‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 32 sur 288 · L1VRE IV · texte numérisé non relu

L1VRE IV

lui-ci leur cria en turc de se sauver sur la col-

line pour échappera l'aveugle fureur des siens. Neuf Turcs avec Kara-Osman furent! ainsi assassinés (1), trois cents avaient péri dans le combat. L'empereur accorda aux autres une libre retraite, et les combla de présents, pensant qu'il serait indigne de lui de ne point sauver des hommes qui s'étaient confiés à sa foi, et qui lui avaient sauvé la vie au péril de leurs jours.

Après la mort d'Umur-Beg , qui, dans une malheureuse tentative pour arracher sa capitale aux Latins 11349], était tombé percé d'une flèche (2), Urchan fut, sinon l'ami personnel, du moins le protecteur et l'allié naturel de son beau-père Cantacuzène. Mous ne rechercherons pas si l'offre faite par l'eunuque Merdschan de se défaire par le poison du jeune empereur Jean Paléologue, rival de Cantacuzène, vint en effet d'Urchan, ou si ce fut une inspiration personnelle de l'eunuque (3), ou bien si ce projet ne fut point une invention de Cantacuzène luimême, afin d'observer déplus près son pupille, le légitime empereur, sous prétexte de le préserver de tout danger, ou pour acquérir dans l'histoire l'honneur d'avoir repoussé une proposition criminelle. Quoi qu'il en soit , Urchan prêta à son beau-père une assistance réelle contre les Serviens, en lui envoyant des troupes sous les ordres de Suleiman(4). A la vérité, il rappela bientôt son fils en Asie; les auxiliaires turcs demeurèrent, et après la conquête de Beroia, trompés dans l'espérance d'un riche butin, ils cherchèrent à se dédommager par le ravage de provinces du Kral (5).

Les rapports d'amitié qui jusqu'alors unissaient Cantacuzène et son gendre, Urchan, n'empêchèrent pas le sultan de prêter appui aux Génois qui sollicitèrent son assistance après leurdéfaitedanslc Bosphore et leur fuite devant les flottes vénitiennes [ 1353 ]. Gagné par l'or génois, Urchan était d'ailleurs irrité depuis longtemps contre les Vénitiens, qui avaient opéré des débarquements près de ses États, et non-seulement avaient dédaigné son amitié et

(1) Nicepb. Gregor., 1. xvi , c. 7 , p. 526-528.

(2) Cantacuzène , 1. îv , c. 10 , l. m , p. 799. Dans ce passage le nom de Kara-Osman a été estropié.

(1) Niceph. Gregor., I. xvi , c. 7 , S 5 , t. h , p. 529.

(2) Ibid. , I. xvi , c. 6 , t. H , p. 525.

(3) Cantacuzène , 1. iv, c. 16 , t. m , p. 766.

(4) Ibid., I. iv , c. 17 , t. m , p. 767. (5j /Wrf.,1. 4,c. 18, t. m, 774.

son alliance, mais n'avaient pas même tenu compta de sa pu ssance. In corps considérable de i coupes turques fut transporté à Skutari (1), et secourut les Génois à Galata, même clans le Faubourg de la résidence, et contre les Vénitiens, alors amis ctalliés de Caniacuzène. Dès lors, on put remarquer l'altitude hostile d'Urchan envers Caniacuzène, qui jusqu'alors avait compté sur les secours du sultan contre son autre gendre et son collègue Jean, et ne s'était maintenu snr un trône chancelant que par 1 appui des Ottomans; maintenant Paléoloj'.ue sollicita aussi l'assistance d'L'rchau,et les deux gendres se mirent en étal d'hostilité contre le beau-père. Témoin de la faiblesse de l'empire byzantin, dont le souverain devait se laisser imposer des lois par les Génois dans sa capitale, où Paléologue et Caniacuzène se disputaient , les armes à la main, le pouvoir suprême , Urchan jugea qu'il était de son intérêt de soutenir d'abord le premier durant quelque temps au moins avec quelques troupes, pour se porter ensuite avec des forces considérables au secours de sou beau-père.

