‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 45 sur 288 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

cune ac'ion malfaisante sur les membres qui s'y rafraîchissent. Des oiseaux , posés sur de tendres rameaux , réjouissent par leurs chants mélodieux le voyageur fatigué. Le lierre, le myrte et les ifs se marient avec mille autres fleurs dans une admirable harmonie ; l'air est chargé de parfums dont les sens sont enivrés, etc »

C'est par ce passage que le grand vesir Ali- Pascha s'avança vers Schumua , après avoir détaché Jaschschi-Beg , fils du beg'erbeg Timurtasch, avec cinq mille hommes, du côté de Parawadi(l). Cette ville, placée dans la profondeur de la dernière gorge orientale de l'Hœmus, fut emportée par la force; Schumna, si souvent quartier général des armées turques (2) dans les temps les plus récents, se rendit volontairement, à la nouvelle de la chute de Tirnowa (3), l'ancienne forteresse de Sisman. Ce prince se fortifia à Nicopolis où il fut assiégé par Ali-Pascha. Alors , il implora la paix. Le grand vesir l'emmena au camp de Murad, qui voulut bien traiter avec lui moyennant le payement du tribut échu et la remise de Silistra. Ali-Pascha poussa des partis , sous les ordres de Tughan-Beg , du côté de Kossova (4), à l'angle méridional de la Bosnie , au point de jonction de sa frontière avec celles de l'Albanie, de l'Herzogewine et de la Servie. Ces coureurs revinrent entraînant une foule de captifs. Ali-Pascha exigea pour leur rançon la remise de Tschete ; puis , lorsqu'il fut en possession de la place , il se dispensa de tenir sa parole, attendu que Sisnan , au beu de livrer Silistra , la fortifiait de plus en plus , ainsi que Nicopolis. Le vesir poursuivit donc la guerre contre ce prince, prit le château de Dridschasa (5) par capitulation, e.nporta d'assaut celui d'Hirschjva (6) sur le Danube, parut avec

(1) Parawadi dansla Rumili dHadscbi-Cbalfa , p. 31, est l'ancien Probaton ; Mannert, vin, p. 139.

(2) Schumoa, Rumili d'Hadschi-Chalfa, p. 35.

(3) D'après Mannert , tiii , p. 141 , Tirnawa était l'ancienne Nicopolis.

(4) La description de la plaine de Kossova se trouve dans Bonfinius, et en outre dans un ouvrage fort ancien et fort rare, Itinéraire de l'ambassade de Wegraysz à Constant inople auprès de l'empereur Suleimau, imprimé en 1531.

(5) Dan* Bratutti. Voy. à la page 138, Triciatia.

(6) Dans Bratutti , p. 137 ; Hirdania.

toutes ses forces devant Nicopolis , et réduisit le kral à se remettre , avec sa capitale et sa famille , à la merci du vainqueur. Le vesir l'envoya avec ses trésors et ses enfanls à Tausli, dans le camp de Murad [1390] , qui lui laissa la vie, mais prit possession de toute la Bulgarie.

Le kral servien Lazare, voyant l'orage prêt à fondre sur ses frontières, se prépara à la résistance : voulant même prévenir l'ennemi , il ordonna à son général Démétrius d'attaquer et d'enlever le château de Schehrkoï (1), situé au sommet d'une montagne escarpée sur la frontière de la Bulgarie , maintenant soumise aux Ottomans. A cette nouvelle , Ali-Pascha envoya en toute hâte Jachschi-Beg, le subaschi Aine-Beg et le pascha Sarudsche, avec dix mille hommes, pour reprendre la place. L'entreprise réussit. Le château fut rasé . la garnison emmenée prisonnière; mais Jachschi-Beg, qui en fit le rapport au sultan et demanda la permission de poursuivre l'ennemi , reçut l'ordre de revenir. Lazare n'épargna aucune peine pour déterminer ses voisins, les souverains d'Albanie et de Bosnie, â une ligue de peuples contre Murad, et, plein de confiance dans leur appui, il osa envoyer une provocal ion au sultan (2). Celui-ci avait rappelé d'Asie ses fils Bajesid et Jakub , qui gouvernaient alors les sandschaks de Kutahije et de Karasi (3) , et fortifié son arméedes troupes auxiliaires deSsaru-Chan, Mentesche, Aidin et de Hamid (4). Parmi les souverains chrétiens européens , ses vassaux, il pouvait compter sur le prince de Serradsch et sur Constantin, prince de Gustendil (5). Un plus puissant renfort était le nomd'Ewrenos-Beg, le vieux compagnon d'armes d'Urchan, qui venait d'arriver à l'armée, de retour de son pèlerinage à la Mecque. Murad mena toutes ses troupes par le défilé de Succi (Ssuluderbend), le plus occidental de l'Hœmus , qui , selon le rapport d'Aînmien Marcellin (6), s'élève graduellement du côté du nord ou de l'Illyrie , descend brus-

(1) Neschri.fol. 82.

(2) Jbid., fol. 83,et Seadeddin, dans Bratutti, p. 145.

