LIVRE VI
.adislas de Naples , dans le but de placer ceîi-ci sur le trône de Sigismond par le secours u sultan (I). Jean de Maroth battit, il est vrai, Posega, et fit retirer l'armée turque qui avait assé la Save, venant de Bosnie; mais les Turcs 'en ravagèrent pas moins toute la presqu'île ituée entre la Save, la Drave et le Danube, et :s ruines des villes indiquaient seules l'anienne prospérité du pays (*2). Ils pénétrèrent iissi en Bosnie jusqu'à Zwornik (3), et, malgré i valeur de Mirtsch, sa résistance dans les forts de chênes de la Valachie , Ewrenos sut as- ?oir en ces lieux la puissance des Ottomans, en tablissant un camp retranché , ce qui maintint jn importance et sa haute faveur auprès du ultan (4).
Alors Bajesid tourna ses regards du côté de ktnstantinople que ses troupes tenaient blouée depuis la mort de Jean Paléologue, il y vait déjà vingt-cinq ans. Pour reprendre le fil istorique des rapports de Byzance avec Baje- ;d, il faut remonter jusqu à l'avènement de lanuel qui provoqua la colère de Bajesid et la emande d'une mosquée et d'un kadi à Consîntinople. Chalcondylas et Phranzes racontent lus exactement que Ducas la circonstance qui onna lieu à une rupture p'us éclatante entre : sultan et son vassal l'empereur Manuel. Celi-ci , peu de temps après son avènement, parut Serès, où le sultan demeurait alors, avec son •ère Théodore et d'autres princes vassaux de ajesid, ainsi qu'Etienne, despote de Servie, !onstantin,fils de Thwarko et frère de Dragases, ïigneur de la contrée située sur le Wardar |Vxios)(5), et Paulus Marnas, seigneur d'Épiamnos ou Monembasia (6). Celui-ci, en pré- |?nce de Bajesid, accusa Théodore, frère de lanuel, de lui avoir enlevé sa ville de vive |)rce. La colère du sultan, déjà enflammée, fut ncore excitée par Jean, fils d'Andronicus, qui ervait à la porte du sultan comme seigneur de
(1) Bonfinius, Décades, m, c. 2 , p. 384, etEngel, ist. de Hongrie, u , p. 203.
(2) Eogel, Histoire de,, Servie, p. 351 , d'après Thu-
(3) Leccius,!. v ,p. 490
(4) Chalcondylas, n, p. 25.
(5) /but., i , p. 15.
(6) Ibid. , u , p. 25 ; Phranzes , C. 13 , p. 13 , édition Aller.
Selymbria, et qui n'avait pas oublié le traitement que son père et lui avaient subi. Le sultan, dans sa fureur, voulait tuer Théodore de sa propre main, au milieu d'une entrevue ; cependant il se contint et abandonna ce soin à son vesir Ali-Pascha. Celui-ci, comblé de présents par Théodore , l'en récompensa plus tard par une mort violente (I). A celte conférence deSerès, Manuel et Constantin, fils de Thwarko, se jurèrent mutuellement de ne plus retourner à la porte du sultan. Pour gage de sa foi, Constantin promit sa fille eu mariage à l'empereur de Byzance, à la place de la princesse de Trébizonde. veuve du Turc Alaeddin (2), que son père Jean Piiléologue lui avait enlevée, quoiqu'il ne put se tenir debout, rongé par la goutte (3). Les conjurés se séparèrent ainsi pour retourner, Constantin dans son pays sur le Wardar, Théodore, frère de Manuel, dans le Péloponèse, et Manuel lui-même à Constantinople. Le vesir Ali-Pascha revint devant les murs de la capitale, demandant à l'empereur d'aller faire son service à la porte du sullan. 11 s'acquitta publiquement de sa commission, mais en secret il conseilla à l'empereur de se conformer en apparence et non par le fait à l'ordre de Bajesid (4). Celui-ci , voyant que Paléologue n'avait pas sérieusement l'intention de continuer ce ser\ ice, reprit le siège de Constantinople, commencé avant la victoire de Nicopolis, et l'on serra la ville de plus près. La plupart des habitants murmurait et aima;t mieux se livrer aux Turcs que de souffrir plus longtemps la faim. Bajesid, qui voulait enlever Selymbria à Jean, fils d'Andronicus, le recommanda aux habitants de Constantinople pour l'élire empereur à la place de son oncle Manuel; celui-ci, forcé de se soumettre, s'entendit, à l'insu de Bajesid, avec son neveu Jean; il promit, pourvu qu'on le laissât librement sortir, de lui céder le reste de l'empire byzantin, limité aux murs de la capitale affamée, et de se contenter du Péloponèse. Il s'embarqua sur une galère, laissa son épouse et son jeune fils Théodore dans le Péloponèse et partit de la pour aller, dans des
(1) Chalcondylas, 1. c.
