‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 92 sur 288 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

VÊJVËMENT DE MITRAD II. — TRIOMPHE SIR LE PRÉTENDANT MUSTAPHt, AVEC t'AlDE DES GÉNOIS DE

PHOCÉE. — BATAILLE d'uLUBAI).— FIN DE L INTERPRÈTE KORAX. — QUATRIÈME SIÈGE DE CONSTAN-

T1NOPLK PAR 1 ES TURCS. — FIN DE TROISIÈME PRÉTENDANT MUSTAPHA. — IRRUPTION DES TURCS

DANS LE PÉLOPONÈSE ET L'ALBANIE. — MARIAGE ET RENOUVELLEMENT DE LA PAIX DANS LES

ÉTATS LIMITROPHES DU NORD EN EUROPE. — DERNIÈRE RÉVOLTE ET FIN DE DSCHCNEID. —

! GUERRE DE KARAMANIE. — LEGS DU PRINCE DE KEHMIAN. — PAIX AVEC LES HONGROIS ET

| LES SERVIENS. — EXTERMINATION DES TURKMANS. — CONQUÊTE DE THESSALOMOUE. — PRINCES

OUI DOMINAIENT EN GRÈCE A CETTE ÉPOQUE. — PAIX RENOUVELÉE AVEC LA HONGRIE ET LA

' SERVIE — GUERRE AVEC LA KARAMANIE ET LA HONGRIE. — CONQUÊTE DE SEMENDRA , ET SIÈGE

DE BELGRAD. — CAMPAGNE d'HUNYAD. — HUMANITÉ DE MURAD. — SON ABDICATION.

' Murad parvint au pouvoir suprême à l'âge je dix-huit ans (1), sans avoir à rougir le trône u sang de ses frères , sans se couvrir de honte h les livrant aux mains de l'empereur grec : lis deux frères aînés, qui l'avaien! précédé ans le gouvernement d'Amasia , élai; nt morts li vivant même de leur père ; deux autres plus ■unes périrent dans la suite de la peste. Il prit bssession de la souveraineté en arrivant d Atasia à Brusa , et se Ht ceindre l'épée par le jrand scheich Bochari ou Emir-Sultan, gendre ï son aïeul Ba.jesid (2). Les janilschares dé- 'lèrrnt devant lui dans le palais, en lui prétriiant leurs soumissions; le cadavre de son 'ère fut déposé dans le tombeau coulre la mosjuée Verte, et ië deuil dura huit jours (3). Des

ivoyés se rendirent à la cour des princes de (araîriatiié et de Menlesche , auprès du roi Siismond et de l'empereur pour notifier l'avéneient au trône , et renouveler les traités exis-

(1) Il était né, an de l'hégire 806 [1403] , monta sur trôneen824 [1421], abdiqua en 847 [1443], reprit le Duvoir pour la deuxième lois, après une année, en 858 444], y renonça de nouveau, après la bataille de arna , monta pour la troisième fois sur le trône, deux .ois après , pour gouverner jusqu'à sa mort, en 855 451].

(2) Aali, fol. 70; Ssolaksade , fol. 35.

(3) Ducas , 1. xxhi , p. 72.

tant avec son père (1). La paix fut jurée avec la Karamanie (§); une trêve de cinq années fut conclue avec la Hongrie (3), après qu'une partie de la Transylvanie eut été ravagée par le fer et par le feu , et que les magistrats de Kronstadt eurent été emmenés en captivité (4). Avant l'arrivée des envoyés de Murad a Constantinople, le p;iléologue I achjnes, et Théo'.ogos Korax, dont il a déjà été question, avaient été dépit i es par Manuel auprès de Murad , pour lui demander l'accomplissement de la dernière volonté de son père au moyen de la remise des fils puînés du dernier sultan , menaçant en cas de refus de proclamer comme souverain de la Turquie européenne l'héritier du trône turc tenu jusqu'alors en élal de réclusion, Mustapha, fils de Bajesid , auquel bientôt se soumettrait aussi la Turquie d'Asie. Bajesid-Pascha répondit au nom du sultan «qu'il ne convenait pas, et qu'il était contraire aux principes du prophète, que des fils de musulmans fussent élevés chez les giaurs (5) ; que son maître priait

(1) Ducas, 1. xxiii, p. 72.

(2) Ibid.

(3) Engel , Histoire de Hongrie, p. 302.

(4) Schwaudtner, t. i, p. 886; Pray de Windek, dans Kaiona , 1. xii , p. 373 , et Engel , Histoire de Valachie, p. 165.