(3) Jbid. , fol. 75.

(4) Seadeddin , dans Bratutti , p. 143. (5, Ibid., p. 145.

(6) Ammien Marcellin , 1. xn, p. 10.

quement sur le versant de la Thrace , et ne peut èlre franchi qu'avec peine à l'aide de sentiers étroits, pratiqués à travers les rochers. Des deux côtés de l'Hœmus , à pariir du point où le Rhodopc s'en détache pour s'avancer au sud, s'étendent de vastes plaines; au nord se déploie la campagne de Jardika ou Sofia, habitée par les Daces au temps d'Ammieii Marcellin (1); au sud celle de Philippopolis, où denicuraienl les Thraces. A son troisième jour de marche, Murad atteignit Ihliman (2) (l'ancieu He'ike). Ici la route se par âge : à drniie, un chemin facile et commode conduit à So!;a, Nissa et Schehrkoï (3); par celui de gauche, qu'interrompent souvent les eaux manquant d'écoulement, on arrive péniblement aux bains chauds de Gustendil, à l'angle où l'Orbelos se joint au Rhodope. Suivant le conseil de SOU vassal chrétien, le prince de Serradsch, Murad choisit ce chemin, appelé Ssuluderbend, comme le p'us court et menant le plus vite à l'ennemi. Trois .jours après son départ d'Ihtiman, il atteignit la pi, ine d'Alaeddin , où il s'arrêta deux jours, et, le lendemain, il était devant Gustendil, où il fut reçu amicalement par le seigneur du pays, son fidèle vassal: là, les guerriers fat ignés trouvèrent une nourriture si abondante que, se'on l'expression de iNeschri (4) , on voyait couler des ruisseaux de lait et de miel. La première halte fut dans la grande vallée d'Ulu-Owa (5), d'où Ewrenos ht une reconnaissance avec quarante cavaliers, et ramena quelques prisonniers (6). D'Ulu-Owa la marche se poursuivit vers karatova (7), où l'on s'arrêta plus longiemps. Un envoyé de Lazare, qui, sous prétexte d'apporter un défi, n'était venu en réalité que pour voir l'état de l'armée, dut rendre grâces à son caractère, s'il ne reçut, pour prix de son insolent message , qu'une réponse dédaigneuse (S). Murad tint un conseil

(1) Animipn Marcellin, pass. cité. Hincvicinae mediterranneis Dacix. /A/7/.

(2) La Rumili d Hadschi-Chalfa , p. 57; Neschri , fol. 81.

(3) Neschri , fol. 82.

(4) /feu/, fol. 82.

(5) Ibid.

(6) Ibid.

(7) Ibid.

(8) Ibid.

de guerre avec les chefs de son armée, et tous furent d'avis de s'avancer dans le pays de l'ennemi Ewrenos-Beg et .ligil-Pascha prirent la conduite de lavant-garde. L'ar i ée, tirant au nord, traversa les gorges de l'Orbelos, campa <i Gum sclihiszr (1), sur la rive occidentale de la Morava, et passa le fleuve dans la nuit, tambour battant, enseignes déployées, en six divisions. La première était conduite par le grand vesir, la seconde par le prince Bajesid, la troisième par Aine-Beg, la quatrième par le prince .lakub, la cinquième par Saridsch-Pascha , et la sixième par Murad en personne (2). La plaine de Kossova (en hongrois Rigomazeu, en allemand le champ des merles) a cinq mille pas de largeur et v;ngl mille de longueur; Iraversée par une petite rivière, elle est enfermée de tous cotés par des montagnes de peu d'élévation, auprès desquelles sont bâtis de jolis villages (3). Là, les troupes de Murad se trouvèrent en face de l'armée , bien supérieure en nombre, des {rinces alliés de Servie, de Bosnie, d'Ilerzogewine et d'Albanie, et le sultan délibéra avec ses généraux pour savoir si l'on attaquerait sa' s s'arrêter à la supériorité de l'ennemi (4). Plusieurs furent d'avis de mûrir les cha veaux devant le front de l'armée , afin de jeter le trouble dans les rangs des Européens par l'aspect étrange de ces animaux (ô), et de s'en servir en même temps cornue d'une sorte de rempart. Le prince Bajesid combattit celte proposition. «I e ciel , disait-il, avait jusqu'alors couvert les armes ottomanes d'une protection si extraordinaire qu'il n'était pas besoin d'une telle ressource ; un stratagème de cette nature portait atteinte à la confiance que l'on niellait en Dieu; i fallait combattre face à face et à découvert.! Le grand vesir appuya ce sentiment du prince par le résultat de la consultation faite dans la nuit sur les feuillets du Koran , selon la coutume. Il étail tombé sur ce passage : «0 Prophète, dompte les infidèles et les hypo-

(1) Neschri, fol 85.

(2) Ibid. , fol. 85.

(3) Boufinii reruin hungaricarum Décades; Francofurli, 15«1 , p 471.

(4) Seadeddin, dans Braïuiti, p. 146; Neschri fol. 87.

(5) Ibid., p. 147.

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