LIVRE X
si souvent fatal aux princes qui aspirèrent au Irène, comme aux maîtres du pouvoir suprême, ainsi qu'on le verra dans la suite de cette histoire. i
Murad resta en Asie pour tourner ses armes contre Isfendiar-Beg, seigneur de Siuope et de bstenuni. En Europe, rirus-Beg continua la guerre an nord contre la Valacbie, et au suo\ le fils d'ßwreiios poursui vit Les hostilités contre la Grèce. Finis- Beg accorda la paix au prince de Yalachie, moyennant le payement du tribut en retard depuis deux ans, et de grands présents. Pendant ce temps, le ils d'Ewrenos triomphait des Albanais. Le lv mai f 1423], il pénétra par risthmed Hexamilondans le Péloponèse, prit Lacédénione, Gardüa et Tawia, où il gagna, le âjuio, une bataille sur les Albanais (1), et iJ érigea une pyramide avec les tètes de huit cents prisonniers (2).
En Asie. Murad marcha en personne contre IsleDdiar, prince de Sinope, qui avait violé la paix et rompu les liens de la .soumission p*r uae attaque sur Boli et TarakM- Isfendiar-fteg avait un ennemi dans son fils Kasim-Beg, qui passa sous les drapeaux de Murad avec la plus ßraude partie de l'armée. Il n'en persista pas moins a livrer bataille, fut défait, et reçut dans I action, de son propre chancelier, un coup de liusMie a la tète, ejt s'enfuit à Sinope. Il se y/t ctiatraint a la paix, qui fut conclue a la double coud it ion pour lui de céder les mines de Kastenwoi et de s'engager au mariage de sa fille avec Mnrad(3)[M23.]
AFaut de retourner en Europe, le sultan voulut se débarrasser de la surabondance de se» veajrs; car il trouvait que cinq de ces dii pilaires ^fliaienjon nombre trop considérable i»w Ja Porte, Oes trois fils d* Jïmurtascu qui avaient été ad^UMa à Aus et * Ibrahim-Pascha, U envoya Umur-fteg * fcerm*n, et adonna a
t atfi , fol. 44 ; RauMtul-Ebrar , Itaducbi Cbalfa , an 826 ; Nohijeddin, dann If manuscrit de la Bibliothèque impériale et royale , o° 139, loi. 69; H< farfeiiu, pui* Ducas , I nmi , p. 104 : ChalcoudyUs , p. 73.
(1) ChronicoD brève, à l'appendice de IVttfejoade Paru de Ducan , p. 199.
(2) Cbalcotidyia« , I. v , p. 75 ; Pbrapzes , i , p. 40 , au t<r tuai la priée de l'bubme.
0> Jdije , u« «écit du rè6ne de Murad H ; fcwfan ,
foiieo.
Lrudsch-Beg une place de beglerbeg , et à
Ali-Beg le gouvernement de Ssaruchan (1). Aus-Pascha avait été accusé par ses ennemis de |)raliquer des intelligences dans l'armée pour s'élever au trône. Un jour le sultan posa par hasard la main sur le dos du vesir, et sentit que sous le vêtement il y avait une cuirasse. Qu'est cela ? demanda le sultan ; la réponse du vesir, qni s'excusa sur les craintes que lui inspiraient les soldats , confirma les soupçons du sultan, et il fit crever les yeüx au coupable (2). Ainsi, par ce châtiment et par leloignement des trois fils de '1 imurtasch , le vesirat qui, depuis le commencement du règne de Mohammed , avait été divisé en quatre dignitaires, se trouva de nouveau concentré dans les mains d'Jbrahim-Paacha. Maintenant Murad se mit en route pour Andrinople. et fit les préparatifs de la célébration de son mariage avec la Mlle du prince de Sioope. Elwau-Beg, grand écuyer tranchant , dont la famille possédait héréditairement cette charge de cour, ainsi que les missions relatives aux mariages de leur souverain, fut envoyé a Sinope avec la veuve de Chalil-Pascha , qui jadis, sous Mohammed, avait été élevée dans le harem du sultan, pour ramener pompeusement la fiancée [1424] (3). ijß prince de Sinope reçut l'ambassade avec les honneurs dus au rang du souverain , et il remit sa fille à l'épouse de Chalil-Pascha et à celle du prince de Kerraian. Partout la princesse sur sa route fut accueillie au milieu des fêtes les plus magnifiques; à Andrinople, outre le mariage du sultan , on célébra encore les noces de trois princesses ses sonars, qui furent unies, l'une à Kasim-Beg, fils d'isfendiar, la seconde à fcaradscha-Tsclielebi, gouverneur de l'Asie Mineure, qui , plus tard, resta sur le champ de bataille de Warna , el la troisième an fils d Ibra nia -Pascha, Mahmnd- Tschelebi, mort plus tard a la Mecque (4}. Dans la même année qui vil mourir reoi|>ereur Manuel, Murad avait conclu la paix avvec Jean , le nouvel empereur byzantin, sous Ja condition
(1) Dfschrifbl. 168.
(2) Ibid., fol. 169.
