‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 53 sur 288 · LIVRE VI. m · texte numérisé non relu

LIVRE VI. m

d'écnyers, et six mille mercenaires. A leur tête

(1) Mémoires de madame de Lussan ,m, p. 5; dans Engel , Hisi. de Hongrie, n , p. 109.

marchaient le comte de Nevers, le vaillant fils du duc de Bourgogne, seigneur de Flandre et oncle de Charles VI; le sire de Bourbon , co nte de la Marche, Henri et Philippe de Bar, tous trois cous us du roi ; Philippe d'Artois; le comte d'Eu, prince du sang, connétable; Jean de Vienne, amiral; le maréchal Boucicault, qui, à son retour d'Orient, traversant la Hongrie, avait excité le courage du roi Sigismond à de nouvelles entreprises contre les Turcs (1) ; lesii ede Couey, un di s meilleurs et des plus anciens généraux de la chrétienté; Cuyde LaTrémouille; les seigneurs de Koye, Saiui-Paul, Monturel et Sampi. A cette fleur de la chevalerie française se réunirent à son passage en Allemagne Friedrich, comte de Hohenzollern , grand prieur de l'Allemagne, à la tète des chevaliers teutoniques, et le grand maître Philibert de Naillac, qui arriva de Rhodes dansle campde Sigismond, suivi d'un grand nombre de chevaliers de Saint- Jean (2). Outre les troupes auxiliaires françaises et celles des ordres de chevalerie, l'armée de Sigismond fut grossie par des chevaliers bavarois (3), sous la conduite de l'électeur palatin et du comte Mumpclgard, chàielain de Nuremberg , par des chevaliers sty riens sous les ordres d'ilermannll, comte de Glli (4), et des troupes valaques , commandées par Mirtsche, prince de Valachie (5) [1396]. Vers la Pentecôte, il y eut une réunion à Vienne don l'on envoya soixantedix grands vaisseaux qui descendirent le Danube chargés de vin, de farine et d'avoine. L'armée hongroise signala par le pillage sa mardi'1 à travers la Servie (6); les troupes auxiliaires françaisestraversèrent la Transylvanie et la Valachie. Le roi Sigismond passa le défilé de la Porte de fer , et occupa Vidin et Orsova: la première avee trois cents , la seconde avec deux cents hommes (7). Vidin s'était rendue volontairement ; Orsova se défendit cinq jours, au

(1) Histoire de Jean de Boucicault , à Paris , 1620.

(2; Veriot , Hisloire des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem,!, vi (Amsterdam, 1732 ), t. n, p. 6.

(3) Schillberger, Munich , 1813.

(4) JuliusCaesar, Hist. politique et religieuse du duché de Myrie, VI, p. 3.

(5) Engel, Hist. de Valachie, p. 159 et 160.

(6) Ibid.. Hist. des Bulgares, p. 468.

(7) Schillberger, ouvr. cité.

