‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 29 sur 288 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

impériaux des objets de grossière dérision ; Chalil se coiffa du bonnet enrichi de rorsades de perles, se livra aux moqueries les plus bouffonnes ("1309]. L'on a déjà raconté comment 1 empereur, pour empêcher l'union ultérieure des Catalans avec les Turkopols, promit au chef de ceux-ci, Melek-Isak, la main de la fille deM,lek-Constantin,petite-filled'Aseddin,avec le gouvernement de Bigha (Pega), et comment les Catalans, informés de la perfidie des Turkopols , les forcèrent à leur livrer leurs chefs Melek-Isak et Chalil (1). Au premier ils abattirent la tèteainsi qu'à son frère ; Chalil s'échappa, et s'enfuit auprès du commandant grec d'Apros, puis gagna Tzurulum ( l'ancien Tirihalum , aujourd'hui Tschorli)(2). Tel fut le son que les Catalans firent subir aux chefs; ouant aux soldats, les Serviensse chargèrent de leur ruine. La troupe permanente au service de Milutin-Urosch, kral de Servie, de retour d'une expédition contre les Hongrois, s'était révoltée contre celui qui la soldait. Milutin ordonna de la massacrer, et fit distribuer comme esclaves le petit nombre de ceux qui échappèrent au tranchant du sabre (3) [1314]. Les autres Turcs, restés dans la Ch: rsonèse furent enveloppés avec l'aide de deux mille cavaliers serviens, forcés de s'embarquer, et rejetés sur la côte d'Asie(4). Les Serviens déjà préludaient aux hostilités et aux humiliations qui se rencontrent dans l'histoire des destructeurs de 1 empire byzantin.

Ainsi, les premiers Turcs qui étaient passés en Europe, la colonie de la Tatarie-Dobruze et les Turkopols, étaient des Turkma-is seldschukides; les seconds qui avaient été appelés par les Catalans des Tuikmans d'Adin. Bientôt après eut lieu la première expédition des Turcs ottomans qui, montés sur des vaisseaux , tinrent en effroi les côtes de Macédoine et de Thrace (5), et, durant dix-huit mois, brûlant les moissons, investissant les villes [1321J, empêchèrent la culture des champs et les communications entre les cités (6). Ils épuisèrent si complètement le

(1) Niceph. Gregoras, 1. vu , c. 8 , p. 158.

(2) Pachymeres, 1. vu , c 29, tora. Il , p. 440.

(3) Engel , Histoire de Servie , p. 249.

(4) IbM., p. 250.

(5) Niceph. Gregoras , 1. vm, cl), S 5, tora. n, p. 216 , el Phiauzes , 1. 1 , c. 5.

(6) Phranzes , ibid.

pays et le trésor de l'empereur, qu'il se vit contraint de vendr' l'or et les ornements de ses insignes ;et à l'intronisation de son successeur Cantacuzène, la couronne n'était ornée que d'une feuille d'or et garnie que de pierres fausses (1).

Avec le règne d'Urchan commence l'époque des premières relations pacifiques et amicales entre les Ottomans et les Byzantins, des alternations de guerre et de trêve, d'alliances et d'hostilités. Andronicus l'Ancien appela des troupes ottomanes à son secours contre son jietil-fils Andronicus le Jeune [1327], qui les bat it entre Tzurulum et Selymbria ; en sorte qu'ils s'enfuirent vers Constantinople. Là, ils sollicitèrent de l'empereur, qui les avait appelés, la permission de retourner en Asie, et ils obtinrent des vaisseaux pour leur transport (2). Andronicus le Jeune, engagé dans la guerre avec les Génois comme avec les Ottomans, s'allia avec les voisins d'Urchan, les souverains de Ssaruchan et d'Aidin (de la Lydie et de l'Ionie). 11 se rendit à Phocée, cette ancienne patrie des plus fameux navigateurs de l'Ionie, et qui maintenant était un repaire de pirates turcs; là, il conclut définitivement son trait j avec Ssaruchan, qui parut en personne, et Aidin qui se fit représenter par des ambassadeurs chargés de présents (3). Les princes infidèles pourvurent la flotte de l'empereur de vivres pour le siège du château de Neuphocée, alors occupé par les Génois ainsi que Chios.

A peinederetouràDemotika (Didymotichon), l'empereur apprit que soixante vaisseaux du souverain de la côte troyenne, c'est-à-dire du prince de Karasi, avaient franchi l'Hellespont [1331], et débarqué dans la Chersonèse des troupes qui ravageaient les cantons de Beroia et de Trajanopolis (4). Aussitôt il leva des troupes pour les chasser. Un grand nombre s'étaient déjà retirés d'eux-mêmes ; quinze cents de ces barbares restés en Thrace tombèrent sous le fer des impériaux (5).

(1) Niceph. Gregoras, I. vm , c. Il , S 5 , 1. 1 , p. 216, et 1. xv , c. Il , S 4, t. ii , p. 496. Sansovino porte leur nombre à 3,000 , confoudant le passage de l'année 1321 avec un suivant.

(2) Ibid., 1. 1,0. 82, 1. 1, p. 94.

(3) Cantacuzène , 1. u , c. 13, 1. 1 , p. 238.

