. 642; Ebulfasl , fol 57.
saisi par les Persans, et amené devant le schah. Il joua son rôle avec une adresse infinie; et le schah t'imagina qu'il avait été envoyé par les Turkmans adonnés ;'i la nouvelle doctrine, pour fraterniser avec les Persans, Ismaïl le congédia en le comblant de présents, et lui promettant de livrer bataille dans la plaine deTschaldiran. Cette nouvelle fut confirmée par les déclarations des prisonniers. A Tanasafi, une écli;;se de soleil donna lieu aux prédictions les plus favorables : car les Persans, dans la plus haute antiquité, ayant adoré le soleil, dont limage figurait encore alors dans les armes de l'empire, on augurait l'obscurcissement de la gloire de la Perse et la destruction des doctrines hérétiques (1). A Tanasafi se répandit aussi le bruit que le château fort de Bajesid s'était rendu au fils de Siïiehsuwar. Deux jours après, l'armée ottomane était à l'entrée de la, vallée deTschaldiran ; sur la pente orientale des collines qui la dominent, élait campé le schah Ismaïl. Dans la nuit fut tenu un conseil de guerre; il s'agissait de décider s'il fallait attaquer l'ennemi le lendemain malin, ou bien accorder auparavant vingtquatre heui es de repos aux troupes. Les vesirs se prononcèrent pour le dernier parti ; le deflerdar ici fut d'avis d'attaquer sans différer; autrement, disait-il, il élait à craindre que beaucoup d'akindschis, adonnés secrètement à la foi de l'ennemi, ne passassent de son côté, ou ne se portassent contre lui qu'avec mollesse. « Voila donc, dit Selira, voilà un conseiller intelligent; c'est dommage qu'il ne soit pas vesir Çï, !» Aussitôt fut donné l'ordre de l'attaque, et l'armée fut rangée en bataille sur les hauteurs, pour descendre dans la vallée.
Envoyant.au point du jour, les premiers tirailleursennemis descendredans la vallée, Ismaïl ne voulait pas croire que Selim fut assez téméraire pour hasarder la bataille dans la plaine; il demeura sans mouvement, considérant les mouvements de l'ennemi avec une curiosité toujours croissante. 11 fit amener devant lui un akindschi saisi par ses soldats, et le questionna sur les divers corps de l'armée ottomane. A me-
| sure qu'ils se déployaient, voulant savoir leui i ] noms et ceux de leurs chefs (1):« Qu'esl-i que ces bannières rouges qui s'agitent sur 1< hauteurs comme des (lois de sang? — Ce soi les coureurs et les cavaliers de Nicopolis, coi duits par leur chef héréditaire, Michaloghli.- El ces bannières vertes, qui descendent dans) vallée ? — Les cavaliers de Boli et de Kastemu ni , commandes par le descendant de leurs ai ciens princes , lefilsdïsl'endiar,et qui formen avec les akindschis, l'avant-garde de l'armée. Alors s'éleva un épais nuage de poussière, dt quel on vil sortir une masse énorme de fantassh vêtus de rouge (2) : c'étaient les Asabes. Tro fois se déroulèrent de nouveaux tourbillons d poussière, à travers lesquels se distinguée! des étendards couronnés de pommeaux élinci lanls d'or; Irois fois le schah crut que c'était 1 sultan en personne, mais ce n'étaient que U beglerbegs de karamanie, d'Anatoli et de Run avec leur cavalerie feudataire. Us étaient suiv d'une infanterie avec des bannières rouges t jaunes, et une coiffure étrange : des voili blancs semblaient leur descendre de la tète et se rattacher par-devant avec une aiguill': d'or; c'étaient les bonnets de feutre blanc dt janilschares, portant sur le devant des cuib lères dorées, brillant aux premiers rayons d soleil levant. Alors relenti! encore le cliquet! des armes, et le piétinement des chevaux soi! leva comme des vagues de poussière; puis pal rurent, adroite, des bannières rouges; à gauche des bannières vertes; et au milieu flottaient deux grands étendards, l'un rouge et l'autr blanc. « Voilà, s'écria l'akindschi, voilà le pa' discha , le grand sultan, devant lequel sont por tés les étendards rouge et blanc ; à sa droite sont lessipahis; à sa gauche, les silihdars; der rière, les mercenaires et les étrangers. Ce troupes, l'élite de l'armée, l'entourent commr des gardes du corps. » Schah-lsmaïl , voyant toutes ces forces se déployer devant lui dans 1; plaine, soupira profondément, et se dispos; pour l'attaque.
Les Ottomans se rangèrent suivant leur or
(1) Monradjea d'Obsson , édil. in-8° , t. i , p. 379.
(2) Ilscbenabi , p. 4l5; S limiiame de Dxcbalalsade , exemplaire de Dresde , fol. 41 ; Seliniiiaïue deKeschfi, toi. 16-20.
(1) Histoire de Lulfi.
(2) lidem ad dissiinulandum et occiillaiidum vulneruir simium cruorein pœnicis in prselio tunicia uttbanlur Valerius Maximus, I. ri, c ">