‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 44 sur 288 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

el des trompettes, et l'on entendait pousser le cri de guerre: Allah est grand! lorsque Bajesid, ne pouvant plus contenir son ardeur, et n'osant pas néanmoins commencer l'attaque de son propre mouvement, sep écipi'adeson cheval, baisa la terre devant son père, et sollicita la permission de charger (I); le sultan l'accorda, et aussitôt les épées se plongèrent dans le sang. Timurlusch fondit sur le prince de Karamanie, le contraignit à la fuite, et décida la victoire. En récompense, il r eut la plus grande part du butin, et le titre de vesir ou p.scha a trois queues, qu'il fut le premier à porter parmi les beglerbegs de l'empire ottoman (2); et qui, avant lui, avait été exclusivement réservé au premier dignitaire de l'État: en sorte que celui-ci, pour être distingué des autres vesirs , fut désormais appek' le grand vesir. A la bataille s ccéda immédiatement le siège de Konia; défense rigoureuse fut faite à l'armée de rien piller, de rien prendra de force aux habitants du pa- s. La peine de mort appliquée a quelques soldats serviens qui osèrent enfreindre cet ordre détourna ces auxiliaires des Ottomans, mais gagna aux troupes la confiance des populations, et leur assura d'à nples approvisionnements. Durant douze jours, Murad resta campé devant Konia sans rien entreprendre. Le prince de Karamanie, pénétré des dangers de sa situation , envoya dans le camp des Olloinans son épouse, la fille de Murad , pour intercéder en sa faveur. A force de prières elle décida son père à donner la paix à son époux, si celui-ci venait l'implorer en personne, et baiser la main du sultan en signe de soumission et de reconnaissance (3). Alaeddin dut se résign r i cet e humiliation, rendit hommage a son vainqueur, et resta en possession de Konia et de sesau'res domaines. Alors Murad marcha contre la ville de Begschehri , qui avait fait défection, et la réduisit en quelques jours (4). Co mue en cette occasion on lui conseillait de réunir en même | temps à l'empire les filais du prince de Tekke , il rejeta celte proposition en disant : « Le

(1) Neschri, fol. 72.

(2) Si;adeddin,dansBratutti,p. 131 ; ldris , fol 178.

(3) Neschri, fol 73 ;Seadeddin, dansBratutli, p. 132.

(4) Jbid.

prince de Tekke est un pauvre diable dont la puissance s'étend seu'ement sur les deux villes d'Is'enoset d' \ntalia; il serait honteux de lui faire la guerre : le lion ne chasse pas les mouches. » Le seigneur de Tekke comprit l'avertissement, et livra tous ses châteaux entre les mains de Murad, pour conserver au moins la possession des deux p'aces nommées par le sultan. L'armée ottomane fut congédiée à Kutahie, et Murad rentra triomphant dans Brusa(l).

Lorsque les auxiliaires serviens, de retour dans leur pays, racontèrent le supplice de leurs frères devant Konia, le ressentiment fut général , et la Servie se révolta . comptant sur 1 assistance des Bosniens et même des Bulgares, dont le kral Sisman, quoique beau-père de Murad, s'unit en secret contre lui avec Lazare, kral de Servie (2). Les forces des deux peuples firent subir à vingt mille Turcs , alors occupés à p lier la Bosnie , une défaite si complète que cinq mille a peine échappèrent au carnage [1387]. Mural pouvait bien alors disposer des troup s auxiliaires des princes asiatiques de Tekke, Aidin, Mentcche, Ssaruehan , et Karaman, inclinés devant sa puissance (3); mais, en Kurope, les krals de Bosnie, de Servie et de Bulgarie étaient ligués contre lui; le prince de la Tatarie Oobruze s'était laissé entraîner à la défection; il n'y avait que ses vassaux , les princes de Guslendil et de Serrads h qui lui demeurassent fidèles. Il se prépara donc à une campague d' Kurope; et pour assurer pendant ce temps le repos de l'Asie, il en partagea l'administration dans les cinq sandschaks suivants : le pays de Kermian , qui jusqu'alors avait été gou erné par Bajesid, fut confié au vesir-beglerbeg Timurtasch, attendu que le prince , ainsi que son frère Jakub, sui. \ aient leur père en Europe : un autre Timurtasch-subaschi (lieutenant de police ) fut placé à la tète de l'administration de Siwrihis/ar et du pays situé sur le Sangarius; Firus-Beg reçut le sandschak d'Angora ; le subaschi Kods* cha-l3eg, celui d'Akschehr, et le subaschi Kut-

(1) Neschri , fol. 73.

(2) Seadeddin dans Bratutti, p. 133 ; Neschri, fol. 75 ; ldris , fol. 179.

