‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 107 sur 297 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Thwartko à élever le tribut de 20,000 ducats à 25,000 (1). Albert voulut passer le Danube avec son armée pour arracher Semendra aux Turcs ; mais ses troupes furent abattues par la dyssenterie; puis une terreur panique les saisit , et criant : Le loup! le loup / elles se dispersèrent 1439|. Ce cri d'alarme, déjà répété depuis Koloman (2), fut provoqué avec un redoublement d effroi par l'apparition des Turcs, qui attribuaient, comme les Romains, un grand rôle à la louve dans leur origine, et auxquels pouvaient s'appliquer ces paroles de Mithridate sur les Romains : a Que ce peuple était ardent comme le loup, comme lui insatiable, avide de pillage, altéré de sang. »

Quoique toujours occupé de négociations ou d'expéditions militaires autour de lui, Murad n'étendait pas moins ses relations au delà de ses voisins, reculant de plus en plus le cercle de sa politique; il entretenait une correspondance avec Schahroch, fils de Timur, qui lui recommanda le souverain du Mouton-Blanc, Karajalult, et le prince de Karamanie; échangeait aussi des lettres avec les sultans d'Égypte. Les troubles de la Bohème, où fut reconnu comme souverain par le parti catholique le roi Albert, maintenant devenu empereur, tandis que les Utraquîstes proclamèrent le frère du roi de Po- Irçpie, Wladislaus, âgé de treize ans, déterminèrent le sultan à engager des rapports diplomatiques avec la Pologne ; il adressa donc à Wladislaus une ambassade, lui proposa un traité d'amitié, sous la condition que Casimir conserverait le trône de Bohème, et que Wladislaus renoncerait à toute alliance avec la Hongrie (3). Gomme Albert mourut sur ces entrefaites [1440], Ton fit entendre aux envoyés que leurs instructions se trouvaient maintenant sans objet, et que lorsque Wladislaus serait en Hongrie, il serait temps de parler de traité (4). Aussitôt Murad résolut d'assiéger Belgrad, qui rat attaquée vivement par Ali-Beg, fils d'Ewrenos, et vaillamment défendue par le prieur Zo-

(1) Engel, Histoire de Hongrie , I. m, p. 23; CbalcoDdrlM, l T,p. 78; Scfaimek , Histoire politique du royaume de Bosnie , p. 112.

I (2) Sur l'origine de ce cri, vor. Engel .»Hiatoire deHolittch , dans l'Histoire générale , t xtviu.

(3) Bonfiniut ,dec. m ,1. it p. 416.

wan de Raguse (1). Du côté de terre, les Turcs enveloppèrent la ville d'une muraille du haut de laquelle ils lançaient des pierres dans la place; les assiégés répondirent par un feu bien nourri et le jeu des mines. Plus de cent Tschaiques croisaient sur le fleuve, afin d'intercepter les communications. Le Polonais Lenzicyky parut comme envoyé de Wladislaus pour demander la levée du siège, qui durait déjà depuis six mois. Murad, qui devait bientôt décamper, répondit néanmoins orgueilleusement que plus tôt ou plus tard il ferait la conquête de Belgrad (2).

Alors se présente sur le théâtre de la guerre entre les Ottomans et les Hongrois le fameux héros Jean Hunyady , qui devait jeter tant d'éclat sur la Hongrie, et dont le nom de Janko, que lui donnèrent les Turcs, retentit longtemps autour d'eux comme un cri d'alarme (3). Mesid- Beg , grand écuyer du sultan , qui quarante ans auparavant , à l'époque de la mort de Bajesid , avait défendu la ville de Siwas contre le prince Mohammed et Bajesid-Pascha , et puis l'avait rendue , venait de pénétrer f n Transylvanie par la Valachie, avait fait mettre en pièces l'évèque Georges Lepes près du village de Szent Imreh [18 mars 1442] , et assiégeait Hermanstadt. Jean de Hunyady accourut avec Simon de Kemeny an secours delà ville. Mesid- Beg, tout fier de la victoire remportée à Saint- Emerich, s'avança au-devant de lui, assuré d'un nouveau triomphe. 11 avait donné d'avance à ses plus audacieux sipahis le cheval et l'armure de Hunyady, que celui-ci lui fût livré mort ou vif. Hunyady, prévenu par des espions, échangea son armure avec Simon de Kemeny, qui paya de sa vie ce dangereux honneur , et attaqué de tous côtés par les Turcs , périt avec trois mille vaillants guerriers. Mais la garnison d'Hermanstadt fit une sortie , délivra les prisonniers qui étaient dans le camp des Turcs, et prit leur armée à dos (4). Mesid-Beg s'en-

