‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 84 sur 288 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

eur santé, à leur prospérité, et leur dit en les ongédiant : « Rapportez à vos maîtres, que je lonne la paix à tous (1), et que je l'accepte de ous. Que le dieu de la paix châtie les violateurs le la paix! » Avec les Vénitiens, il conclut un railé pour la sûreté de .eues colonies; le néocia'eur fut Francesco Foscaii, qui avait ussi amené la paix avec les Grecs (2) ; avec les lagusains fut renouvelé le traité de protection, bus la condition que les guerres des Turcs epourraient troubler le repos de cet État libre (ui reconnaissait leur suzeraineté (3).

Alors Mohammed put s'élancer en Asie où la upture de la paix par le prince de Karamanie , t la révolte de Dschuneid réclamaient impéieusemeut sa présence. Pendant la campagne ontre Musa, le prince de Karamanie avec jutes ses forces avait paru devant Brusa, qu'il ressa très-vivement et qui fut défendue vailimment par Aiwas-l'ascha (4). Les assiégeants rayèrent de détourner le cours du Binarladschi qui entourait presqu'entièrement la ille, et de miner le château. Vtwas-Pascha epoussa les mineurs au moyen du feu, et fit le vigoureuses sorties sur les ouvriers qui vouaient creuser un nouveau lit au Meuve (S). « prince de Karamanie saccagea les faubourgs . t les édifices des environs; afin de venger la ion de son père qui , fait prisonnier sous Ba- ■Md, avait été exécuté par Timurtasch, il verça sa fureur sur le tombeau du sultan, fit rùler les ossements, et répandre les cendres i vent (6). Tandis qu'il incendiait les mosuées et vidait les tombeaux, arriva le cortège ïuèbre amenant les restes de Musa pour les époser à Kaplidsche, contre la mosquée de )ii aïeul Murad 1er. Alors l'ennemi qui assiérait la résidence des sultans, qui violait leurs arabeaux, fut saisi d'une terreur panique: soit ,u'il s'imaginât que le convoi était suivi de

(1) Ducas, l.xx,p. 53.

(2) Laurier, Histoire de Venise, I. xk, t. t, p. 425.

(3) Histoire de Raguse , parEngel,p. 157. Selon Geb- ■îrdi , p. 531 , ce ne fut qu'en 1416 de .lésus-Christ.

(4) Aiwa* , ou Aus.ou Elias est un seul et même mi.

i(5) Seadeddin, dans Bratutti, p. 333; Idris, xxiTeré- (; Neschri, Aali, Ssolaksade, manuscrit de la biblio- 'èque impériale et royale , n° 139, fol. 58. (6) Ducn« . I. xxi . p. 57.

près par Mohammed, qui allait châtier impitoyablement les outrages faits à la dépouille de son père , soit que le remords, tourmentant son esprit, donnât à la soudaine apparition du cadavre de Musa un caractère de vengeance divine, le prince de Karamanie, après avoir incendié les faubourgs, s'enfuit à toute bride, et l'un de ses fidèles compagnons ayant osé lui dire : <■ Si tu fuis devant les Ottomans morts, comment donc tiendras-tu tète aux vivants ? » il punit l'audace de ces paroles en faisant étrangler celui qui les avait prononcées (1).

Arrivé en Asie, Mohammed se dirigea d'abord vers Pergame, sommant le rebelle Dschuneid d'évacuer le pays. Celui-ci, loin d'obéir, se fortifia dans toutes les villes. Mohammed emporta d'assaut Kyme, l'ancienne cité éolienne , fit passer tous les soldats par le tranchant du sabre, mais donna la liberté à tous les habitants. De là, il descendit dans la plaine de Mainomenos, où se trouvait une forteresse que les Grecs appelaient du nom de l'Archange, et les Turcs, Katschadschik. 11 l'emporta également, ainsi queNymphéon (2). Le commandant était l'Albanais Audulas, gendre de Dschuneid , esclave que ce chef avait attaché à lui par de tels liens, pour insulter le vesir de Mohammed , né aussi en Albanie, Bajesid-Pascha, qui, tandis que son maître était encore en Albanie, avait recherché la main de la fille de Dschuneid. Lorsque l'envoyé chargé de faire cette demande eut rempli sa mission, Dschuneid se tournant vers Audulas : — « Oui es-tu, lui demanda-t-il? — Ton esclave, seigneur. — Où es-tu né? —En Albanie. »— Alors, avait dit Dschuneid aux grands qui l'entouraient, je déclare libre l'esclave albanais, et je lui donne ma fille pour épouse. Mais toi, continua-t-il, en s'adressant au messager du vesir, fais savoir à ton maître que je me suis choisi moi-même pour gendre un esclave albanais comme lui, mais ayant sur lui l'avantage de la jeunesse et de la prudence. >< Pour venger cet affront, Bajesid réduisit à l'état d'eunuque son rival Audulas , tombé entre ses mains (3). Mohammed parut dans les murs de Smyrne, que Dschuneid avait fait fortifier d'une

(1) Seadeddin, dans Bratutti .

