‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 88 sur 288 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Dans l'antique histoire de la Perse seulement se trouve le grand drame du soulèvement des mages sous Kobad , en comparaison duquel celte révolte des derwi dis ne parut qu'une faible parodie. Là, Masdek, mage profondément corrompu, sur le théâtre ou se produisit la plus haute expression de despotisme, avait o.-é présenter le drapeau de la liberté, de l'égalité et de la communauté des biens ; les prêtres avaient pris le feu sacré de leurs autels pour allumer l'incendie de la révolte, qui dévora tout le royaume, jusqu'à ce que Chosrocs-Nuschirvan l'éleignit dans le sang de quarante mille mages. Un danger de ce genre . r. ais d'une moindre imporlance, donl le soulèvement des derwischs menaçait l'Asie el l'Europe, fut étouffé par le supplice de Bœn kludsche, Torlak et Bedrerïdin. A peine Bœrekludsche Musaphaeut disparu delascène. qu'un autre Mustapha se présenta comme prétendant au trône : sa tentative ne fut pas plus heureuse; mais il parait avoir eu des droits plus légitimes. Les historiens ottomans, à l'exception de Neschri , ne font mention de cet aventurier que sous le règne suivant . et ne le nomment queDœsme-Mus'apha^le faux Mustapha), parce qu'il prétendit ètr^ le fils de Bajesid disparu à la bataille d'Angora, auquel appartenaii comme à l'ainé, le droit au trône, de préférence à sou frère Mohammed. Les écrivains byzantins, au contraire, soutiennent qu'il était bien ce qu'il annonçait être, c'est-a-dire le fils véritable! de Bajesid, frère de Mohammed. .Niais, ni les uns ni les aulr s ne peuveni être considérés comme des témoins impartiaux ; car les pr miers adoptent la cause du dernier sultan régnant , qu'ils reconnaissent comme le seul successeur légitime de Bajesid en dépit des droits des frères aines par lui vaincus, et en conséquence, ils tra:tent Mustaphad imposteur; quant aux Byzant ins, suivant les sentiments de leur empereur, rien ne leur parait plus légitime que le droit héréditaire du prétendant au trône qu il convenait à la politique grecque de soutenr. Exposant et balançant les raisons contradictoires, l'on penche à cro reque Mustapha était en réalité le princeottoman de ce nom qui avait disparu dans la bataille d'Angora. D'abord malgré toutes les recherches les plus actives faites sur le champ de Bataille par l'ordre de Timur, l'on ne put dé-

couvrir aucun indice tendant à prouver que Mustapha fût resté sur le terrain; dans la suite, Mohamm d s'engagea par un traité avec l'empereur grec au payem nt annuel d'une forte somme pour la fiardejde Mustapha; en troisième lieu , ce prétendant n'attira pas seulement à lui la populace , il compta parmi ses partisans des grands de l'empire, comme Dschuneid, les fils du beglerbeg ïimurtasch, ainsi qu'Ewrenos; enfin le témoignage du vieux Neschri l'emporte sur celui des historiographes officiels postérieurs. Quoi qu'il en soil , Mustapha, frère véritable ou supposé de Mohammed , apparut comme un dangereux aspirant au trône en Europe, où il fut d'abord soutenu par Mirlsche, prince deYalachie,puisparlegouverneurdelNicopolis, l'ancien seigneur d'ÉplièseetdeSm\ me, Dschuneid, déjà deux fois révoltés et deux fois rentrés en grâce; alors il franchit l'Hcemus et marcha vers la Thessalie. Mohammed courut à leur rencontre; près de Thessalonique, l'on en vint à une bataille, et Mohammed triompha. Mustapha et Dschuneid se sauvèrent (1) avec quelques hommes de leur suite dans la ville , dont le commandant Démétrius Lascaris leur promit protection, et la leur assura. Mohammed l'ayant s ..miné de livrer 1 s fugitifs, il répondit avec la plus grande courtoisie : « Qu'il était le serviteur de Mohammed comme celui de l'empereur, puisque le sultan reconnaissait l'empereur pour son père ; que néanmoins il ne livrerait pas le moindre esclave réfugié auprès de lui. sans l'ordre de l'empereur, et encore moins un prince du sang, frère de Mohammed, mais qu'il devait préalablement prendre les ordres de l'empereur. » Mohammed transmit directement par écrit à l'empereur la demande qu'il avait adressée a Léontarios. Paléologue répondit : «Qu'il ne livrerait jamais des fugitifs qui avaient cherché protection auprès de lui; car de cette façon il agirait non pas en roi, mais en tyran ; que si un frère de l'empereur s'enfuyait auprès du sultan, celui-ci ne pourrait le livrer sans violer la Irès-sainle loi du décret d'asile, mais que Mohammed ayant reconnu par un traité l'empereur comme son père, lui, Manuel , jurait quependant toute la durée du règne

(1) Ducas,!. xxu, p. 65;Chalcondylas, I. iv,p. 65.