(5) Ducas,!. xxiii, p. 74.

l'empereur de renoncer ù cetle tutelle, et de maintenir la paix et l'amitié , à laquelle le sultan était prêt aussi à donner la sanction de son serment. »

A cette nouvelle, Manuel prit le parti de soutenir Mustapha, gardé àl.emnos, et son conseiller Dschuneid : il fit partir Démétrios- Lascaris-Leontarios , le même qui avait d'abord accueilli le prince comme fugitif à Thessalonique, et avait refusé son extradition à Mohammed, avec dix galères bien montées, le chargeant de prendre Mustapha et Dschuneid à Lemnos, de les mettre en liberté, et de les transporter sur le continent d'Europe. Mustapha jura de rendre à l'empereur Gallipoli et au nord de Constantinople tout le littoral jusqu'à la Valachie, au sud les villes de Thessalie jusqu'à Erysos et au mont Athos (1). Après la conclusion du traité sanctionné par des serments, Demetrios débarqua avec Mustapha et Dschuneid devant Gallipoli . Beaucoup d'habitants de la ville et de la campagne environnante coururent joindre Mustapha, et lui rendirent hommage comme au véritab'e héritier du trône; mais la garnison se déclara hautement pour Murad, et refusa de remettre le chàtea j. Alors Mustapha marcha avec la foule de ses partisans, grossissant à chaque pas , vers le promontoire de l'Athos appelé Hexamilon; et Demetrius Leontarios revint jeter l'ancre devant Gallipoli, qu'il assiégea (2). Au premier avis de ces mouvements, les vesirs de Murad, Ibrahim et Aiwas-Pascha, qui dirigeaient encore le jeune souverain, l'engagèrent à envoyer en Europe Bajesid-Pascha (3), dont le pouvoir et l'influence avaient excité leur envie et leur haine, pour conjurer Tirage qui s'avançait en grondant. En vain Bajesid-Pascha et les trois fils de Timurtasch (4), auxquels le sultan Mohammed avait conféré la dignité de vesirs ou de paschas à trois queues, opposèrent des représentations à cetle opinion; obligé de céder aux deux autres vesirs (Ibrahim et Aiwas), Bajesid déclara qu'il était prêt à se sacrifier au service

(t) Ducas, 1. xxiv, p. 78; Chalcondylas , 1. v , p. 70; Phranzes , i , p. 38 , édit. d'Aller , p. 26.

(2) Ducas , I. xwv, p. 79.

(3) Phranzes, i,39.

(4) Urudsch-Beg , Ali-Beg , Seadeddio , dans Bralutti.l. il , p. 2.

de son souverain, et pria seulement le sultan de remplir après sa mort un legs de cinquante mille aspres en faveur d'Umur-Beg , fils aîné de Timurtasch , le plus fidèle et le plus sage serviteur de Murad (1). Puis il se mit en mer avec quelques bâtiments et de faibles équipages , pour passer en Europe , dirigea sa marche vers Andrinople. où il rallia toutes les troupes de la Rumili , composant une force de trente mille hommes, et campa dans une plaine marécageuse, en vue de la capitale européenne del'empire (2). Mustapha, après s'être fortifié à Seres et à Jenidsche par l'accession des fils d'Ewrenos, d'Urchan-Beg, Kumliogbi et d'autres grands possesseurs de terres (3), marcha au-devant de l'ennemi, passant par un gros bourg nouvellement bâti et peuplé (4), et entra dans la vallée de Saslidere. Lorsque les deux armées se trouvèrent en présence, Mustapha s'adressant aux soldats de Murad, leur cria qu'ils ne devaient pas lui refuser obéissance, lui qui était le véritable héritier du trône; et aussitôt toutes les troupes de Murad, frappées comme par une puissance magique, passèrent du côté de Mustapha; Bajesid-Pascha et .«on frère , Ilamsa , furent saisis et chargés de fers (5). Mustapha permit à son vesir Dschuneid de se venger sur Bajesid de la castration de son gendre Aubulas : Bajesid fut décapité en présence de Dschuneid, qui lui cria au moment du coup fatal : «Te voilà donc, misérable, si grand maître dans l'art de la castration (6) ! » Au frère de Bajesid , Hamsa-Beg, Dschuneid accorda la \ie, ne se doutant pas qu'il payerait cher un jour cet acte de clémence. A la nouvelle d'un tel triomphe , la garnison de Gallipoli s'était rendue à Demetrius Léontarios, | et déjà il allait introduire des armes et des munitions dans la forteresse, lorsque Mustapha paraissant tout à coup , dissipa tous ses beaus rêves de conquête. « Ce n'est point pour l'em- î

(1) ldris, premier prolégoinène au règne de Murad 1er.

(2) Ducas , I. xxiv , p. 81 ; Lutfi, et le manuscrit de la bibliothèque impériale et royale , n° 139 , fol. 64.

(3) ldris.

(4) Ducas , I. xxiv , p. 81.

(5) Ibid., p. 84. Selon ldris , Seadeddin , Aali, Ssolaksade , Bajesid-Pascha , passa lui-même à l'ennemi.

(6) Ducas, l.xxiT, p. 84.

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