(2) Ibid.
voyages infructueux, implorer du secours contre les Turcs à Milan , Gènes , Florence , en France et en Allemagne. Son neveu Jean régnait en attendant à Constant inople, et le premier exercice de son autorité obtenue par l'entremise du sultan fut d'accorder rétablissement d'une mosquée et d'un kadi à Constantinople(l), avec un tribut annuel de 10,000 ducats pour le sultan et dix poissons remplis d'or et d'argent pour le vesir Ali-Pascha, dont la vénalité retarda cette fois encorela chute de la capitale(2). C'était la quatrième mosquëeque tolérait la faiblesse des empereurs chrétiens depuis l'envahissement de l'islam dans les murs de leur métropole. Avant Bajesid, le chalifc Suleiman, le Seldschuk Ertoghrul, le Kurde Ssalaheddin avaient déjà demandé et obtenu le libre exercice du culte des musulmans par une mosquée consacrée à cet effet dans le sein de la capitale. Mais il était réservé au sultan des Ottomans d'ériger à côté de la mosquée une mehkeme(cour de justice) et d'établir à côté de l'imam un kadi à Constantinople ; il peupla même un faubourg de la ville d'une colonie turkmane venue de Bithynie, des bords de la mer Noire : ce furent les habitants de Koinik et de Jenidsche-Tarakdschi qui, à la chute de Bajesid, furent chassés avec l'imam, le kadi et tout ce qui leur appartenait , et se transportèrent à Kinikli , village bien connu encore aujourd'hui dans le voisinage de Constantinople.
Après avoir ainsi humilié l'empereur dans sa capitale, Bajesid poursuivit le cours rapide de ses conquêtes en Asie par son général Timurtasch, qui étendit sa domination au nord et à l'est, tandis que lui-même en personne poussait les masses ottomanes en Europe au sud et à l'ouest. Timurtasch s'empara de Kanghri ou Gangra, l'ancienne résidence des rois paphlagoniens, capitale de la Paphlagonie depuis le ive siècle (3), située entre les deux petites rivières Schirinszu (eau douce) et Adschiszu (eau amère),qui se jettent dans l'Halys (4). Diwrigi , à deux jours de marche à l'est de Sivvas, enfermée du côté de l'orient par la montagne
(1) Ducas, xv, 30.
(2, Seadeddin, dansBratulti, p. 19 ; Neschiï , fol. 101.
(3) Mannert, vi,3, p. 3.'.
(4) D.scbibauuuina, p. 615.
Tschitschektaghi (montagne de fleurs, l'ancien Scœdissus) et du côlé de l'occident par la montagne d'IIasan TAntitaurus), se trouve à l'extrémité d'une vallée formée de rochers stériles :. c'est l'ancienne-Nicopolis, c'est-à-dire ville de la victoire, bâtie par Pompée à l'endroit où il vainquit la première fois Milhridale (l). DeJ rende, à deux journées au sud de Diwrigi , limite du pays de Malatia,est adossée à unc.J montagne qui s'ouvre pour donner passage au, I fleuve Akszu (eau blanche). La ville de Behensi, avec un district du même nom, sur le chemin de Meraasch (l'ancienne Gemanica) (2)àKais-J zarije (Césarée), est entourée de nombreux jardins arrosés par un petit fleuve (3). Malatia,i l'ancienne Melitène, non loin del'Euphrate, sur les bords de la petite rivière Deir-Meszih (cloître du Messie), qui, avec un autre cours d'eau, le Binarbaschi (tète des sources) , arrose la magnifique promenade d'Uspusi (4). est fameuse par la grande bataille livrée entre Justinien et Cbosroes-Nuschirwan (5) , par la naissance du premier cid arabe , le héros Sid- Albattal (le maître, le champion) (6) , et par la résidence de la dynastie des Danischmends. Enfin, la forteress frontière de Kumach , dont le nom rappelle en core l'ancien nom du pays de Gumathène (7), sur les bords de l'Euphrate, une des plus fortes places de l'empire ottoman , est aussi célèbre par la toile qui s'y fabrique, que la ville voisine,-,; Ersendscban, par ses brebis, et Baiburd parj la beauté de ses femmes.
Pendant que Timurtasch portait de ce côt ses étendards victorieux jusqu'à l'Euphrate qui avait été si longtemps la limite naturelle des Romains et des l'erses, Bajesid tombait su la Grèce comme la foudre. L'évèque de Phokis , doublement traître à sa patrie et à sa foi, l'invita à quitter son quartier de karaferia (Beraia), où il construisait une mosquée (8), pour venir
(1) Jlannerl , vi , 2 , p. 317, et Dschihannuma, p. 625
(2) Ibid., p. 600 ; Saint-Martin, Mémoires «flr l'Arménie , i , 5 . p. 200.
(3) Dschihannuma , p. 599.
(4) /fc«/.,p.600.
(5) En 572.
(6) Ewlia est très-circonstancié , et Dschihannuma, p. 600.
(7) AmmienMarcellin, xviu,9.
(8) Seadeddin, dans Bratulti , p. 192.