‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 266 sur 288 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

restation. Le jugedeConstantinopleSeadeddin et le savant mufti Keraal-Paschasade siégèrent le lendemain dans le divan, à la place des juges de l'armée; ils disputèrent avec Kabis, et s'ils i ;ne parvinrent pas à le réfuter, du moins ils le combattirent, et prononcèrent la condamnation capitale avec tout le calme et les formalités qui i conviennent aux organes de la loi ; Kabis subit sa peine sans fléchir, sans abjurer sa croyance, et mourut en martyr de la doctrine chrétienne. La rigueur de Suleimanqui avait immolé un hérétique isolé au maintien de l'orthodoxie, s'exalta bientôt jusqu'à la fureur lorsqu'il s'agit E de prendre des mesures atroces pour la conservation du repos et de la tranquillité inté- . rieure. Dans le voisinage de la mosquée de Selim, la maison d'un moslim avait été forcée, [ pillée, et tous les êtres qui l'habitaient, hommes, femmes, enfants, esclaves avaient été massacrés. Le soupçon étant tombé sur les Albanais qui parcouraient ordinairement la ville comme fendeurs de bois et marchands de soie, aussitôt huit cents de ces malheureux furent égorgés (1). Le même jour où avait disparu la famille horriblement vengée, dans le canlon d'Adana , Sidi se déclara en révolte ouverte, battit son oncle le sandschak-beg Ahmed, puis, à la tète de cinq mille hommes ravagea le district de Birindi, brûla la ville d'Ajas, se réunit à Ssaars dans le canton de Sulkadr avec un autre rebelle nommé Indschir, puis se montra devant la place de Sis espérant l'enlever. Lorsqueces nouvelles furent parvenues à Constantinople, Piri-Beg fut aussitôt envoyé vers Itschil avec deux mille hommes. Il fit diligence et put arriver à temps pour préserver Sis de sa chute. Les rebelles se partagèrent en deux troupes, dont l'une s'enfuit vers Asir; l'autre conduite par Sidi, s'établit près du château de Derbend dans les montagnes de Sis. Ces derniers furent attaqués d'abord par Pir-Ali ; le frère de Sidi périt dans l'action ; le chef lui-même tomba vivant entre les mains des guerriers du sultan, deux mille rebelles restèrent sur le champ de bataille. Le lendemain Piri-Beg se tourna du côté d'Asir, dispersa les rebelles, fît parvenir à la Porte, avec les tètes des chefs, Sidi lui-même

(I) Petschewi, Dschelasade , fol

fol. 46; Aali, xixe événement, fol.

122;Ssolaksade,fol 108

vivant et chargé de fers , qui fut pendu dans la capitale (1). Une émeute des habitants d'Alep, qui, un vendredi, dans la mosquée, immolèrent leur juge dont les iniquités les avaient exaspérés , et le gouverneur trop impitoyable avec huit personues, fut châtiée par le bannissement des coupables à Bhodes; et pour prévenir une pareille explosion de l'irritation des opprimés à l'autre extrémité de l'empire, le sultan expédia des tschausches qui firent périr par la corde le sandschak-beg de Skutari Bali- Beg , ainsi que son woiwode et son kiaja et cinq autres complices de leurs vexations (2).

Bientôt Suleiman oublia sa colère au bruit des succès de Chosrew-Beg, gouverneur de Bosnie etdlahja-Oghli de Semendra, contre les châteaux de Bosnie et de Dalmatie. Dans le dernier hiver, à chaque divan, pour ainsi dire, était apporté le bulletin de la prise d'une place bosnienne ou d'une course heureuse dans le Syrmium (3). Jaicsa ne put longtemps résister aux forces réunies des gouverneurs de Semendra et de Bosnie, et se rendit à la condition que le lâche commandant Etienne Gorbonogh pourrait se retirer librement; quant au vaillant guerrier BlasChery, il était absent, et Jean Hobordansky souffrait encore d'une blessure reçue dans un duel avec le woiwode Kasim (4). Badovich remit aussi entre les mains des Turcs Banyaluka, l'une des places principales de la Bosnie. On vit également tomber les châteaux de Bclojcsero, Orbovatz, Socol, Levatz, Serepwar, Aparuc, Perga, Bossatz, Greben en Bosnie, Ldbina, Lika, Corbava en Croatie , Modrusch et Poschega en Slavonie, Urana en Dalmatie. Les évéchés de Knin, de Modrusch et de Corbava disparurent vers ce temps; Poschega devint le siège d'un sandschak. Chosrew-Beg, issu du sang des sultans, petit-fils d'une fille de Bajesid, put déployer toute la pompe du triomphe en Bosnie; mais en même temps, il fit éclater son amour de la justice. Sous lui se signala son kiaja Murad, Dalmate

(2) Petschewi, fol. 46; Aali, xvme événement, fol. 253 ; Dschelalsade , fol. 1 10 ; Ssolaksade, fol. 108.

(2) Petschewi, fol. 47 ; Aali, xxe événement, fol. 230 Dschelalsade , fol. 123; Ssolaksade, fol, 108.

