‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 49 sur 288 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

restait encore de l'empire byzantin hors des murs delà capitale, savoir: belymbria, Heraklea, Rhaidesios, Danias et Panidossurla Propontide, ainsi que '1 hessalonique (I). Manuel fut couronné comme successeur et co-régent de l'empereur Jean, qui parut deux ans encore assis sur le trône, où la pitié des princes ottomans Lrchan, Murad et Bajesid, le maintint pendant la durée d'un demi-siècle.

Bajesid, ayant conclu la paix de Servie, avant de partir pour l'Asie, jeta à Andrinople les fondements d'une mosquée (2), dans cette partie de la ville que l'on nomme encore aujourd'hui le quartier d'Ildirimchan. Cette mosquée dont la coupole repose sur quatre arceaux , ei qui pour cela est appelée mosquée de la coupole , avec uu imaret y attenant, ne fut achevée que dans l'espace de quatorze ans (3). Saridsche-Pascha, appelésouvent général des Asabes, bâli um- autre mosquée dans cette résidence. Coin ne commandant de la flotte , il captura à l'entrée des Dardanelles un vaisseau franc, sur lequel se trouvait une princesse destinée à l'ernpi reur de Byzance. La belle fiancée impériale dont le nom est resté inconnu, entra dans le harem de Bajesid (4), qui, déjà se trouvant marié avec la fille du seigneur de kennian , avec la princesse de B.zance, et celle de Servie, comptait maintenant quatre princesses pour ses femmes légitimes. Afin de subvenir aux frais nécessaires à l'achèvement de la mosquée qu'il venait de fonder, il entreprit une expédition i n Asie, et résolutde conquérir Alaschenr (5) (Philadelphia); celte ville, située en re les pays soumis aux Ottomans et ceux du prince d'Aidïn dont elle était l'alliée, était la seule possession que les Grecs eussent conservée dan> toute l'Asie. Pour faire cette conquête le sultan réclama les troupes de ses nouveaux alliés de Servi ■ de Byzance L'391]. Le commandant grec d'Alaschetir répondit à la sommation de Manuel de lecevoir un juge

(1) Phranzès, !. xui,édir. d'Aller, p. 13, et Chalcondylas, I. n, p. 19.

(2) Hadschi-Chalfa , Tables chronologiques.

(3) Ruinili d Hail-chi-Chalfa, p. 9.

(4) Aali, fol 19.

(5) Ntschri , fol. 95 , Alafccbehr , c'est-à-dire la ville bigarrée , ei non pas Al.ahschehr , ville de Dieu, comme elle est Dominée par erreur dans la plupart de* descriptions de voyages, et même Jaas Lente.

et un préfet turcs, qu'il n'était pas disposé à livrer la ville à un barbare, lldirim, transporté de terreur, fit investir la place par les troupes grecques placées sous les ordres de Jean et de Manuel en personne, qui reçurent pour les services rendus dans ce siège une récompense d'Hdirim, à qui le fidèle vassal avait refusé de livrer la ville; et, ce qui paraîtra plus incroyable , c'est que les deux empereurs montèrent les premiers à l'assaut de leur propre ville pour la mettre au pouvoir des barbares(l). Philadelphie est restée plus fameuse dans l'histoire par celte étrange manière de passer aux mains des musulmans , que par la conquête précédente qu'en avaient faite les Seldschuks, les Byzantins (2), les croisés et les Karamaniens(3), à qui les Catalans, sous la conduite de Roger , avaient tenté de l'enlever. Anciennement elle s'appelait Kallatebos; Hérodote en parle à propos de la marche de Xerxès, à cause de ses gâteaux de miel (4); aujourd'hui même l'Halwa, c'est-à-dire le gâteau du miel d'Alaschehr, ainsi que celui de Konia, sont renommés dans toute l'Asie Mineure. Bajesid y bâtit une mosquée, une école et des bains, et affecta les revenus de la ville à l'érection et à l'entretien de la mosquée'qu'il avait commencée à Audrinople. Le prince d'Aidin, dont la protection avait soutenu jusqu'alors Alaschehr, l'unique ville grecque d'Asie, vint prêter serment au vainqueur; non-seulement il se désista du droit souverain de frapper monnaie et de faire dire la prière publique dans tout son territoire, mais il céda encore Éphèse, jusqu'alors sa capitale, et transporta le siège de son pouvoir à Tire, aujourd'hui renommée par ses tapis et ses étoffes de colon. Avec la principauté d'Aidin, celles de Ssaru-Chan et deMentesche furent incorporées à l'empire ottoman, et les princes de ces pays cherchèrent et trouvèrent un refuge contre la puissancedeBajesid-lldirim(la foudre), auprèsde Kœturum-Bajesid, c'est-à-dire Bajesid le Perclus, seigneur deKastemuni et de

