‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 243 sur 288 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

d'Egypte (1). Selim envoya un serviteur intelligent, Mustapha-Aga,auprèsdeTuman-Beg, lui donna une escorte de cinq cents cavaliers pour le protéger contre les Arabes nomades et pillards, le chargeant d'offrir de nouveau la paix, moyennant l'abandon des droits de souveraineté (2). L'ambassade atteignit le sultan des mameluks à Meit-Chaszim ; les mameluks, irrités, tombèrent sur les Turcs, et immolèrent l'envoyé avec les cinq cents hommes de son escorte. A cette nouvelle, Selim, par représailles, fit décapiter soixante-quatre begs, égorger trois â quatre mille mameluks prisonniers, puis il se prépara à marcher en personne contre Tuman- Beg. Emir-Dschemad, scheich des Arabes de la tribu Ghasale, blâma fortement Tuman-Beg de vouloir prolonger encore la guerre contre Selim, et les begs reprochèrent à leur sultan son alliance avec les Arabes. Après de longs débats, ils convinrent cependant de se retirer vers les pyramides, où Tuman-Beg exhala, dans une élégie arabe, la douleur dont il était accablé; son ami , Kait-Rahbi , auquel ces vers étaient adressés, inscrivit les plaintes éloquentes de l'infortuné sultan sur les pyramides.

Au lieu de chercher son salut dans la haute Egypte, Tuman-Beg conçut la malheureuse pensée de se retirer dans le Delta, et, comptant sur l'assistance des tribus arabes , il se fortifia à Dehschuhr, dans le canton d'Aftihije. Selim furieux de voir ainsi prolonger une guerre dont les traîtres Chair-Beg et Ghasali , lui faisaient espérer une conclusion rapide, détacha ce dernier avec cinq cents mameluks transfuges, contre les Arabes, pour les disperser, etfit marcher ensuite l'armée ottomane. Ghasali fit son attaque avec succès ; cinq mille Arabes, hommes, femmes et enfants, tombèrent entre les mains des Ottomans , qui les vendirent comme esclaves sur le marché de Rumili au Kaire (3). Selim sentait une vive impatience de la durée de cette guerre, et le grand vesir Junis-Pascha ajouta encore à son irritation , en lui représentant la nécessité d'y mettre un terme. Selim aurait voulu envoyer encore un ambassadeur,

(1) Suheili , fol. 30 ; lbn Seinel , fol. 50.

(2) Suheili, fol. 29: Schukri , fol. 85; fol. 80.

(3) Suheili , fol. 33 ; lbn Seinel , fol. 68

lbn Seinel

mais depuis la mort du dernier, et la vengeance sanglante qui en avait été tirée, il ne pouvait guère exposer un des siens a un rôle si périlleux- Alors le grand écuyer, Ahmed-Aga, qui devint ensuite gouverneur du lvaire, lui proposa de charger un des begs transfuges de cette redoutable mission. L'émir Choschkadcm, ancien inspecteur des greniers du sultan Kanszu, se rendit donc comme messager de paix vers Dehschuhr. Le borgne Schadi-Beg vint au-devant lui. Aprèsun entretien dans lequel Choschkadem essayait de justifier sa défection, par l'indignation que lui avait causé la nomination de Schadi-Beg au poste de diwïtdar, des paroles on en vint aux coups. Schadi-Beg brisa la lance de Choschkadem; celui-ci tira son épée, et frappant son adversaire sur la tète, il ouvrit son casque qui avait été fabriqué à Damas. Les mameluks accoururent, et forcèrent l'envoyé à se retirer avec son escorte (1). Voyant l'inutilité de celte troisième tentative pacifique, le sultan Selim fit revenir le grand vesir avec quarante mille hommes sur le Kaire, pour tenir la ville en bride, et lui-même, se mettant à la tète du reste de l'armée, marcha vers Dschise(2). Le borgne Schadi-Beg avait encore dix mille Arabes ramassés à la hâte , avec lesquels il prétendait arrêter les forces des Ottomans ; Selame, chef de la tribu Ghasale, rompit avec Schadi- Beg, qu'il accabla de reproches. Les mameluks et les Arabes en vinrent aux mains, et ces derniers mis en fuite, se dirigèrent vers l'armée ottomane, dont l'artillerie tira, sans distinction, sur les fuyards et sur les vainqueurs(3). Schadi- Beg n'avait plus que cinq cents mameluks avec lesquels il se dirigea vers Dehschur, où se maintenait Tuman-Beg. Il le joignit à Rakin , et tous deux résolurent d'implorer encore une fois l'assistance des Arabes de la tribu de Ghasale; mais les chefs de ces familles firent répondre : « Que Dieu nous préserve de nous opposer davantage à un maître victorieux comme le sultan Selim. » (4) Tuman-Beg et Schali-Beg se dirigèrent vers Ummdinar, et passèrent la nuit en délibérations Le jour en se levant montra les