(3) Wria. xi« récit ;Seadeddin , dam Brat., 1. W, p. 18. ( i) Seadeddio , da*» BraluUi , I. u , p. 19 ; Aali , S*0-
laksade.
que toutes les villes et forteresses situées sur la mer Noire, à l'exception de Selymbrh et de Derkos, les deux avant-postes de la capitale, qui n'étaient pas encore conquis par les Turcs, seraient cédées au sultan, ainsi que les autres places sur leStrymon : et qu'on lui |>ayerait un tribut annuel de trois cent mille aspres ou trente mille ducats (1). Le despote de Servie, Etienne Lazarevich, auquel la paix avait été confirmée [22 février H24l, en même temps qu'au prince de Valachie(2), se rendit à Ofen, en accompagnant un envoyé turc. La mission de cet ambassadeur était d'arrêter une trêve de deux ans avec Sigismund , alors empereur; il apportait en présent des draps d'or, des étoffes de soie, quatre vases dorés, quatre masses et dix tapis sarrasins. En retour, Sigismond envoya au sultan huit pommeaux d'or, six pièces de velours , neuf pièces de drap de Malincs, trois rouges, trois noires et trois bleues, six beaux chevaux, el mille florins d'or de Hongrie [juillet M24 ]; à l'ambassadeur il donna trois pommeaux dorés , trois pièces de velours, six pièces de drap de Malines, quatre chevaux, et quatre cents florins d'or (3).
H faut maintenant reporter nos regards en Asie, sur Dschuneid , cet esprit inquiet , agité, ce double traître qui , depuis la mort de Bajesid , pendant l'interrègne «les fils de ce sultan, puis sous le règne unique de Mohammed , se mettant toujours du coté des rebelles et des prétendants au trône , avait espéré affermir son injuste pouvoir en combattant l'autorité légitime. Nous l'avons laissé fuyant le camp de Mustapha, suivi seulement de soixante-dix fidèles serviteurs; courant toute la nuit, il avait franchi une distance de deux journées de marche ordinaire; le matin, il avait gagné Thyatyra (Akhiszar), et passant l'Hermon (Mermere), il était parvenu le lendemain au soir à Smyrne(4).Les habitants, informés de son arrivée, se rendirent en foule auprès de cet homme , qui était né dans leurs murs. Ayant appris que le gouvernement d'Aidin qui lui avait été promis
(1) Ducas, I. xxjx, p. 109; Phranzes, l.i,c.41,p. 21 ; Chalcoadyla*.
(2) Ducas , 1. xxvni , p, 1 09.
(3) Enflel, Histoire de Servie, p. 369. D'après IHistoire de Honfirie de Wiudck eid'Eoßel ,1. h, p. 3l3.
(4) Ducas, I. xxxvi, p. 97.
comme récompense de sa désertion était enut les mains de Mustapha, petit-fils de l'ancien** verain , et que celui-ci se trouvait à fipbfct. I pénétra dans l'intérieur du pays, ducotéd> Tschcsme ( I ) (Erythrée) et de Wurla (2)(0«fr mène). Faisant un choix parmi les habitant belliqueux de la contrée , dans l'espace de lu* jours il arma deux mille hommes de pique n de lances faites à la hâte avec des pieux et poteaux; deux mille autres prirent des fléà* et des javelots. A la nouvelle de l'approche * Dschuneid , Mustapha , seigneur d'Aidin. coe duisit ses troupes d'Éphèse du côté de Smyr»-. et rangea son armée en bataille à Mesaulion. ; six lieues d'Éphèse, dans un lieu entouré ù bois et de marais (3), où, dix-sept ans aupao vant, Dschuneid, armé contre Suleiraan, trahissant tout à coup ses alliés, les princes d Karamanie et de Kerraian, était passé dan^ camp ennemi (4). Le signal du combat m -h donné que du côté d'Aidin , car Dscbuori n'avait ni trompettes ni tambours dans v troupes ramassées à la hâte ; néanmoins U focdit sur le seigneur d'Aidin, d'un coupe massue le renversa de son cheval, et, délivré son rival , il fut reconnu comme prince et segneur d'Aidin. Il se maintint encore dm années en cette qualité , jusqu'à ce que Murai ayant renouvelé la paix avec les États européens voisins , avec la Valachie, la Servie et b Hongrie, résolut de châtier le traître, qui d'ailleurs, refusait d'envoyer son fils au servie de la Porte (5). Celte mission fut confie? » Ghalil-Jachschi-Beg (6), époux de la sœur fie Bajesid-Pascha, que Dschuneid avait immolé Les deux armées s'arrêtèrent près de Thyatin ( Akhiszar ) , à un quart de lieue l'une de l'autre: Kurd, le plus jeune fils de Dschuneid, traver* le camp de Chalil qui le séparait des troupe* de son père, et le général du sultan n'opj** pas de grands obstacles à ce mouvement. <* il avait surpris le plan de Dschuneid. qw
(1) Mannen, Géographie , 1. ti , 3* division, p. 3i-
(2) Ibid., p. 328.
(3) Ducas, I. xxvi , p. 79.
(4) Ibid., I. xxiii.p. 46.
(5) /6k/., I. xxviii, p. 105.
(6) Ducas le nomme Chalil ; Seadeddii I. u, p.22, Bab»ci-Beo,aulieudeJach«chi-Bf6,' les autres historiens ottomans.