‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 91 sur 288 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

en derwisch; le jeune garçon , accablé de fatigue et tourmenté de vives douleurs, ne pouvant plus se soutenir sur ses pieds, il laurait porté sur son dos, et eu reconnaissance d'un tel dévouement et de si grands services , Mohamned, durant tout son règne, l'aurait investi d'une nitorité absolue dans le gouvernement (1). Le rroisième vesir de Mohammed , successeur d'Iorahim-Pascha et deBajesid-Pascha, fut Aiwas, Ausou Elias-Pascha , le vaillant défenseur de Brusa contre le prince de Karamanie, qui alors Releva du grade de ssubaschi ou de colonel des ùpahis à la première dignité de l'État. L'éclat lui environnait le nom des trois familles de Michaloghli, d'Ewrenos et de Timurtasch hoaorés par des dignités mili: aires héréditaires, depuis Urchan et Murad. cet éclat passa i leurs descendants qui , servant d'abord les 'rères de Mohammed, prolongèrent la durée de 'interrègne par leur assistance, et en amenèrent msuite la fin en passant du côté de Mohamned. Michaloghli , chef héréditaire des akindschisuu coureurs (2), avait accompagné Hasan, iga des janitschares , Ewrenos, begkrbeg de Rumili, le prince aîné Suleiman fuyant de la Dataille d'Angora. Timurtasch, beglerbeg d'Aîatoli, fait prisonnier dans la bataille d'Ançora, après la mort de Bajesid, consacra ses services au prétendant asiatique, le prince Isa, it plus tard il sera question de ses fils. Ewrenos fet ses cinq fils désignés nominativement par Chalcondylas (3) , quittèrent Musa pour le parti de Mohammed ; mais les deux Michaloghli embrassèrent des partis divers , car le père combattit dans l'armée de Mohammed, tandis que le fils Mohammed-Beg , resta fidèle à Musa, et après la perte de la dernière bataille, fut envoyé captif à Tokat (4); un second fils, lachschi-Beg , fut émir des caravanes de Bu- 'mili (5).

Les médecins de Mohammed ont perpétué leur nom, le premier , Sinan-Scheichi de Kermian , par son poëme de Chosrew et Schirin ; le second , Kurt-Usen du Kurdistan , par son

(!) Ducas, I. xxii, p. 70.

(2) Jbid., 1. xxni.p. 75.

(3) Chalcondylas , 1. iv , édit. de Basle , p. 56.

(4) Aali , fol. 53.

(5) Ibid. , fol. 54.

expédient si bien exécuté pour cacher la mort du sultan. L'histoire a aussi conservé le souvenir de son gouverneur Ssofi-Bajesid, à cause de la fuite si heureusement dirigée après la bataille d'Angora , et de sa double ambassade auprès de Timur; et la mémoire du professeur des princes ses enfants, le Syrien Arab-Schah, à cause de sa biographie du conquérant , écrite par ce grand maître , fameuse dans tout l'Orient comme un chef-d'œuvre de composition historique, très-bien connue aussi de tous les orientalistes européens comme un ouvrage d'une belle ordonnance et d'un style élégant. Le juge de Gebyse , Faslullah , que nous avons déjà vu envoyé de Mohammed auprès de l'empereur grec à Constantinople, construisit dans la ville où furent déposés les restes d'Annibal une mosquée et un couvent de derwischs , et fut , à cause de ses services , élevé du poste de juge à la dignité de pascha. D'autres légistes honorèrent leurs noms et le règne de Mohammed par leurs ouvrages. Parmi eux , nous citerons Mohijeddin - Kanedschi , le premier grand philologue, polymathe et poly graphe de l'empire otloman , qui eut pour disciple le dernier grand écrivain de la littérature arabe en Egypte, Sojuti, qui écrivit cinq cents volumes sous les titres les plus bizarres : celui-ci ayant un jour demandé à son maître quel était le nombre de ses ouvrages, kanedschi répondit qu'il lui était impossible de le satisfaire , attendu qu'il avait complètement oublié le sujet et le titre de la plupart; les deux Jakob, le noir et le jaune , nés en Karamanie, auteurs de traités exégétiques et de commentaires juridiques; les deux Persans , Haidar d'Herat , célèbre par ses commentaires sur le Koran , sur la rhétorique et sur les partages dans les successions , et Fachreddin-Aladschemi , fameux par le désintéressement qu'il montra en refusant une augmentation de traitement dans ses fonctions de mufti, et plus encore par son fanatisme lorsque plus tard , sous le règne de Murad, il prêcha contre un libre penseur persan, et qu'ayant obtenu sa condamnation , il porta du bois au bûcher où devait être jeté l'hérétique, et attisa le feu avec tant de zèle qu'il y brûla sa longue barbe.