(3) Frrdi, fol. 146.

(4) Isluanfi , fin du ixe livre.

de Sebenico, auquel de son plein pouvoir il conféra le sandschak de Knin.

L'année 1528 vit les préparatifs de Suleiman pour une nouvelle expédition en Hongrie, et les deux ambassades de Jean Zapolya et du roi Ferdinand. Jérôme Lasczky , palatin de Siradie, également habile à manier la plume et Tépée, d'un esprit actif et inquiet, à la fin de l'année précédente avait paru à Constantinople pour conclure une alliance d'amitié avec Suleiman et solliciter son appui. Avant d'être admis à l'audience du sultan , il alla d'abord faire visite aux vesirs, suivant le cérémonial accoutumé; en se rendant auprès de Mustapha-Pascha et d'Ajas , il ne prétendait que remplir une formalité ; mais en se mettant en rapport direct avec Ibrahim ou en faisant agir Louis Gritti sur l'esprit du grand vesir, il tendait à favoriser le succès de sa mission. Louis Gritti, fils naturel d'Andréa Gritti, ancien ambassadeur vénitien à Constantinople et alors doge de la république, et d'une Grecque, adroit flatteur, dissimulé, avide d'argent et ambitieux, prêt à toutes les turpitudes , souple et habile, avait gagné la faveur d'Ibrahim , et par l'effet de l'influence de celui-ci sur son maître s'étaitacquisles bonnes grâces du sultan. Dans la conduite des affaires étrangères, et surtout dans les relations avec la Hongrie, il prit une haute direction comme médiateur, et dès-lors il joua un rôle important, non-seulement comme émissaire de Venise, mais comme chargé d'affaires de Hongrie. Sur la promesse des revenus de l'évèché hongrois le plus productif, et par le don provisoire d'une pension annuelle de quelques milliers de ducats, Lacszky l'avait gagné, et par lui avait vu à l'accueil rude et froid des vesirs succéder des manières bienveillantes, et les demandes d'un tribut se réduire à la réclamation d'une ambassade annuelle avec quelques présents volontaires. « Pourquoi, dit Ibrahim à Lacszky à leur première entrevue L22 décembre 1527 J , pourquoi ton maître n'a-t-il pas plutôt sollicité la couronne de Hongrie auprès du Grand Seigneur? N'a-t-il pas compris l'incendie d'Ofen et la conservation du palais royal? Maintenant ici l'on est parfaitement éclairé sur la valeur de l'archiduc, de ton maître, et des autres princes chrétiens.» Lacszky, en répondant adroitement que Zapolya désirait se lier étroi-

tement, non-seulement avec le sultan, mais encore avec le grand vesir qui exerçait un si grand empire sur lui , provoqua le sourire sur les lèvres d'Ibrahim. Le lendemain Laczsky dut entendre de Mustapha les paroles suivantes : o Es-tu donc venu sans présents pour solliciter de l'amitié et des faveurs? Dis-moi comment ton maître a osé entrer dans Ofen, mettre le pied sur un sol foulé par le cheval du Sultan, pénétrer dans le palais royal épargné pour le retour de notre maître? Notre loi veut que chaque lieu où la tête de notre maître a reposé, où a paru celle de son cheval , soit soumis pour jamais à la domination du sultan. Tu viens sans tribut, tu es envoyé par un serviteur. Ne sais-tu donc pas que notre maître commande seul sur le monde, comme le soleil domine au ciel? et toi, messager du ban de Transylvanie, tu oses appeler le padischah père de ton maître ! » Le troisième vesir Ajas- Pascha se montra moins intraitable, et s'informa si l'esclave du sultan, envoyé comme ambassadeur au roi Louis, vivait encore. Dans la conférence suivante, Ibrahim permit que Zapolya, roi couronné et reconnu de Hongrie, le traitât comme un frère puiné. « Nous avons , dit-il , tué le roi , conquis sa résidence ; nous avons mangé, dormi dans ses appartements , le royaume est à nous. C'est folie de dire que les rois sont rois par la couronne ; ni l'or ni les pierreries ne font le pouvoir, c'est par le fer qu'on domine : le sabre assure l'obéissance; ce qui est acquis par le sabre doit se maintenir par le sabre. Nous savons que la Hongrie saccagée ne peut offrir de ressources; ainsi donc , que ton maître saisisse le bras du nôtre, et le reconnaisse pour son seigneur, ensuite il obtiendra le royaume et des secours, tels que nous pourrons réduire en poussière Ferdinand et ses amis, et nous applanirons leurs montagnes sous les pieds de nos chevaux. Sans le doge Gritti et son fils, nous aurions déjà dévoré Ferdinand et ton maître ; car la lutte de deux ennemis, voila ce que doit désirer surtout un tiers qui veut tirer parti de leur situation. Que serait-il advenu si je m'étais jeté, d'un côté, contre Ferdinand avec les troupes de Ruraili et avec lesjanitschares, et qu'Ajas-Pascha avec les Moldaves et les Tatares se fut opposé à ton maître? Sur les instances des Vénitiens,, nos amis , nous nous sommes tenus eu rc-

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