et de la viedc son fils, ni Mustapha, ni son compagnon Dschuneidneseraient mis en liberté. «En même temps l'ordre fut adressé à Démélrius- Léontarios de faire embarquer au plus tôt Mustapha et Dschuncid sur une galère, et de les envoyer à Constantinople (1) Le fidèle serviteur obéit, et Mohammed jura un traité en vertu duquel l'empereur s'engageait à garder Mustapha et Dschuneid avec leurs trente compagnons, et Mohammed a payer pour ce service une pension annuelle de 900,000 aspres. Le négociateur de ce traité fut l'interprète de la cour de Manuel, Théologos Korax, Grec de Philadelphia, qui, étant administrateur de sa ville natale du temps de la guerre avec Timur, avait livré à ce conquérant plusieurs notables citoyens que le Tatare fit brûler parce qu'ils ne purent payer la rançon à laquelle il les taxa. Korax avait su se pousser si avant dans la faveur de Mohammed et de son vesir Bajesid-Pascha, qu'il était souvent invité à la table du vesir, et même du sultan , dirigeait par son influence les affaires les plus importantes. Pour cette raison l'empereur l'avait nommé son ambassadeur général ; néanmoins il était soupçonné de trahir les intérêts de la cour byzantine à la cour ottomane. Aussi, en secret, au lieu de Théologos, on l'appelait Thologos-Korax (2). De crainte qu'il ne réussît a soustraire Mustapha et Dschuneid pour les faire tomber entre les mains du sultan , on les fit embarquer pour Lemnos, où ils furent tenus sous une garde rigoureuse dans le couvent de la sainte Vierge.

Pour châtier le prince Mirtsche de l'appui prêté au prétendant , Mohammed ravagea la Valachie (3). Ainsi , vers la fin de son règne, le sultan vit le calme ramené dans ses États au moyen de la réclusion de son frère véritable ou supposé sous la garde de l'empereur grec , comme il avait rétabli la tranquillité dès son avènement au pouvoir , en tenant Kasim en ses propres mains (4). Toutefois ce dernier prince ne fut pas exécuté suivant l'exemple donné par Bajesid IIderim pour la sécurité du trône ; on se contenta

(1) Ducas, t. xxii ,p. 66 et 67.

(2) Ibid. , p. 68.

(3) Ibid., p. 67.

(4) Ducas , 1. xxii , p. 54 , parle de deux fils de Baesid , donl l'un ( Kasim ) fut rendu avec sa sœur Fatime, l'autre (le Joseph de Phranzes) avait été baptisé, et doit être mort chrétien à Constantinople.

de lui crever les yeux. Bajesid lui assigna la ville d'Akhiszar près de Kiwar pour séjour et pour entretien, et donna pour épouse à unSandschak-Beg sa sœur Fatime, qui avait été remise avec Kasim à l'empereur grec par Suleiman, comme gages de son amitié, et qui fut livrée par Manuel à Mohammed [4 mai 1412J. Chaque fois qu'il venait à Brusa, Mohammed appelait auprès de lui Kasim et sa sœur, et s'entretenait avec eux d'une manière toute fraternelle (1).

Dans la même année où fut juré letraitérelatif à la garde de Mustapha avec Manuel, Mohammed passa par Constantinople pour se rendre en Asie. L'empereur, pressé par les Archontes de ne pas laisser échapper l'occasion de s'assurer de Mohammed et de son frère , honora la parole donnée, et les droits de l'hospitalité. 11 envoya au-devant de lui Demetrios- Léontarios, Isak-Hasan et Manuel-Cantacuzène, avec un grand nombre d'archontes chargés de lui offrir des présents. Les députés le reçurent hors de la ville et l'accompagnèrent jusqu'aux rives du Bosphore, à l'endroit appelé la Double-Colonne (aujourd'hui Beschiktasch). Durant tout le chemin, le sultan s'entretint avec Demetrios-Léontarios; l'empereur le reçut étant avec ses fils sur une galère; une autre aussi magnifiquement décorée fut montée par le sultan. Les deux souverains se saluèrent et causèrent amicalement en mer, chacun sur son bâtiment. Ils continuèrent ainsi à côté l'un de l'autre jusqu'à Chrysopolis (Skutari), où le sultan descendit de sa galère , et entra dans la tente qui avait été préparée pour lui. L'empereur et les princes s'assirent à table sur la galère, et de moment en moment l'empercui et le sultan s'adressaient des messages de politesse et d'amitié. Vers le soir, le sultan descendit à cheval à Nicomédie, et l'empereur revint par eau dans sa capitale.

Au printemps suivant, le sultan revint à Andrinople par Gallipoli, et l'empereur envoya Demetrios-Léontarios pour le complimenter. Le sultan reçut le député de la manière la plus amicale; mais trois jours après, il tomba de cheval, frappé d'apoplexie (2). Sentant sa fin

(1) Seadeddin.dansBratuIti, p. 335; Hadschi-Chalfa, Tables chronologiques. La date de 1422, qui se trouve dans la plupart des historiens européens , est fausse.

(2) Phranzes , i , c. 37 et 38.

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