Outre le grand Bochari , gendre de Bajesid llderim , nommé aussi Émir-Sultan , qui déjà

sous le règne précédent, lors de la conquête de Brusa par les Tatares , avait joué un rôle iraportant, et paraîtra encore plus d'une fois sur la scène : outre Bedreddin Simawna, qui ne fut pas moins fameux par ses intrigues politiques, son soulèvement et sa triste fin que par ses ouvrages mystiques, parmi les scheichs qui se consacrèrent à la vie contemplative, trois disciples du grand seheich mystique, Seineddin- Chafi, ont acquis un nom durable dans trois villes diverses où l'on visite encore aujourd'hui leurs tombeaux. Le seheich Abdollatif Mokkadesi de Jérusalem , après avoir clans le Chorasan accompli son noviciat par plusieurs erbains (exercices ascétiques de quarante jours), et s'être purifié sur les tombeaux des grands mystiques Ssadreddin, Mewlana-Dschelaleddin et Tebrisi à Konia, déposa son savoir dans un livre spécial, et finit par se fixer a Brusa. Le seheich Abdorrahim de Mersifun se perfectionna auprès du seheich Seineddin-Chafi et du grand mystique Schehabeddin-Sehrwerdi , obtint de celui-ci la permission de faire un cours sur ses ouvrages , et fut congédié avec ces paroles flatteuses : «Je t'envoie dans le pays de Rum comme le feu de l'amour divin. » Et, en effet, il enflamma les habitants de sa patrie. Enfin, Pir-Elias, natif d'Amasia, avait été envoyé par Timur ;ï Schirwan ; puis il revint dans sa patrie, où il vécut et mourut dans un renomde grande sainteté. Au-dessus de son tombeau, à Sewadije, dans le voisinage d'Amasia, Mohammed éleva un monument probablement pour satisfaire le neveu et l'héritier spirituel d'Elias, le seheich Hosameddiu-Gumischlioghli ; car ce dernier, ayant un jour reçu la visite des trois fils du sultan Murad II, avait recommandé les intérêts de l'islam et de l'empereur à Mohammed, de préférence aux autres (1).

Après les vesirs et les émirs , les gouverneurs des princes et leurs médecins, après les ulémas et les scheichs, les poètes doivent clore la liste. Déjà il a été question du plus grand d'entre

(1) Schakaik , Aali , fol. 68; Seadeddin.

eux, du médecin oculiste Scheichi deKermian, que nous avons vu près du lit de mort de Mohammed. Les magnifiques récompenses données à ses services lui attirèrent des envieux et des ennemis , qui , au lieu de se prendre à ses œuvres , à ses pensées et à son style, s'attaquèrent à lui-même, le dépouillèrent de ses biens, et massacrèrent ses gens. ( et acte de violence brutale donna à Seheich l'idée du livre de l'Ane, dans lequel il raconte son histoire, et classe ses ennemis dans les diverses espèces d'ânes. Le sultan, qui rencontra ce livre sous sa main , répara les pertes du poète oculiste , fit faire des poursuites , et châtia les auteurs du vol et du meurtre. S< heichi ne commença te traduction du poème de Chosrew et Schirin de Nisami qu'après la mort de Mohammed, et pré-. senta à son successeur Murad II les chants isolés à mesure qu'il les achevait. Il en fut récompensé royalement ; malheureusement la mort lé surprit avant qu'il eût accompli son travail. Son neveu Dschemalisade , poète lui-même, qui oe5 cupait auprès du prince de Kermian la place de secrétaire d'Élat (1) et de confident intime, poursuivit l'oeuvre de son oncle, et se fit un assez grand nom lui-même comme traducteur de quelques poésies persanes élégiques (kas* zides), comme auteur de quelques pièces ajoutées aux kaszides de Senaji , et d'un poème romantique (-2).]Nureddin d' A kschehr, surnommé Esheri (3) (le florissant) , Dschemili , natif du Turkistan (4), qui rimait des poésies dans là langue de Dschagatai, selon l'ancien goût turc, ne s'élevèrent pas au-dessus de la médiocrité, 11 n'y a pas plus de valeur dans les œuvres de Schiri (5), qui fut defterdar de Mohammed lorsque ce prince, encore adolescent sous le règne de son père, résidait comme gouverneur à Amasia, et auquel on doit peut-être rendre grâces de ce qu'il inspira au futur sultan le goût de la littérature et l'amour de la poésie.

(1) Aali, Aasrhik-Tschelebi.

(2) Aaschik-Tschelebi, Aali.

(3) Aali , fol. 69.

(4) Jbid.

(5) Jbid.

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