LIVRE X
pereur grec que j'ai triomphé, dit-il; je me rappelle le serment fait au prophète, de reconquérir les places de l'islam, parmi lesquelles se 1 (rouve Gallipoli ; au reste, je suis prêt à main- 1 tenir les traités, et Demetrius peut retourner librement a Constanti-ople (1).» Ainsi la politique grecque se vit frustrée du fruit qu'elle espérait recueillir delà liberté et de l'appui accordés au prétendant au trône, et Demetrius Léontarios, trompé dans son attente, mit à la voile pour regagner Constantinople (2). Maintenant, Manuel résolut de se tourner de nouveau du coté de Murad, et de renouveler avec lui les traités, en prenant pour base des négociations la remise des deux frères du sultan, «s ouvertures furent prévenues par un mes- .<• de Murad; Ibrahim-Pascha, le grand vesir qui, douze ans auparavant, était venu comme envoyé de Musa auprès de Manuel, et avait été envoyé par celui-ci à Mohammed, I arut de nouveau a Constantinople, apportant paroles de paix de la part de Murad; il essaya de persuader à l'empereur de prêter au sultan Murad. contre le prétendant Mustapha, la (même assistance qu'il avait jadis fournie à Mohammed contre Musa (3). Manuel insistant sur la tutèle des princes, qu'Ibrahim ne voulut point i i oncéder, l'on ne vint à aucune conclusion ; et , pendant ce temps, Murad se fortifia du secours (ies Génois.
Sur la côte de la mer d'Ionie , dans l'ancien canton delà Phocide, eufacedel'ile deMitylène, 1 s'élève une montagne renfermant une grande quantité d'alun : déjà, sous le règne de Michel léologue, des Italiens avaient commencé à exploiter cette mine , et ils avaient payé pour j cela une redevance annuelle à l'empereur grec; i mais lorsque les Turcs poiïèi ent au loin le ravage dans le pays, et mirent en danger la sûreté des mineurs, les Latins, avec l'aide des ' Grecs , élevèrent un château au pied de la mou- : lagne etsur le rivage de la mer, lequel fut appelé , la nouvelle Phocée. Les maîtres de celte place, ! les nobles Génois Andréas et Jacob Calaneo, conclurent avecSsaru-Chan , prince turc deLy-
(1) Ducas, p. 83-85, Chalcondylas, ve édition de Basle, p. 70.
i (2) Ducas , I. xxiv, p. 97.
$) Ibul., !. xxv,p. 88.
TOJI. I.
die, moyennant le payement d'un tribut de cinq cents ducats, un traité qui fut exécuté des deux côtés pendant cent quatre-vingts ans (T . L'autorité supérieure de la ville appartenait a un podestat génois qui, au nom de la république, dirigeait le gouvernement de l'île avec un pouvoir illimité, ainsi que les choses étaient organisées dans les autres possessions asi;iti jues des Génois, dans les îles de Chios et de Lesbos , à Galata , faubourg de Constantinople, à Amasos et Amastris sur la mer Noire; à Kafa dans la Crimée (2). Sous le règne de Mohammed Ier, le podestat était Jean Adorno, fils de Georges Adorno , doge de Gènes, qui, six ans avant la mort du sultan, avait conclu avec lui un traité d'amitié, moyennant le payement de vingt mille ducats dans l'espace de dix années. Aussitôt après la mort de Mohammed, Adorno paya la plus grande partie du tribut échu de six années, malgré les pertes considérables subies durant ce temps par suite de la guerre des Génoisavecles Catalans, et il offrit de transporter l'armée de Murad d'Asie en Europe. Murad répondit par des protestations d'amitié, et après la mort de Bajesid- Pascha, Adorno ayant adressé un second message aux vesirs de Murad, Ali-Beg, Umur-Beg et Hadschi-Aiwat, son envoyé revint avec un chatil turc, qui apportait cinquante mille ducats pour fêter des bâtiments génois, chargés du transport de l'armée d'Asie en Europe.
En allant à la rencontre de Bajesid-Pascha , Mustapha avait formé ses troupes, en ramassant des fantassins, presque tous fournis par de nouvelles recrues, attendu que tous lesjanitschares , avant la défection de l'armée , dans la vallée de Saslideré, étaient du côté de Murad. La plus grande partie de son infanterie consistait en Asabeset en Jajas, qui étaient forcés de servir sans recevoir de solde. Mustapha, le premier, leur donna une gratification deÔOaspres, et le nom de mosellemans, c'esl-à-dire exempts de garde, qui leur Fut commun avec les Iroupes de cavaliers pourvus de fiefs, formées sous Urchau (3). Mais, après son succès,
(1) Ducas , I. xxv , p. 90.
{■>) Ibul. , p. 90.
(3) Ncscbri , fol. 161; Ssolaksade, fol. 35; Aali,Lut6, p. 42.
