‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 51 sur 288 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

sédaieut la Cappadoce, ensuite par des colonies athéniennes ; plus tard gouvernée par des rois, e.. bellie par plusieurs d'entre eux, surtout par Eupatoi' et Mithridates ; enlevée à Pharnace par Lucullus, après un siège opiniâtre ; déclarée libre par Jules César ; de nouveau soumise à des rois par Antoine ; maltraitée par le tyran Strabo ; rendue à la liberté par l'empereur Auguste, après la victoire d'Aclium, et de plus érigéeen capitalede toutes lesvillesdu Pont(l); plus tard, une des principales villes de l'empire des Comnènes; enfin, passant des mains de Bajesid le Perclus à celles de Bajesid la Foudre, n'est plus aujourd'hui peuplée que de deux mille habitons, et entourée de murs à demi ruinés (2). Les marins turcs estiment surtout surtout sa poix, son goudron, ses cordes et ses câbles. A l'orient de Ssamszun s'étend la plaine de Pi,anar«a(3), arrosée par l'Iris, et plus loin celle de Themiskyra, qui, traversée par le Thermudon, était le pa\s des Amazones. Sur les bords de l'Iris (aujourd'hui Tscheharschenbessuji , c'est-à-dire eau du mercredi . se trouve Amasia, dont le nom (chose merveilleuse!) s'est conservé intact jusqu'à nos jours, en passant à travers tant de siècles , et par la bouche de tant de peuples barbares. Enlevée aux Grecs par les Danischmeudes , à ceux-ci par les Seldschuks, aux Seldschuks par les Isfendiars, aux Isf ndiars par les Olto..:ans, Telle est surtout remarquable par les ruines de l'ancien château royal, les tombeaux des rois qui y sont creusés dans le roc (4), par les anciens aqueducs et le palais dlsfendiar. Tant d'avantages l'ont fait généralement appeler la Bagdad de Ru m (6).

Bientôt après la conquête faite par lldirim, Amasia brava pendant sept mois . derrière ses fortifications, toulelapuissancedeTimur,qui fut obligé de lever le siège. Plus tard, pendant les révoltes de Karajasidsehi et de Karasaid, ce fut le refuge assuré de tous les biens meubles de la contrée. Parmi plusieurs mosquées, on distingue surtout celle de Bajesid, non pasdeBajesid ler,la

(1) Dschihannuma , p. 648.

(2) Mackinneir, p. 282.

(3j Ibid.

(4) Strabo, 1. su; Mannert,!. ni, c. 2, p. 448.

(1) Mannert, ibid.

(2) Mackinneir , p. 304.

(3) Pbanaraea se trouve sur la carte du Dschihannuma sous le nom de Panaris.

(4) Moiier'i firstjourney, p. 348-352.

(5) Dschihannuma, p. 626.

