‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 48 sur 288 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

BAJFSIl) , FRATRICIDE , MONTE SUR LE TRONE. —PREMIER SIÈGE DE CONSTANTINOPLE PAR LES TURCS. — PREMIÈRE INVASION TURQUE EN HONGRIE. — CONQUÊTE DES ÉTATS DE KARAMANIE, DE BURHANEDDIN ET DE ROETURUM. — CORRUPTION DES MOEURS ET DES JUGES. — FON- DATIONS ET CONSTRUCTIONS. — BATAILLE DE NICOPOLIS ET MASSACRE DE DIX MILLE PRI- SONNIERS. — MOSQUÉE ET KADl A CONSTANT1NOPLE. — NOUVELLES CONQUÊTES EN ASIE ET EN GRÈCE.

Le règne de Bajesid-Ildirim , c'est-à-dire la foudre , commence comme l'histoire du monde par un fratricide. A peine son père avait rendu le dernier soupir, Bajesid fit mettre à mort son unique frère Jakub, « en raison, dit l'historiographe de l'empire , de celte maxime du Koran : la sédition est pire que l'exécution. 11 considérait aussi le mauvais exemple de conjuration et de révolte donné par sou frère Sandschi, et la nécessité de prévenir l'envie de l'imiter. Enfin, à l'exemple de Pieu luimême qui règne seul et sans rival, celui qui est l'ombre de Dieu sur la terre , le chef des vrais croyants, devait, semblable à Dieu et délivré de tout rival, s'asseoir seul sur le trône. » La politique des sultans successeurs de Bajesid trouva ses motifs si puissants, que l'imitation de sa conduite fut regardée par eux comme un devoir, et que dans la suite Mohammed le Conquérant proclama publiquement comme loi de l'empire, que chaque nouveau sultan (() devait immoler ses frères à son avènement. Les historiographes ottomans pour qui ce fratricide paraît une tache à la mémoire de leur héros , malgré leur accord à le regarder comme une nécessité politique , prétendent que l'exécution de Jakub eut lieu à l'insu d'ildirim et d'après l'unanime décision des begs (2). Les historiens européens, qui se plaisent à exagérer les horreurs tomme les ottomans à exagérer les éloges, portent jusqu'à sept le nombre de frères que Bajesid fit exécuter, bien qu il n'en ait

(1) Voy. Constitution de l'empire ottoman, 1. 1, p. 98. (21 Seadeddiu et SsolaUsade.

jamais eu que deux , et qu'il ne lui en restât plus qu'un seul lorsqu'il devint maître du pou- ! voir -uprème.

Après avoir envoyé en Asie les notifications nécessaires sur la victoire de Kossova et sur son élévation au trône, Bajesid s'occupa d'abord de mettre ordre aux affaires de Servie. Il ordonna à Jigit-Beg de faire des courses en Bosnie, et à Firus-Beg de pousser des partis du côté de Yidin ; il prit ensuite possession des mines d'argent de Karalova, et peupla Skopi de colons turcs. Après cela | J389J , Etienne, fils deLazare, éiant venu lui prêter serment de fidélité, il conclut avec lui un traité par lequel le di spote s'engageait à suivre BajesLl comme allié dans toutes ses guerres, A lui donner sa sœur en mariage, et à lui payer un tribut annuel sur ses mines d'argent (.1). lldiiim humilia davantage les Paléologues qui se disputaient le trône byzantin. Andronicusel Jean, filset petit-fils de Jean, l'empereur régnaut , qui avait trouvé contre eux un allié dans Murad, cummeauparavant il avait rencontré un appui dans Urchan contre Canlacuzène, avaient dû, sur l'injonction de Murad, à cause de leur conjuration avec Sandschi son fils, avoir les yeux brûlés puis être je'és en prison; mais les ordres pour le supplice n'avaient pas été tellement bien exécutés que les deux princes fussent entièrement privés de la vue, et qu'ils n'eussent conservé quelque espoir de monter un jour sur le trône ; leur garde n'était pas si sévère qu'ils n'eussent pu trouver moyen de s'adresser à Bajesid, et de réaliser par lui leurs espérances.

M) Ducas.t. i, p. 6.

Bajesid saisit avidement l'occasion qui lui était offerte de semer de nouveaux troubles ; il se réjouit comine le loup lorsque le vent sou ève la poussière. Ainsi s'exprime Phranzcs faisant allusion sans doute au loup qui se trouvait dans les anciennes armoiries turques. Le sultan vint donc à Constanlinople au secours des princes ivec six mille cavaliers et quatre mille fantassins; il arracha du palais des fontaines (1) l'empereur Jean et son fils Manuel, les enferma dans la tour d'Anemas, et les remit à la garde sévère rPAndronicus , qui monta sur le trône de son père (2). Pour prix d'un tel service, Andronicus paya chaque année à Bajesid plusieurs quintaux d'argent et d'or (3); toutefois, il n'écouta pas les conseils répétés du sultan d'immoler son pèreetsonfrère(4). L'empereur Jpauet Manuel, par le secours des Génois, réussirent à échapper aux soldats bulgares qui gardaient la tour i'Anemas, et se réfugièrent auprès de Bajesid. Celui-ci qui avait souvent pressé Andronicus ie les mettre à mort maintenant résolut de tirer parti de leur existence | our châtier la lésobéissance de son protégé Andronicus. Réveillant le souvenir de l'ancienne amiiiédu vieil ;mpe eur avec son père Mnrarl et son a cul Jrchan, Bajesid prêta l'oreille aux propositions le Jeau, qui lui offrait d'être son vassal. Celui- •i promit de payer pour la captivité du fils le ribut que le fils avait payé jusqu'alors pour ■elle du père, de se mettre chaque printemps m service du souveraindesOttomans avec douze nille hommes, cavaliers et fantassins, et de se •egarder comme l'ami de ses amis et l'ennemi le ses ennemis. Cet accord fut des deux côtés [.celle par ua serment (5) 1 1390]. Bajesid envoya in messager à Constanlinople pour s'informer les habitants lequel des diux fils de l'empereur, Andronicus ou Manuel, ils étaient disposés A '•econnaitre comme son successeur au truie. Le 'apport ayant été favorable à Manuel, Bajesid ni prêta le secours promis, et une armée turpie le replaça sur le trône , comme elle l'en avait | irraché deux ans auparavant. Mais Andronicus ie retourna pas en prison; il conserva ce qui

I (1) Phranzès, I. i,p. 13.

('2, Ihid. , Cbulcond , l. c.

I (S) Ibid. , edit. d'Aller , p. 13.

<A) Ibid.

I Micas , m, p 23.

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