LIVRE XXIV
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tt'ur de la hiérarchie sacerdotale , comme l'interprète du ciel à l'égard de la terre. Des cinq cents ans qui s'écoulèrent depuis Jésus jusqu'à Mohammed , l'histoire orientale ne tient nul compte ; mais , à partir du prophète , l'Egypte est éclairée par les Orientaux, et par les hisij toriens arabes qui fournissent aussi des lumières aux investigateurs européens. Si les Orientaux ue savent rien de la grande bibliothèque d'Osymandias, les savants de l'occident n'ont connu l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie que par les historiens arabes. C'est par eux encore qu'ils ont su quelque chose de la magnificence des dynasties Tulun et Achschid, des constructions et des fondations des Fatimites, de l'espèce d'académie des sciences née au kaire, sous la tyrannie d'Hakem (1), et de la doctrine secrète des ismailites, sortie de cette école et révélée par le poignard des assassins (2). C'est ; dans les sources arabes que l'on a retrouvé [ l'esprit romanesque de l'Egypte au temps des [ croisades, les sentiments et les habitudes de la chevalerie des mameluks; et ce n'est qu'aux I bords du Nil que s'est pleinement épanouie cette miraculeuse fleur des mille et une nuits.
Selim, après s'être mis en possession des trésors des mameluks dans le château du Kaire, n'alla point s'enfoncer dans les catacombes et les pyramides , il se coutenla de visiter les mosquées et les académies de la capitale. Ensuite , son attention fut attirée surtout par le mikjas ou nilomètre établi à la pointe de l'île de Rhauda. Là, le lendemain de l'exécution de Tuman-Beg, il avait reçu les hommages du pays (3), et distribué des faveurs ; c'est là qu'il avait établi sa résidence, et non pas dans le château. Kanszu-Aadili , l'un des plus vaillants begs des mameluks , tenta de surprendre de nuit en ce lieu le sultan. Suivi de quelques complices, il s'approcha du mikja avec une barque, et à l'aide d'une échelle , il monta sur le toit ; mais ne trouvant aucun moyen de descendre dans les appartements, il fut découvert, et se jeta du toit dans le Nil; puis, nageant avec vigueur,il parvintàéchapperà plusieurs centaines de nageurs que le sultan avait détachés à sa
(1) Sojuti et Makrisi.
(2) Histoire des assassiqs ; Stutlf;art, 1808.
(3) Subeili.fol. 46.
pnursuite(l). Une seconde fois, Selim courut un grand danger en ce lieu ; voulant s'élancer de la barque d'Ab-Dulkadir, fils d'Aaradsch, sur le rivage, il ne put atteindre jusque là , et tomba dans le fleuve. Le patron et son neveu ne purent qu'à grand'peine le tirer de l'eau , à cause de sa pesanteur et de son manque d'agilité. Pour ce service, il promit à Ab-Dulkadir de lui accorder ce qu'il désirait; celui-ci demanda l'exemption de droits dans le port de la mer et du Nil pour sa vie, et aussitôt Selim lui fit expédier la lettre de franchise.
L'ilesur laquelle estétabliele nilomètre, aussitôt après laconquète de l'Egypte par les Arabes, attira l'attention des gouverneurs deschalifes, par la vigueur de sa végétation et la beauté de sa situation. Dès la cinquante -quatrième année de l'hégire, il y fut établi un chantier pour les vaisseaux, le plus ancien de tous les arsenaux qui en ont tiré leur nom ; Ahmed, fils de Tulun, qui de la position de gouverneur s'était élevé à la dignité de souverain indépendant de l'Egypte, construisit le premier, à Rhauda, un château qui finit peu à peu par être emporté par le Nil. Achschid , fondateur de la seconde dynastie turque, sous les chalifes de maison d'Abbas, transporta l'arsenal de Raudhasur le rivage oriental du Nil, et transforma l'emplacement qu'il occupait en un jardin, dont la renommée se répandit jusqu'à l'Irak (2). Le neuvième des chalifes fatimites, Emir-Biahkamillah, construisit à Raudha un palais pour sa bédouine bien-aimée. Mais le plus grand litre de l'ile de Raudha à la célébrité, c'est la forteresse élevée par Melek-Ssalih , septième et avant dernier prince de la maison d'Ejub, dont la garde fut confiée à des mameluks qui détrônèrent son fils, et qui, du nom de cette forteresse, furent appelés Bahari, c'est-à-dire les mameluks du Nil. Les ouvrages de fortification qui subsistaient encore à l'époque de Selim, ne disparurent que daus les derniers temps. L'histoire fait aussi mention de six mosquées; mais de tout cela, il n'y a plus de trace; il ne reste plus que la colonne élevée au neuvième siècle pour mesurer le Nil , et la voûte dont la recouvrit Selim Ier. Les plus anciennes traditions de l'E-
(1) Suheili , I. v, et Ibn Seinel.
