‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 28 sur 288 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

I TURCS PASSENT VINGT FOIS EN EUROPE. — CHUTE DE GALLIPOLI. — MORT DE SULEIMAN- PASCHA. — L ETAT MONACAL DES TURCS. — MORT d'URCHAN. — LE TITRE DE V ASCII V.

m les historiens ottomans se taisent pendant igt années , depuis la construction de la isquée de Brusa jusqu'au passage de Sulein-Pascha en Europe, ce n'est point qu'il se tentât pour eux des disgrâces à rappeler , , dans cet intervalle , les Byzantins euxmes ne rapportent qu'un seul échec subi par Ottomans; ce n'est pas non plus qu'il y eût temps d'arrêt dans les conquêtes, ou que excursions fussent restées sans résultats, silence paraît avoir eu deux autres causes : l)ord les relations amicales entre Urchan et jcour de Byzance, dont les historiens ottons n'ont pas daigné prendre note; ensuite fluence, alors prépondérante, auprès de la iir byzantine, des princes turcs de Karasi, ruclian et Aidin, maîtres de forces navales Hsidérables, dominant sur les c'.tcs de Mysie, ■ lie et d'Ionie , et dont l'attitude hostile ou ifique inspirait plus de crainte ou d'espéiice, a cette époque, à l'empereur de Consitinople , que les souverains des Ottomans , Sins puissants sur mer. Voilà sans doute nrquoi les annalistes nationaux de ces derjrs n'ont point voulu arrêter leur attention ! la conclusion de la paix arrêtée dans ces Bps, entre Urchan et Audronicus le Jeune, D le mariage du sultan avec une princesse [îcque, ni sur les irruptions des princes de [>asi,Ssaruchan et Aidin, ni sur l'alliance du everain d' Aidin avec Cantacuzène. Plus inex- |!:able nous paraîtra la négligence des histolis européens , qui ont préféré consulter i lques morceaux tronqués d'historiens turcs, laide de traductions incomplètes, et suivre Itlkondylas et Phrauzes , aussi peu satislants sur cette période, plutôt que de recueilles notions éparses dans Nicephorus-Grego- ! et surtout dans Cantacuzène, de les comparer

et de les mettre dans un ordre chronologique. Quelque ingrate que soit une telle tâche , elle nous paraît être un devoir indispensable; nous allons donc, à l'aide des Byzantins, combler la lacune de vingt années laissée par le silence des Turcs et l'incurie des écrivains européens; et, avant de retrouver les historiens ottomans au passage de Suleiman à Gallipoli, nous allons donner un aperçu de toutes les excursions antérieures des Turcs au delà du Bosphore, depuis le moment où leur puissance s'éleva sur la côte d'Asie, jusqu'au temps où elle se transporta en Europe , sous la direction de Suleiman- Pascha, pour commencer à s'établir sur notre continent. Nous reportons donc nos regards en arrière, en deçà du commencement delà dynastie ottomane, dans les dernières années des souverains seldschukides de l'Asie Mineure, sous lesquels les Turcs franchirent pour la première fois la barrière de l'Europe.

En 1263 de 1ère chrétienne, 662 de l'hégire, dans l'année même où Michel Paiéologue, après avoir trouvé un asile à la cour des Seldschuks, de retour à Constantinople, avait fait crever les yeux à Jean, fils de Laskaris, héritier légitime du trône, pour fonder lui-même sa dynastie comme empereur de Byzance, une colonie dedix à douze mille Turkmans, sous la conduite de Saltukdede, s'établit sur la côte occidentalede la mer Noire, qui porte encore aujourd'hui le nom de Tatarie-Dobruze. Le prince seldschukide Aseddin-Keikawus qui , forcé par son frère, Rokneddin-Kilidscharslan, de lui abandonner la possession exclusive du trône d'iconium, s'était réfugié à Constantinople, fonda sur le nombre et la valeur de ces nouveaux hôtes, avec son actif conseiller, Behadir-Ali, le plan d'une vaste conspiration contre l'empereur, dans l'espoir de se saisir du trône de Byzance. Le

projet fut trahi par l'échanson d'Ascddin, Grec de naissance, que poussèrent l'amour de son pays et l'affection pour la religion de ses pères. Le sultan fut arrêté et chargé de fers, avec le commandant de ses gardes du corps, Behadir- Ali, et son écuyer, Oghusli-Beg; le capitaine fut exécuté, l'éeuyer eut les yeux crevés, le sul'an fut retenu dans un don;on avec ses fils et sa mère. Bcrkechan, chef du Kiptschak, excité par Bokneddin - Kilidscharslan , sultan d'Iconium (1), A délivrer son frère de sa captivité, traversa le Danube sur la glace, poussa sa course jusque sous les murs de Constantinople, et enfraina le prince Aseddin , échappé d'Ainos avec toute la colonie Dobruze, vers la Crimée (2). Mille hommes, environ{3), des gardes du corps d'Aseddin, qui étaient restés à Byzance avec son fils, embrassèrent le service et la foi de l'empereur , et furent incorporés a la troupe des Turkopols, ou Turcs convertis au christianisme, qui, par cet accroissement, se trouva portée à trois mille hommes (4). Dans la suite, celte force fut commandée par Chalil. L'empereur comptait sur eux comne sur les Alains dans ses expédilions contre les Catalans, qui, après la mortdeBoger, leur chef, appelèrent à leur secours les Turcs , au delà de l'Hellespont.

