LIVRE IX
sonz, qui commandait les Hongrois , après un combat acharné, fut écrasé par les forces supérieures des Turcs, et périt dans l'action (1). Mirtsche implora la paix, ei l'obtint en payant le tribut (2), et en laissant dans le cam|> ottoman son fils en otage (3). Afin de le contenir plus sûrement , Mohammed éleva dans la Valachie même, an delà du Danube, en face de Rusdschuk, une forteresse qu'il appela Jerkœki (rai ine de terre), et don; le nom, transformé par les Va aquesen celui de Dschurdschowa, se représentera fréquemment dans les guerres plus récen es; il ajouta aussi aux ouvrages des places frontières de Jsakdschi et
i de Jeni.-zale (4), sur la rive droite du Danube, et institua Dschuneid, le vaillant rebelle, jadis
■ seigneur d'Ephèse et de Smyrne, pour gouverneur de Nicopolis (5). Il conquit le château
; fort de Saint-Severin , à peu de distance du port de Trajan (6), et reçut trois envoyés de Sigismond, roi de Hongrie (7), dans le pays duquel les troupes turques rirent des irruptions, aussi bien que dans la Bo nie et la Styrie. Vingt mille Turcs assiégèrent Radkcr burg, qui se défendit vigoureusement, jusqu'à ce que le duc Ernest accourut à sa délivrance avec les forces militaires des possessions auirMiiennes. Nicolas, cumte de Frangipan, et le seigneur d'Auersber^ dont les descendants furent signalés par leurs infortunes dans les guerres contre les Turcs, commandaient les Croates et les Carnioles, Otto d'Erenfels les Carimhiens. Le duc Albert d'Autriche envoya cinq mille hommes, elle duc Ernest de Slyrie qui , six i ans auparavant, avait fait le pèlerinage de Mariazell, puis de la Pahstine (8), avec la fleur de la chevalerie styrienne, était lui-même à la
i (I) Bonfinii decadis , m,l. m, p. 398. La bataille se livra à la fin de 1420. Voy. Engel, Hisioire de la Valachie , p. 165.
(2) Chalcondylas,!. w , p. 58.
(3) Lutfi , p. 40.
(4) Neschri, fol. 157; Aali , Ssolaksade, Hadschi- Chalfa.
(5) Ducas.l. xxi, p. 62.
(6) Cantemir Mahomet, l.i,p. 78; Seadeddin, dans Bratutii , i , p. 315.
(7) Neschri , fol. 157 ; Ssolaksade , fol. 47 ; Seadeddin, dans Bratutti , p. 344.
(8) Jiilius Caesar , Histoire politique et religieuse du duché de Slyrie, 1. vi , p. 33.
lèle de mille guerriers; l'armée comptait en tout douze mille hommes. Un combat sanglant fut livré, où il périt plus de Turcs qu'il n'y avait de chrétiens sous les armes : Ahmed-Beg, le général, et seize de ses officiers, restèrent sur le terrain; de sept chefs principaux des Styriens, trois succombèrent: le seigneur Gottfried Rauber, le seigneur Dietrich de Tanhausen, et le seigneur Guillaume Khevenhullcr, en défendant leur pays contre les Turcs.
Néanmoins Ikah (Istaafc), beg de Bosnie , pénétra en Bosnie, dans le banat de Temeser. Le vice-palalin Nicolas Peterfy, Macédonien de naissance,réuniten toutehateles faibles iroupes du Palatmat, appela, dans une action, le beg à un combat singulier, le jeta du premier choc en bas de son cheval, sauta aussitôt lui-même à terre, lui mit le pied sur la gorge, et le tua à la vue de ses troupes, qui prirent aussitôt lé* fuite (1). Bientôt après, Nicolas Peterfy battit les Turcs pour la seconde fois; il réunit un grand nombre de paysans, les fit tous ranger achevai, et, se p açant au milieu d'eux avec quelques guerriers, il foudit de nuit sur l'ennemi , qui,. trompé par l'apparence sur le nombre des as aillants réels, prit aussitôt la fuite (2), et, chargé d'un riche butin, Peterfy regagna ses foyers. Enfin, Sigismo: d en personne remporta une victoire sur les Turcs, entre Nissa et Nicopolis [4 octobre 1419J.
Pendant ces expéditions en Hongrie et en Styrie, les hostilités de plusieurs princes sur les frontières agitaient l'empire en Orient, et appelaient le sultan d'Europe en Asie. Kara-Jusuf, fondai eur de la dynastie du Mouton-Noir, avait placé dans Ersendschan un gouverneur, Pir- Omar, qui menaçait d'enlever Karahiszar. Le seigneur de Karahiszar, Hasan-Beg, fils de Melekahmed, sollicita par un ambassadeur l'assistance de Mohammed ; mais avant que les secours pussent arriver, Pir-Omar fit Hasan-Beg prisonnier, et s'empara de la ville de Dschanick , conquise par Mohammed dans sa dernière campagne d'Asie (3). En même temps , Isfendiar, seigneur de Sinope, dont le fils kasim-Beg ser-
(1) Bonfinius, decadis m , 1. m , p. 400
(2) Ibid.