(3) Neschri , fol. 75.

lu-Beg, celui d'Igirdir, dans le district de Hamid(l) , en même temps furent nommés les chefs de l'armée.

Avant d'entrer en campagne , Murad se rendit à Jenitschchr pour y célébrer son mariage et celui de ses deux fils, Bajesid et Jakub, avec trois princesses byzantines, et pour fêter en même temps la circoncision de ses trois petitsfils. Chez les Arabes. Persans et Turcs, ce n'est pas seulement la célébration du mariage des jeunes filles que l'on désigne par le mot noce ; sous ce terme générique on comprend aussi la solennisalion de la circoncision des garçons, parce que , dans les idées des Orientaux, les fêtes de mariages sont données uniquement A la fiancée et non point à l'époux, qui déjà, comme jeune garçon, a reçu dans les fêtes de la circoncision un dédommagement pour la douleur subie dans l'opération , de même que les réjouissances du mariage sont destinées à sécher les larmes de la jeune fille. Au milieu des réjouissances de Jenilschehr, Murad, pour reconnaître les assurances d'amitié du sultan d'Egypte , envoya à son tour à ce souverain pour ambassadeur Jasidschi - Oghli ( fils de l'écrivain), dont les fils, qui portèrent le même nom que leur père, honorèrent la littérature ottomane sous le règne de Murad II.

A peine les fêtes étaient achevées, Ali-Pascha s'avança avec trente mille hommes pour châtier la perfidie de Sisman. La Bulgarie, autrefois la Mysie Inférieure, est un pays fertile, protégé, au nord, par le Danube, qui, dans cette partie de son cours, est large et profond, et, au sud , par la chaîne de lTIœmus. Du côté de ces montagnes, la Bulgarie , dans toute sa longueur , n'est accessible que par ses défilés, auxquels correspondent sur la ligne parallèle du Danube autant de places plus ou moins fortifiées , en sorte que chaque passage venant de la Rumili est , pour ainsi dire , fermé par une forteresse bulgare. Les deux places les plus extérieures de la frontière septentrionale sont, vers l'ouest, Vidin, et, à l'est, Silistra ( le Bodène et le Dorostolos des Byzantins ) (2). Près de Vidin, se trouve, â l'est, Nicopolis, qui, à une époque postérieure, a usurpé la

(1) Neschri,fol.97.

(2) Mannirt . vu, p. 115.

gloire d'une ancienne ville de ce nom située plus avant dans le pays (1 ); et près de Silistra, vers l'ouest, on rencontre Rusdschuk, à la place de l'ancienne Securisca ; et entre Nicopolis et Rusdschuk , là où était Saidava , s'élève la ville de Sistov , fameuse dans l'histoire des traités par la dernière paix conclue dans ses murs entre l'Autriche et la Porte. Les défilés de rilœmus correspondant à ces points de la frontière septentrionale, dans l'ordre où ils ont été cités , sont : 1° le Ssuluderbend (passage aqueux ) et le Capuluderbend , qui servent d'ouverture au défilé le plus occidental; 2° celui d'Isladi , célèbre plus tard par la victoire d'Hun) ad , et qui mène à Vidin par Sofia et Nissa; 3° celui de Kasanlik , qui conduit à Nicopolis ; 4° Demurkapu (la porte de fer ), débouchant vers Sistov; le cinquième et le sixième , percés à côté l'un de l'autre , se réunissent , au versant méridional de l'Hœmus, à Karinabad; mais, du côté du nord de celte montagne , la route de Rusdschuk traverse le cinquième, celle de Silistra le sixième, et le septième, Nadirderbend, mène également vers cette ville. De ces sept défilés, le plus occidental et le plus oriental sont les plus fameux dans l'antiquité : le premier a été décrit avec exactitude par Ammien, et le second, d'une manière plus poétique, par Théophylactus. Nous reviendrons sur le premier quand la marche de l'armée turque nous y conduira ; mais nous rappelons en ce moment les paroles de Théophylactus sur Nadirderbend , parce qu'Ai i- Pascha traversa d'abord avec son armée Tschalikawak , puis se dirigea vers Schumna et Parawadi par Nadirderbend. «Sabulen-Kanalin (dont on a fait Tschali-Kawak) est dans une situation délicieuse au milieu de la montagne; la plaine qui s'étend à ses pieds est couverte d'un tapis émaillé de fleurs ; de vertes prairies se déploient au loin et reposent agréablement la vue , tandis que les ombres de la forêt couvrent comme une lente le voyageur qui gravit la hauteur. Mais, à l'heure de midi , il est brûlé par la chaleur, lorsque les rayons du soleil pénètrent dans les entrailles de la terre. Le pays abonde en sources dont les eaux ne glacent point celui qui s'y désaltère , et n'exercent au-

(I) Mannert, tu , p. 111 et 140.

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