(4) Ibid. , pass. cité.

0 Ibid-,\. u, c. 21, 1. 1, p. 261. Dans Niceph. Grcf

Arrivé à Constantinople, l'empereur se disposait a quitter cette capitale pour visiter les villes de Thrace, lorsque lui parvint la nouvelle que de la cavalerie torque venait de franchir rilellespont , s'était partagée en deux corps, dont l'un, tirant au nord, dévastait les cantons autour des villes de Polybotos, Kissos, Asnitos; et l'autre, se dirigeant au sud, attaquait la ville de Bhaidestos (autrefois Bizanthe, maintenant Rodosto). Le premier fut battu et chassé par les troupes envoyées à sa rencontre; le second se rembarqua au bruit de l'approche de l'empereur (1).

Plus les restes de l'empire byzantin étaient rudement assaillis par les flottes de Karasi et par les armées d'Osman , plus la nécessité se faisait vivement sentir de conclure paix et amitié, au moins avec l'un d'eux , ainsi qu'il était arrivé précédemment avec Ssaru-Chan et Aidiu Afin de pouvoir secourir promptement Nicomédie étroitement resserrée, l'empereur avait embarqué de la cavalerie et de l'infanterie sur des galères et des transports; mais, avant qu'il se fût approché de la côte, il rencontra en mer le message d'Osman qui lui offrait la paix ou la guerre. L'empereur ne montra pas moins de courtoisie, et répondit qu'il était préparé à la guerre, mais disposé à la paix [1333). Des envoyés des deux parties conclurent un traité , sous la condition qu'Urchan, l'ami de l'empereur, respecterait les villes qui restaient à l'empire. Ensuite , des présents furent échangés ; Urchan donna des chevaux , des chiens de chasse, des tapis, des peaux de léopard ; l'empereur, des vases d'argent, des étoffes de laine et de soie : il y joignit un de ses vêtements , ce qui, dit Cantacuzèue, auprès des satrapes des barbares , est la plus haute marque d'honneur et de bienveillance (-2). Ainsi , dans ce premier traité des Ottomans avec les Byzantins, déjà se pratique l'usage des présents diplomatiques, parmi lesquels se trouvent les vases d'argent et les vêtements d'honneur qui ont toujours figuré chezlcs Orient aux depuis l'époque la plus reculée jusqu'aux temps modernes. Déjà , des Hellènes

goras,n'y en a que cinq cenis; c'est probablement une faute d'écriture.

(f) Cantacuzène, I. h , c. 22 , t. i ,p.266.

(2) IbUL, I. h, c. 24, I. il, p. 273.

avaient été revêtus de kaftans par le roi de Perse; dans la dernière croisade, le Vieux de la Montagne envoya à saint Louis, comme gage de la plus grande amitié, sa chemise, exprimant ainsi qu'il lui était attaché comme la chemise au corps (1), et tant que les ambassadeurs de l'empereur d'Allemagne apportèrent des présents à la Porte , des vases d'argent étaient les principaux objets (2).

L'empereur, revenu en Macédoine , formait un camp dans les environs de ïhessalonique, entre cette ville et le lac Bolbe (aujourd'hui Beschik) ( 3). afin de diriger ses armes contre les Serviens. Il apprend encore que soixante vaisseaux avaient débarqué des Turcs à la pointe extrême du mont Alhos , près de Pallène (appelée autrefois Potidée, puis Kassandra (4), non loin de l'ancienne ville dévastée des Sary liens (5), et qu'ils désolaient le pays. L'empereur marcha contre eux avec le grand domestique. Le combat fut acharné. Le terrain était embarrassé de broussailles , et les ennemis ne combattaient qu'à pied; néanmoins, ils furent presque tous tués ou pris. Ceux qui se cachèrent dans les bois revinrent le lendemain à leur flotte, la brûlèrent à l'exception de deux vaisseaux qu'ils ramenèrent chargés de butin (6). A quel prince de la côte asiatique appartenait cette flotte ? Cantacuzènc s'abstient de nous le dire; mais il ne laisse aucun doute sur le chef de l'expédition suivante.

Umur-Beg , fils du prince d'Aidin, maître de Srayrne , Éphèse et des autres villes ioniennes , avec une flotte de soixante-quinze vaisseaux [1335], débarqua d'abord a Samothrace, puis à Poros, où des Kumutzènes avaient opéré lcui descente (7), et qui porte encore aujourd'hui le nom de Kumuldschina (8). Les Grecs et les

(1) Joinville, p. 85,86.

(2) l'oy. la liste des présents dans la description de l'ambassade de Gerlach , p. 1C9, de Schweiger , p. 61.

(3) Cantacuzèue , I. n , c. 25 , t. i , p. 278 , entre Salonique et le château de Rbétine.

(4) La glose de Cantacuzène dit que Pallene l'appelai aussi Kassandra.

(5) Mannei t , qui dit, part, "vu , p. 455 , qu'après Hérodote et Thucydide , il n'a plus été question de cettt ville , n'a pas vu ce passage de Cantacuzène , p. îi78.

(6) Cantacuzène, pass. cité, p. 279.

(?) fbid., p. 287.

(8) Hadschi-Chalfa , Rumili , p 69.

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