(2) Ducas , I. xxi , p. 57.

(3i ma., p. 58.

p. 334; ldris, Nesdiri.

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manière extraordinaire, où il avait laissé son (Vère Bajcsid . sa mère el ses enfants: la il trouva le grand maître de Rhodes, qui avait relevé malgré Dscbuneid le château des chevaliers ruiné par Timur ; lu il reçut les maîtres des îles, et les princes des contrées voisines de l'Asie Mineure, qui , attirés par sa douceur et sa bonté , ou poussés par les violences et les brigandages de Dschuneid . arrivaient de tous les points , par terre ou par mer, pour rechercher son amitié, et solliciter son assistance.il vit arriver ainsi les seigneurs génois de Phocée , de Mitylèue et deChios, les princes de Kermian, Tekke et Mentesche , et même le grand maître de l'ordre de Saint-Jean. Il accueillit gracieusement leurs sollicitations et leurs offres de service pour la destruction de la puissance de Dschuneid. le dixième jour du siège, la mère, l'épouse et les enfants de Dschuneid vinrent se jeter aux pieds de Mohammed, implorant sa clémence. Il leur accorda leur grâce , moyennant la remise de la ville, dont il fit raser les tours et les murs; la tour même que le grand maître avait construite a l'entrée du port fut démolie en une nuit. Le matin , le grand maître parut devant le sultan , et lui représenta que le château avait été élevé aux frais de l'ordre , alors qu'Aidin dominait encore sur le pays , et que sa destruction entraînerait la guerre avec le pape, et amènerait des flottes et des armées ennemies. Le sultan écouta tranquillement les menaces du grand maître, et lui répondit , toujours avec le même calme : «Je voudrais être le père de tous les chrétiens dans le monde entier, leur accordera tous des présents et des honneurs: car il convient au pouvoir suprême de récompenser les bons et de punir les méchants; mais il me faut aussi consulter le bien de mes propres sujets et prendre en considération ce que beaucoup de musulmans attendent de moi. Quoique Timur ait dévasté toute l'Asie, il s'est acquis , m'ont-ils dit , un titre à la reconnaissance par la destruction du château de Smyrne : car dans cette retraite tous nos esclaves échappés trouvaient un asile assuré ; mais les hommes libres qui voyageaient sur terre ou sur mer y étaient traînés comme esclaves , en sorte que les chevaliers et les Turcs étaient en état de guerre continuelle. C'est pour cela que Timur, d'ailleurs tyran impie , fut loué de cette mesure.

Maintenant veux-tu que je sois plus impie que ce tyran? Mais, pour te satisfaire sans contrarier les désirs des musulmans, je t'assignerai un autre lieu dans le territoire de Mentesche où tu pourras construire une forteresse selon la volonté. » Sur la demande du grand maître que ce lieu lût fixé dans les États du sultan , et non dans un pays étranger, Mohammed répondit: « Ce que je le donne est à moi , car le prince de Mentesche relève de mon pouvoir (1).» Puis il congédia le grand maître el les seigneurs génois de Phocée, de Mitylèue et de Chios. Il accorda aussi , à la prière de la mère de Dschuneid, la grâce de ce rebelle qui vint se soumettre comme vassal, 11 confia l'administration de Smyrne à Alexandre Sisman , fils du roi servien Lazare, qui , s'étant fait moslim, avait déjà été investi du gouvernement de Ssamszun (2). Lui-même se prépara à marcher en personne contre le prince de Karamanie , pour châtier la violation de la paix, et les dévastations de Brusa.

De la première station d'Ainegœl, Mohammed adressa une lettre au sultan d'Egypte, afin d'établir avec lui des relations d'amitié ; et plus tard ce souverain répondit à cette avance par une solennelle ambassade (3). Le sultan ottoman invita Isfendiar , prince de Kastemuni,à lui envoyer son fils Kasim-Beg avec des troupes auxiliaires , et le prince de Kermian Jakub-Beg, â faire disposer les routes militaires par Si-' dighasi , selon la direction qu'il voulait suivre pour marcher sur la Karamanie (4). Akschehr, Begschehr, Sidisschehr, et d'autres places se rendirent sans difficulté; Konia fut assiégée, et la paix rétablie avec la Karamanie [1414]. Mohammed se tourna vers le nord , afin d'incorporer aux Étals ottomans Dschanik , sur la côte de la mer Noire. Tandis qu'il était arrêté en ce lieu, le prince de Karamanie rompit encore la paix, et Mohammed mena de nouveau son armée vers le sud, résolu à poursuivre le rebelle sans relâche (5). A Angora, il fut surpris par une ma-

(1) Ducas, 1. xxi, p. 60.

(2) Voyage de Schiltnerger ; Munich, 183, p. 30, note.

(3) Le n° 138 dans la collection de Feridun, et la réponse, n° 139.

(4) Seadeddin, dansBratutti , p. 336; Idris, xxive récit de Mohammed 1; Aali , Ssolaksade , Neschri , fol. 155.

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