Ce temps de troubles et de guerre civile fut le moment le plus favorable que la politique d'Urchan ou de son fils Suleiman mit à profit pour poser fermemeut le pied eu Europe, en prenant possession du château thrace de Tzympc ( aujourd'hui dschemenlik ). Ce dix-huitième passage des Turcs, le seizième des Ottomans, dont Caniacuzène a parlé deux fois occasionnellement (2), est lepremier dont les écrivains nationaux fassent mention. Sans doute, ils ont dédaigné de prendre note des précédents, parce .qu'ils n'a\ aient pas laissé de traces de conquêtes durables, lis s'arrêtent tous avec complaisance à cette entreprise de Suleiman- Pascha; et comme nous avons rapporté jadis le songe d'Osman, nous oserons rappeler ici la tradition ornée de circonstances poétiques par l'imagination des écrivains; mais a mesure que nous avancerons, la sévérité de l'histoire dominera la poésie des traditions.

Sur la rive orientale de la Proponlidc, à l'entrée de J'Hellesponl, s'avance la presqu'île de Kaputaghi (l'ancienne Cyzique), colonie des

Milésiens; au point de jonction avec le continent, la où l'on voit aujourd'hui les ruines d'Aidindschik, s'élevait aussi la ville de Cyzique, fameuse dans l'histoire de l'erse et de Rome, de l'ancienne Grèce et de l'empire de Byzance. Ses édifices, ses établissements, son port, ses arsenaux, la rendaient l'égale de Rhodes, de Marseille et de Cartilage. Après bien des vicissitudes dans les luttes des grandes puissances de la terre, sous les Byzantins, elle était redevenue la capitale de la province de l'Hellespont, qui comprenait la Mysic, et la Troade(l), et avait été érigée en siège d un métropolitain (2). Le fils d Urchan fut saisi d'admiration et d'un saint respect à la vue de celte grandeur à demi tombée , des ruines pompeuses des temples de Cybèle, de Proserpine et de Jupiter. Un soir qu'il était assis pensif à la clarté de la lune, les yeux tournés vers la mer où se miraient les portiques de marbre et les avenues des colonnes, où se jouaient les nuages du ciel, il lui sembla que des palais et des temples sortaient de l'abîme, et que des flottes voguaient sous les eaux. Au milieu du murmure des flots, il crut saisir des voix mystérieuses, et la lune, placée derrière lu à l'orient, par un ruban d'argent qui flottait par-dessus la mer, unissait l'Europe et l'Asie; c'était le même astre qui, sortant du sein d'Edebali, était venu s'enfoncer dans la poitrine d'Osman. Alors, avec le souvenir du songe qui avait présagé l'empire du monde, il sentit enflammer son courage, etprit la résolution d'unir lEuropc avec l'Asie par les conquêtes et l'établissement de la domination des Ottomans.

Il se consulta avec les vieux conseillers blanchis au service de sa famille, qui lui avaient été adjoints par son père pour l'administration de Karasi, avec Adsche-Beg, Ghasi-Fasil, Ewrenos et Iladschi-Ilbeki , l'ancien vesir de karasi, qui tous fortifièrent la grande résolution. Dans la nuit même, les deux premiers montèrent sur un esquif, et de Gorudschduk, sur la côte d'Asie, ils allèrent faire une reconnaissance du côté de Tzyrape, situé en face en Europe, à une lieue et demie au-dessus de Gallipoli. Un Grec dont ils si- saisirent les informa de l'état d'abaudon du château, et offrit de leur servir de guide

(1) Caniacuzène , I. iv, c. 31 , t. m , p. 833.

(2) Ibid. . I. îv , c. 33 , i. m , p. m , et c. C8 ,p. SC6.

(l; Hieroeles, p. 602, Malala, î, p. 361

(2) Nicepb. Gregor., 1. vn,c. 9,S2,t. n,p. 159.

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