(1) Ibn Seinel , Suheili et Schukri.

(2) Ibid.

(3) Suheili , fol. 35; lbn Seinel.

(4) Ibid.

forces énormes des Ottomans. Alors s'engagea un combat singulier entre Ghasali et Kait-Hahbi, commecliainpionsdele.urs par; isrespec tifs: Gltasali renversa son adversaire, et lui coupa la !étc(t). Aussitôt l'attaque devint générale; et derrière les mameluks s'éleva un nuage de poussière, du sein duquel sortirent ces cris redoutables:» Noussommes les cavaliers ghasales, les vaillants gardiens de la vallée; vous allez le voir (2). «Leur chef, fils de Chaibar, se précipita sur le beg Kanszukurd, et le jeta ainsi que les siens, dans le Nil où il se noya. Alors, le beg Dschanberdighasali s'avança seul à cheval, velu en Arabe, et défia le sultan Tuman-Beg. Déjà dix des champions mameluks, et Kildsch lui-même , le plus vaillant de leurs begs , avaient vidé les arçons, lorsque Tuman- Beg, emporté par son humeur chevaleresque, répondit au défi qui lui avait été porté, et renversa le prétendu Arabe ; déjà il lui appuyait la lance sur la poitrine, quand Ghasali s'écria:' «Grâce pour l'amour du prophète, et pour le secret du scheich Ebusuud-Al-Dscharihi ! » Tuman-Beg releva sa lance , et le laissa échapper. A l'armée ottomane étaient venus se joindre le grand vesir Junis-Pascha, et l'aga des janitschares Ajas (3); il était impossible que les mameluks pussent soutenir une si formidableattaque. Leurs faibles restes se replièrent avec Tuman-Beg sur Werdan, et les Ottomans les suivirent de près. Tuman-Beg, tenant conseil avec les bpgs, ne vit d'autre moyen de salut qu'en cherchant un refuge auprès de l'arabe Hasan-Meri, sur la reconnaissance duquel il avait acquis des droits, parce que, l'ayant trouvé dans les fers, lui et ses frères , à son avènement au trône , il les avait mis eu liberté. Les scheichs arabes vinrent au-devant du sultan, lui donnant toute sorte de marques d'honneur, et lui offrirent l'hospitalité. Il refusa le festin auquel on l'appelait, mais accepta la proposition d'Hasan-Meri, de lui procurer une retraite assurée dans une vaste caverne , bien cachée à tous les regards; là, dit Tuman-Beg en entrant, nous sommes plus à l'abri que dans une forteresse ; si Hasan-Meri ne nous trahit pas. « Que Dieu

(1) Suheili , fol. 37 ; lbn Seinel.

(2) Suheili, fol. 37.

(3) Seadeddin.l. iv, fol. 706; Ssolaksade , fol. 95; Aali et le fils d'Idris.

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