Mustapha , se croyant en sûreté relativement à Murad, qui était eu Asie, s'abandonna dans Andrinople à toutes les jouissances de la volupté. Dschuneid le tira du sommeil de l'indolence où il était plongé, en lui annonçant qu'il fallait aller en Asie au-devant de l'armée rassemblée par Murad, et ne pas attendre l'embarquement de ces forces à Lampsaque ou à Skulari (1). La proposition de Dschuneid était dictée moins par le dévouement aux intérêts de Mustapha que par la pensée d'une nouvelle trahison, au moyen de laquelle il espérait échapper encore à sa ruine , ainsi qu'il lui était arrivé sous Suleiman, Musa et Mohammed. Mustapha, maître de la Motte et de la mer, transporta son armée à Lampsaque où il resta trois jours pour recevoir les hommages des commandants voisins (2). A la nou elle du débarquement de Mustapha, Murad était sorti précipitamment de Brusa, et avait pris position derrière le fleuve d'Ulubad (le Rhvndakus) et derrière les marais formés par le lac d'Ulubad (Apol.oniatis); il fit rompre le pont sur le Meuve , appuya son aile gauche à la mer, son aile droite au lac et aux marais que l'ou pouvait tourner à peine par une marche de trois jours, en passant au pied de l'Olympe. Dans cette position il attendit Mustapha, qui avait son camp de l'autre coté de la rivière (3). Le sultau était entouré de ses fidèles serviteurs, les fils de Timurtasch , Ali , Umur et Urudsch-Beg, et d'Hadschi-Aiwas, qui lui conseillèrent de mettre en liberté Michaloghli, relenu dans les fers depuis la victoire remportée à Tokai par Mohammed 1er sur le scheich Simawna, afin de se servir de son nom e de son influence contre les troupes de Mustapha. Ainsi qu'on l'a déj;i dit, ces troupes étaient une masse d'hommes irrégulièrement formés: pour infanterie, il y avait des Asabes; pour cavalerie, des Akindschis. Le commandement supérieur des Akindschis, depuis le sultan Osman, s'était transmis héréditairement dans la famille des Michaloghli , et il y avait raison d'espérer que ces soldats, entendant la voix de leur ancien chef, passeraient de son côté.
(1) Ducas , xxv, p. 92.
(2) Jbid., p. 93.
(3) Neschri , fol. 162; Ssolaksade, fol. 35; Aali, Seadeddin, dans Bralutli , I. n , p. 5.
Murad accueillit la proposition de ses vesirs, et envoya des courriers à Tokat pour ordonner de mettre Michaloghli en liberté (1): En même temps, il se recommanda aux prières du grand scheich Bochari-Émir-Sulian (2), qui lui avait ceint l'épée à son avènement au trône. Celui-ci pria durant trois jours, et , pendant ce temps, Murad fut affligé d'un violent saignement de nez, qui dans son armée, fut considéré comme le triste présage d'une défaite prochaine. Le quatrième jour, le saignement de nez cessa; mais Murad était si faible qu'il était hors d'état de combattre r'e plusieurs jours. Cependant Michaloghli était arrivé au camp du sultan, où il avait été gracieusement accueilli; il adopta l'idée des vesirs d'attirer à lui les coureurs ennemis ; la nuit il s'en alla sur le bord du fleuve qui séparait les deux armées , et appela ses anciens compagnons d'armes (3), comme avait fait jadis Murad Ier, lorsqu'il s'avança au-devant de l'armée entraînée par son fils rebelle Sawedschi , et qu'il la ramena sous ses drapeaux (4); comme avait fait Hasan, l'aga des janitschares, pour enlever ces soldats d'élite au parti de Musa (S). La voix de Michaloghli, retentissant , au milieu du silence de la nuit, au delà du fleuve, mit toute la cavalerie en mouvement. Tughan, Koinoghli, et les fils d'Ewrenos, qui croyaient leur ancien commandant mort depuis longtemps, se réjouirent de le savoir en vie, et coururent à son appel dans le camp de Murad (6). Les Asabes se montrèrent plus fidèles à Mustapha que les Akindschis.Cinq mille d'entre eux tentèrent de passer la rivière à gué pour une surprise de nuit. Murad, prévenu de leur dessein , fit placer en embuscade Umur-Beg avec deux mille janitschares à l'issue d'un bois qui s'étendait jusqu'au gué. Lorsqu'une partie de l'infanterie de Mustapha eut franchi le Meuve, les janitschares tombèrent
(1) Neschri, Aali, Ssolaksade, Seadeddin, dans Bratutii, I. n , p. 6.
(2) Bralutli a écrit son nom d'une manière fautive , Negiori , I. n , p. 4.
(3) Ssolaksade, fol. 30, Aali, Seadeddin , Neschri, Lutfi.
(4) Chalrondylas , édition de Basle , 1. 1 , p. 13.
(5) Jbid., 1. îv , p. 58 , édition de Basle.
(6) Seadeddin, dans Bratutti ,1. n, p. 6; Ssolaksade, Aali.