(3) Neschri, fol. 159; Seadeddin, dans Bratutti, p. 346 , Aali, Ssolaksade , fol. 47.
v.iil comme otage sous les étendardsde Mohammed, sans transactions ou conférences préalables, avait cédé au second de ses fils Chisr-Beg, les territoires montagneux riches en minerai. Pressé par les instances de kasini , Mohammed réclama d'isfendiar pour le fils dévoué aux Ottomans les villes de Tusia (Docea), Kanghri (Gangra), Kastemuni (Germauicopolis), et le canton des mines. Isfendiar, qui ne vit aucun moyen de sauver pnur lui-même ni pour le plus cherde ses enfants, Chisr-Beg, la meilleure partie de ses États, voulut au moins ruiner les espérances de kasim-Beg , créature des Ottomans. Par son vesir et par un autre envoyé, il pria le sultan d'accepter lui-même les villes demandées pour kasim, et de lui laissi r seulement la tranquille possession de Kastemuni (1) [1419]. La prière élait trop flaiteuse pour ne pas rencontrer un accueil favorable. I a paix fut conclue avec Isfendiar, moyennant l'abandon des villes susnommées, et des revenus des mines à la place d'un tribut. Kasim servit toute sa vie comme mercenaire , à la porte du sultan , et Mohammed voulu! accorder le même honneur a Chisr-Beg, auquel il avait arraché la ville de Ssamszun ; mais celui-ci, enflammé d'une haine égalecontre les Ottomans et contre son frère, s'excusa auprès du sultan sur l'impossibilité de vivre auprès de Kasim, dont la vue lui était insupportable, et il lui fut permis dé se retirer. Lorsqu "après la prise de Ssamszun et de Dschanik , Mohammed passa par Iskilib pour se rendre à Brusa, il se trouva au milieu d'une colonie de Tatares qui, transportés en ces lieux à l'époque des irruptions des Mongols, s'y étaient fixés. Le sultan ayant demandé qui était leurbeg, et où il se trouvait , il lui fut répondu que Minnet-Beg, de la tribu tatare des Ssamghares , était alors absent pour assister aune noce. «Ainsi, dit le sultan, tandis que je fais la guerre, les begs tatares passent le temps en fête, sans paraître à ma porte ! allons ! en Bumili ! » Minnet-Beg reçut l'ordre de se transporter avec toute la colonie, en Europe, où elle s'établit dans la vallée deKonusch, aux environs de Philippopolis, à une journée de celte ville sur la roule de Constantinople. Le lieu s'appelle encore aujourd'hui
(I) Neschri , fol. 158; Seadeddin,dan« Bratutti, p. 345.
Tatarbasari (marché des Tatares). Mohammed, fils de Minnet-Beg, y éleva dans la suite, et y fonda une école et un caravansérai(l).
Nous arrivons maintenant à l'un des soulèvements les plus dangereux et les plus remarquables de l'empire ottoman , signalé entre tous les autres par le caractère de fanatisme religieux, sous le manteau duquel les ambitieux aspirant au pouvoir suprême s'efforcèrent de mettre à exécution leurs audacieux et funestes complots. Un plan de révolte profondément médité, qui étendait au loin ses ramifications, devait embrasser l'empire; un fanatique y prêtait son nom ; mais l'àmc de toute l'entreprise était le savant juge de l'armée, Bedreddin de Simaw, qui, après la défaite de Musa par Mohammed , ayant obtenu la vie et un revenu annuel pour son entretien, avait été relégué à Nicée, d'où il s'était échappé bientôt après. Connu par ses écrits comme légiste ou comme mystique , il fonda tout l'édifice de ses projets tendant à l'élévation d'un nouveau trône sur la base d'un nouveau système de doctrine (2), et prit pour son instrument un Turc tiré du peuple , né sur le mont Stylarios, qui forme le cap Noir à l'extrémité méridionale du golfe de Smyrne , en face de l'île de Chios. Le Turc , dans lequel il découvrit le fanatisme nécessaire à son apostolat, fut choisi par lui pour son Jriaja et son lieutenant, pour propagateur de ses principes. Bœrekludsche - Mustapha (tel était son nom) prétendit qu'il venait annoncer une nouvelle doctrine , se posa comme un père et seigneur spirituel, en sorte que ses partisans ne l'appelaient que Dede-Sultan. Un autre instrument de Bedreddin, fut un juif apostat, Torlak-Hu-Kemali ou Kemali-Budbin, qui se plaça comme chef à la tête des derwischs , parcourant alors en grandes troupes le pays, faisant profession de la nouvelle doctrine. Les principes de la nouvelle confrérie étaient la pauvreté et l'égalité , et l'usage commun de tous les biens, à la seule exception du harem. « Je me sers, «enseignaientils, «de ta maison comme de la mienne, et toi lu fais usage de mes habits, de mes armes, de
(1) Neschri.
(2) Ducas ,1. xxi , p. 62 , avec beaucoup de détails ; Seadeddiii, dans Bratutti, p. 353; ldris, xxvie récit; Néscli ri , fol. 160 ; Aali ,Ssolak»ade.