(1) Chalcond,l. i,p. 20.

(2) Nicétas Choniates, et, d'après lui, Déguignes, Histoire généal.,1. ni, p. 35, place la prise de Philadelphie en 1120.

(3) Pachymères, 1. v, c. 21, p. 293 , et c. 23, p. 295. La dernière prise de cette ville par Bajesid se trouve dans Chalcondylas , 1. 1 , p. 20 , et Ducas , 1. îv , p. 7.

(4) Hérod., I. vu , p. 31 ; Maunert , 1. vi , c. 3 , p. 305.

Sinope(l). lldirim fit de ses nouvelles conquêtes un sandschak qu'il donna à son fils Ertoghrul . Ainsi des dix principautés formées des débris de l'empire seldschukide, déjà sept (2) étaient venues s'engloutir dans le gouffre toujours béant de la puissance oltomane; au nord et au sud de l'Asie Mineure, les deux princes seuls de Kastimuni et dcKaramanie bravaient encore sa puissance (3). Depuis la paix renouvelée par Urchan, des relations d'amitié s'étaient formées avec le dernier (i); mais le vassal de Hamid éleva des plaintes contre lui (5). Bajesid, après avoir entièrement soumis Kermian et Tekke, et placé Firus-Begà la tète de ce nouveau sandschak, se tourna contre la kararaanie, dont le prince Alaeddin se réfugia dans les rochers de la Cilicie Pétrée(6). Bajesid investit Konia, qu'avait assiégée, son père Murad ; il eut les mêmes égards pour les habitants de la contrée; il usa de la même discipline rigoureuse qui avait autrefois excité des mécontentements dans les troupes auxiliaires de Servie. Les citoyens de la ville eux-mêmes furent ainsi encouragés à transporter du blé dans le camp ottoman; et, quand ils eu avaient reçu le prix, ils étaient reconduits en sûreté par des tschauschs (7). Séduites par de tels procédés, les villes karamaniennes d'Akschehr, de Nikde (8), d'Akserai (9), ouvrirent elles-mêmes leurs portes, et le commandement en fut donné au beglerberg Timurtasch(lO). LeprincedeKaramanie,pour ne pas perdre tousses États, en sacrifia une partie [1390], et la paix fut conclue à la condition qu'à l'avenir le fleuve Tscheharschenbe servirait de limite entre les Ottomans et les Karamaniens.

(1) ldris, Neschri.

(2) Karasi, Kermian, Hamid, Mentescbe, Tekke, A din etSsaru-Chan.

(3) La conquête de Mentescbe et d'Aidin est rapportée par Seadeddin , Idi is , Neschri ,1. c. , Aali , Ssolaksade , fol. 20; Chalcondylas et Ducas, p. 7. Ce dernier nomme le prince d'Aidin Isa , celui de Ssaru-Cbau Chirs, et celui de Karasi Elias.

(4) Notices et extraits de la Bibliothèque du roi, l.m

(5) Neschri , fol. 96; Seadeddin, dans Bratutti, p. 192.

(6) Jbid.

(7) Ibid.,\>. 163.

(8) Dschihannuma, p. 615 , et Ewlia.

(9) Akseraï , l'ancienne Archelaïs. Mannert, 1. iv, 2, p. 266.

(10) Seadeddin , dans Bratutti, p. 164.

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