Ces auxiliaires, au nombre de quaire cenls, venus des États d'Aidin (5), se trouvèrent sous les ordres d'Isak, nue les Grecs appellent .Melek- Isak, c'est-à-dire le roi !s ik, comme ils donnent le nom de Melek -Constantin, c'est- i-dire roi Constanlin,au frère d'Aseddin resté à Constautino|i!e et converti au christianisme (6). Les Turcs passèrent aussitôt d'Asie en Europe. A la bataille livrée entre l'e npereur et les Catalans dans la plaine qui s'étend d'Apros ;'i Kypsella, les gardesdu corps étaient au centreavec l'empereur, a l'aile droite les troupes thraces et macédoniennes, à l'aile gauche les Alains et les Turkopols. Dans l'armée des Catalans, les Turcs

(1) Lulfi, Oghusname, ou histoire des Seldschuks, fol. 1 13.

(2) Jbid.

(3) Niceph. Gregoras, 1. vu, c. 4, S 6, tom. i, p. 140, I. vu, c.8, loin, n , p. 156, et 1. vu , c. 6, S 6, p. 152.

(4) Nicepb. Gregoras, 1. vu, c. 4, S 6, tom. u , p. 152.

(5) Pachymeres, I. vu , c. 11 , tom. u , p. 409

(6) Le même, I. vu , c. 15 , 22 , 29.

auxiliaires d'Aidin avaient été placés sur les deux ailes. Les Alains et les Turkopols, en se contentant de rester simples spectateurs du combat, déterminèrent en effet la perte de la journée (1). L'armée de rebelles, grossie par ses succès, se trouva bientôt forte de huit mille hommes, dont cinq mille Catalans, cavaliers et fantassins, cl trois mille Turcs, formés des auxiliaires d'Aidin et des déserteurs turkopols (2); les premiers commandés pur Melek-lsak (3), les autres par Chalil (4) [1308]. Après la bataille de Kypsella, les Catalans et les Turcs portèrent leurs courses sur toute la péninsule thrace, d'une rive de la mer à l'autre, la traversant depuis les défilés de Tckirtagh (le GancO, jusqu'à Bodosto (Bhaidestos), sur le rivage de la Propontide, et jusqu'à Bisa, sur le bord de la mer Noire (5). Afin d opposer une barrière à leurs courses, Andronicus fit élever une longue muraille de Chrislopolis à la mer, de manière à fermer le passage qui conduit de Macédoine en Thrace. Les Turcs rompirent bientôt avec leurs nouveaux alliés les Catalans, et se partagèrent en deux troupes, dont Tune, forte de mille cavaliers et cinq cents f mtassins.sous la conduite de Melek-lsak, passa au service de Milutin, roi de Servie, qui la désarma, la réservant en cas de guerre (6); les autres, au nombre de treize cents cavaliers et huit cents fantassins, commandés par Chalil, négocièrent avec l'empereur le libre passuge près de Christopolis, et le retour par mer dans leur pays. Afin de s'en délivrer, Andronicus accéda volontiers à leur demande; mais les commandants grecs, par excès de zèle ou par ardeur de pillage, violèrent l'engagement, et résolurent de fondre sur les Turcs dans leur retraite. Ceux-ci , prévenus de la trahison, se mirent en possession d'un château fort sur le rivage de la mer, et attaquèrent le camp grec où ils se saisirent du trésor et des ornements de l'empereur; ils se partagèrent les richesses, et firent des insignes

(1) Niceph. Grcg.l. vu, c. 4, $ 6 et 7, p. 140 et 141. (2j Ibid., c. 6 , S t et 6.

(3) l'aeliyinei-es, 1. vu , c. 22, tom. n, p. 427.

(4) Nireph. Gregoras, 1. vu , c. 8, Si » tom. i, p. 1S6. Ce chalil est le mfme que Pachymeres nomme Tacha:. zaï es , 1. vu , c. 29, tom. u , p. 440.

(5) Niceph. Grrgoras , 1. vu , c. 6 , S I , p. 150 , et Pachymeres , 1. vi , c. 21 , tom. u , p. 423.

(6j Engel , Histoire de Servie , p. 249.

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