[2) KcNvkehor-Raiidhai clç Sujuli
gypte font déjà mention, avant la conquête par les Arabes, de trois nilomètres en Egypte, établis l'un par un Pharaon, le second parle Joseph égyptien, et le troisième par une reine d'Egypte. Il y a plus de certitude dans les notions donnérs par les Arabes , depuis leur conquête du pays. Amra-Ben-Aasz, conquérant de l'Egypte sous Omar, établit un nilomètre à Aswan (Syene); Moawia, le premier chalife de la maison Moawia, un autre à Ensena; le huitième chalife de cette maison , Omar, fils d'Abdol-Asis, un à Hohvan. Outre ces trois petits nilomètres, sous le régne de Welid , le gouverneur Esamet-Ben-Seid-Tenuchi , en construisit un de grande dimension , à l'île de Raudha; le chalife Mamun, le fit détruire pour le rétablir de nouveau; mais ce fut seulement le dixième chalife de la maison d'Abbas , Motewekkil , qui l'acheva ; depuis cette époque jusqu'à nos jours, il a résisté, sans altération, aux flots du Nil , et à a fureur destructive des voyageurs francs. Le nilomètre , qui paraît placé sur des monuments hiéroglyphiques dans les mains desdivinités comme symbole de division et de gradation naturelle, est pouiTEgypte de la plus haute importance, comme annonçant les années fécondes et les années stériles. Celui qu'avait établi le chalife Motewekkil, et qui subsiste encore aujourd'hui, décoré de vers tirés du Koi an, écrits en caractères kufiques, est une colonne octogone , haute de vingt aunes égyptiennes, dont douze sont constamment au-dessous du niveau des eaux les plus basses; les huit autres, divisées chacune en vingt-quatre pouces, mesurent la crue du fleuve. Si le nilomètre marque au-dessous de quatorze, c'est-àdire si les eaux ne s'élèvent pas à douze aunes, il y a famine; à la hauteur de quinze aunes et dix pouces, elles annoncent l'ouverture du canal qui traverse le Kaire; c'est le signal des fotes et des réjouissances publiques. Ordinairement le Nil atteint seize aunes ; la plus grande élévation dont l'histoire fasse mention, fut de dix-huit aunes et dix pouces (1); ce fut l'année de la plus grande abondance; la plus petite de douze aunes neuf pouces, l'Egypte fut désolée par la plus effroyable famine (2).
(I) An de l'hé|;ire 199 [814].
(;•) Au temps de Kiafur , an 356 [9G6.1.
A la fin de mai [28 mai 1517], Selim se rendit à Alexandrie, non-seulement pour aller admirer la ville , mais aussi pour examiner sa flotte que le kaimakan Piri-Pascha avait eu ordre d'amener dans ce port. A son bord se trouvaient ses confidents le nischandschi-pascha Mohammed , et Halimi son savant chodscha ( 1 ). Dans la première quinzaine de juin, il revint à l'île de Rhanda, Il ordonna une grande revue de l'armée, à la suite de laquelle il distribua en supplément de solde, deux aspres à chaque cavalier, et un seulement par fantassin, jusqu'alors l'administration de l'Egypte avait été entre les mains du grand vesir Junis-Pascha ; le sultan la lui retira pour la confier à Chair-Beg, qui semblait plus propre à l'exercer, en raison de sa connaissance intime du pays, et surtout de ses liaisons avec les scheichs des tribus arabes Ç2). Cependant le defterdar d'Egypte, Disdar-Mohammed-Tschelebi , et le juge de l'armée de Rnmili Rokneddin-Sireksade, pressuraient le pays par des extorsions de toute nature; le premier aliénait tous les biens appartenant aux familles des mameluks; Rokneddin vendait les premières dignités de la loi, les quatre places déjuges des quatre sectes orthodoxes , pour chacune desquelles il lui fut payé 1,000 ducats (3). L'historien Idris, qui, après avoir achevé d'organiser lekurdistan, était venu en Egypte, où le sultan l'avait chargé de traduire de l'arabe l'histoire naturelle de Demiris, avait achevé son travail en très-peu de temps, et, en l'offrant, il saisit l'occasion pour le faire accompagner de vers persans, dans lesquels il hasardait des conseils sur l'administration du pays et l'exercice de la justice en Egypte. Les vesirs donnèrent à l'homme de lettres 1,000 ducats poursa traduction , mais refusèrent de présenter les vers au sultan. Idiis, plein de désintéressement, et dominé par l'amour de la vérité, ne voulut point accepter les 1,000 ducats, et insista fortement pour que ses vers fussent remis au sultan, déclarant que, dans le cas contraire , il trouverait bien moyen de les lui faire parvenir lui-même. Les vesirs durent céder à un désir ainsi exprimé. A sa kaszidet ldris joignit une prière , de pou-
(1) Seadeddin , 1. îv. fol. 710; le filsd'ldris , fol. 125.
(2) Seadeddin,!. iv, toi. 711.
(3) /but.