bout desquels les habitants chrétiens chassèrent la garnison turque. Baco fui cernée, et la garnison, après s'être rendue, fut égorgée. L'armée alliée forte de soixante mille hommes se réunit à Nicopolis, qui fut assiégée pendant six jours par terre et par eau. Toghan-Beg se défendit avec opiniâtreté, certain qu'il ne tarderait pas à être secouru. Les alliés et surtout les Français, confiant dans leur supériorité, s'abandonnaient sans mesure au vin et à la débauche avec des courtisanes qu'ils avaient amenées avec eux. Ils ne parlaient de Bajesid qu'avec le plus grand mépris, et doutaient qu'il eût le courage de passer le Bosphore. Ils ne voulurent pas même croire aux courriers qui leur apportèrent la nouvelle que l'armée turque n'était éloignée que de six lieues: le maréchal Boucicault menaça les messagersdelcur faire couper les oreilles pour avoir répandu une fausse alarme (1). Les chevaliers poussaient l'extravagance jusqu'à dire que si le ciel tombait ils le soutiendraient sur leurs lances (2). Fier de ses succès, Bajesid pouvait paraître moins présomptueux en faisant cette menace: «Bientôt je ferai manger l'avoine à mon cheval sur le maitre-autel de Saint-Pierre à Rome (3).» Aussitôt que les premiers coureurs turcs, les Asabes, couvrirent la plaine, le courage impétueux du comte de Nevers lui fit demander le poste d'honneur à la première attaque par la cavalerie française ; le roi Sigisraond, habitué à la guerre contre les Turcs et connaissant leur manière de combattre, lui représenta que des troupes légères suffisaient pour dissiper cette canaille mal armée, mais qu'il fallait réserver le noyau de l'armée chrétienne pour l'opposer au noyau de l'armée turque, les janitschares. les sipahis. Le sire de Coucy et l'amiral Jean de Vienne furent de l'avis du roi; mais le connétable et le maréchal de France > blessés dans leur orgueil de ce que Sigismoud avait consulté l'amiral et le sire de Coucy avant de demander leur opinion , embrassèrent avec vivacité l'opinion contraire , et s'écrièrent que la cavalerie française ne céderait jamais le pas à l'infanterie hongroise, que le poste d'honneur appartenait de droit aux Français dans la bâti) Vertot , p. 9, d'après l'histoire anonyme de Saint- Denis , 1. xvi , c. 11.

(2) Bon6nius , p. 377.

(3) Daru , Histoire de Venise, u , p. 103.

taille. A ces paroles, toute la jeunesse française répondit par des acclamations, et leur folle témérité se changea en sauvage barbarielorsqn'ils égorgèrent dans le camp des prisonniers turcs qui s'étaient livrés sur parole (1).

Après ce sanglant prélude commença la bataille, dont l'issue fut si tragique [22 sept. 1 396 1 3 Les Asabes composant l'avant-garde tureque , ne résistèrent pas à l'impétuosité de la cavalerie française ; les janitschares eux-mêmes furent enfoncés, et lorsque dix mille d'entre eux couvraient déjà le champ de bâtai le de leurs cadavres , le reste chercha un refuge derrière les sipahis ; alors les chevaliers français se précipitent avec une force invincible sur la cavalerie turque, dont cinq mille hommes sont tués. La victoire était aux Français s'ils avaient suivi l'avis du sire de Coucy et de l'amiral, qui conseillaient de faire halte , de remettre l'ordre clans les escadrons, et d'attendre l'infanterie hongroise (2). Mais dans l'emportement de leur imprudent courage et voyant les sipahis fuir devant eux, ils coururent et montèrent jusqu'au sommet d'une hauteur (3), où ils espéraient achever le reste de l'armée turque. Quel fut leur étonnement lorsqu'ils virent l'élite des forces de Bajesid (4), leur présenter une forêt de quarante mille lances. Au premier étonnement succéda une terreur panique, et à la valeur la plus emportée le découragement le plus complet. Tout s'enfuit ou se dispersa, la cavalerie de Bajesid coupa la retraite. L'amiral Jean de Vienne avait déjà fait un mouvement en arrière, lorsque, fidèle à l'honneur, il s'écria aux douze chevaliers qui l'entouraient : «Dieu nous garde de sauver notre vie aux dépens de notre gloire , c'est ici qu'il faut se défendre ou mourir au champ d'honneur (5). » A ces mots , ils se précipitèrent ensemble sur les lances des ennemis, et moururent en chevaliers français. Le duc et vingt-quatre de ses compagnons furent pris :

(1) Vertot, d'après l'Histoire anonyme de Saiut-Denys.

(2) IbhL, 1. vi, p. 12 et 13.

(3) ldris et Seadeddin, dans Bratutti . p. 184 , parlent de cette hauteur sur laquelle Bajesid à cheval s'entretint avec Toghan-Beg , commandant de Nicopolis.

(4) Ducas , 1. xui , p. 27.

(5) Vertot, d'après le mss. anonvme deSaint-Deins, c. 12.

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