Foudre , mais de Bajasid II, le Pieux ; elle a cent pieds carrés: on y remarque les sculptures élégantes de la chaire et de l'autel, et sa coupole. I e même prince construisit aussi le tombeau du scheich Pir-Elias, lieu fameux de pèlerinage. Pir- Elias, contemporain de Bajesid la Foudre et connu de Timur, se retira à Amasia; il est enseveli dans le site ravissant de Suwadije, à côté du couvent des Chalw ti, fondé par Bajesid II. Non loin de là est un autre lieu de pèlerinage fréquenté par les musulmans : c'est le tombeau du gendre et successeur d'Elias, du scheich Ilosameddin, qui, recevant la visite des trois hls de Murad 1er, permit à deux d'entre eux de lui baiser la main ; mais il se jeta aux pieds du troisième , Mohammed , qui fut ensuite sultan , et le conjura en présence de ses frères de veiller aux intérêts de l'islam. Les musulmans pieux s'arrêtent devant ces deux tombeaux ; mais l'ami de la poésie est attiré par celui du poète Mumin, vesir du prince Ahmed, gouverneur de Bagdad, et surtout par celui de Mihri, la sapho des Ottomans, qui consacra a l'amour ses poèmes et sa vie passionnée. Les beautés turkmanes d'Amasia trouvent de puissants aliments à leur imagination ardente, à leur passion pour les aventures extraordinaires, dans le roman de Ferhad etSchirin, dont les scènes se sont, dit-on, passées dans celte ville. D'aprèsla tradition turque, l'ancien aqueduc serait le canal creusé dans le roc par Ferhad pour recevoir le lait des bergeries de Schirin, et la promenade de Kanli-Binar (fontaine sanglante) serait le lieu où Ferhad apprit d'une vieille femme la fausse nouvelle de la mort de Schirin, et se précipita sur sa hache pour se tuer(l). Cettenouvelletraditionsufhtaux Amasiennes, et a remplacé celle de leurs anciennes voisines, les Amazones, qu'elles ont entièrement oubliée. Amisus et Amasia forment un triangle avecOsmandschik, une des principales villes du pays de Kastemuni, nouvellement conquise et confiéeau gouvi rnement du princeSuleiman.Elle occupe une situation pittoresque sur le Kisilirmak (l'Halys), dans une plaine fertile en vin et en blé (2). Près du grand pont jeté sur le Meuve et supporté par dix-ueuf arches, l'un des plus beaux de l'empire ottoman, construit par le sul-

(1) Dschihannuma , p. 626 , et Ewlia , I. n , fol. 314.

(2) Morier'sfirstjourney , p. 352.

tan Bajesid II, on voit le tombeau du saint Burhandcdc(l). Mais dans la ville même d'Osmandschik se trouve le mausolée bien plus célèbre du saint Kujunbaba, c'est-à-dire Père- Mouton, compagnon du scheich des janilscharcs Hadschi-Begtasch. 11 reçut ce surnom parce qu'il ne parlait point, et se bornait cinq fois par jour, aux heures de la prière, à faire entendre un bruit semblable au bêlement d'un mouton. Le sultan Bajesid II, surnommé lui-même le Pieux ou le Saint, construisit au saint Père-Mouton, qui lui était apparu en songe, un magnifique tombeau et un cloître avec des étables, des cuisines, et de nombreux appartements pour recevoir et entretenir gratuitement les voyageurs; c'est un des plus beaux et des plus riches couvents de l'empire.

Bajesid, emporté sur les ailes delà victoire et enivré par ses conquêtes, commença à négliger son royaume et ses propres devoirs. Le premier des princes ottomans, il transgressa la loi de l'islam qui défend l'usage du vin, et il se montra indulgent pour le luxe et les débauches monstrueuses de son vesir Ali-Pascha. C'était la princesse servienne, son épouse, qui lui avait inspiré sa passion pour les orgies. Pour satisfaire ses honteux plaisirs, le vesir ne fitplusseulenient servir les nombreux enfants chrétiens à recruter le corps des janitscharcs (adschemoghlan), mais ceux d'entre eux qui se distinguaient le plus par leur beauté et leur esprit étaient employés comme pages (Itschoghlan) au service intérieur de la cour. En quittant ces infâmes fonctions, ils entraient en possession d'un fief, où ils étaient promus aux premiers emplois militaires et civils. Ainsi les habitudes contre nature de la corruption orientale, dont les Perses et les Grecs se sont jadis mutuellement reproché l'origine ('2), se glissèrent dans l'empire ottoman, et se propagèrent, non-seulement par l'exemple des sultans et des vesirs , mais encore par ceux des jurisconsultes. Bientôt ce vice devint dominant à la cour , à l'armée et parmi le peuple ; il fut le moyen le plus sûr de parvenir aux hon-

(1) Ewlia, I. ii, fol. 320.

(2) Hérodote, 1. 1, p. 135. Plutarque, dans son Traité sur les calomnies d'Hérodote, contredit cette accusation. Atnmieu témoigne dans le sens d'Hérodote , 1. xxiv , et Q. C.urlius , x , 1 , 21 , dans le sens contraire.

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