(1) Cbalcoodylaa , I. t, p. 78 ; Bonfiniut , dcc. m. 1. it, p. 427; Ducas , l.xxx, p. 116; Tfaurocz, t. it, I. xxxr , dansCatona , I. xiii ,p. 134.

(2) Callimachus de Clade Varnensi, p. 265 , édition de

Basle.

(3) Janko est l'ancien nom grec Joannes abrégé; en turc, Janko signifie l'écho.

(4) Enget , Histoire de Hongrie , I m , p. 60; Bonfi-

HISTOIRE DE L'ËHfPlRE OTTOMAN.

fait âvetS ses Cavaliers , et fiit mmàtré àlhsl que sort fils. I Ion y ad y poursuivit Pennemi ; èt lorsqu'il fut de retour, tandis qu il était ;l table, souvent des fuyards ramenés par lès vainqueurs furent égorgés sous ses yedi , comme pour lui donner un divertissement barbare. Il franchit les montagnes sur lesquelles il dressa des trophées et, poussant au delà dnpassagede la tour Rouge , il descendit dans \ä Vfllachiè , et passa même le Danube. Vingt mille Turcs couvraient le sol qu'ils avaient si cruellement ravagé; les Hongrois n'avaient perdu que trois mille hommes (1). Hunyady fut reçu comme un libérateur, devant lequel étaient tombés les esclaves, comme un général învincibîè; il envoya à l'allié de la Hongrie , aa despote Georges, nne voiture si pesamment chargée de butin et de trophées , que dix chevaux pouvaient à peine la traîner. Les têtes de Mesid-Beg et de son fUs étaient plantées sûr lé sommet, et au milieu était assis un vrenx Turc chargé de complimenter le despote, en toi Offrant les dépouilles enlevées attx Ottornsms (2). Pour venger cette défaite j bientôt j&rflt Schehatïeddirt-Paseha à la tète d'une armée de quatre-vingt mille nommes. Plein d'orgueil comme Mesid, il se vantait qu'a» seul aspect de sott turban les ennemis s'enfuiraient a plusieurs journées de distance (3). Hn n y ad y marcha à sa rencontre avec quinze mille hommes seulement, mais résolu à Vaincre nu à mourir. L'on en vint aux mains à Vasag. Hunyady harangua ses soldats, les enflamma d'ardent , et la victoire se déclara poûr «hx. Ce fut ponr les Tores on plus grand désastre qne la défaite de Mesid-Beg. Ils perdirent deux cents étendards , cinq mitte prisonniers ; parmi les morte se trouvèrent le tfériéral et Osman-Beg, petit-fils de Timurlasch (4), ainsi que plusieurs des begsles plus vaillants [14421. Tan-

nin», dw. ». v , p. 438; Seideddin, dan* Bralutti, I. n , p. 78; Netchri , Aati , Ssolaksade , Cbalcoridylai , 1. ▼ , p. 79.

(!) Bbnflhïtrt , dec. Ai , f. V , p. 48f. Poy. aWi Thurm. , p. rf,c. 37 ; dans Katotia ,\.ith, p. iU.

(2) Bonflnius , dcc. m, I. i.

(3| Cette fanfarooade iê trouve1 äoiif dafl* Néschri , fol. 186. La défaite elle-même, dans Rraiutti, I . n , p 80 ; A ili , Sftftfefadé , Vnhljrddïn , Badsehï-Chalfa.

(4) Selon Neschri, Osman ft>ß rie* ricrit que dans" fa bataille de Wavria.

dis que 1rs OtiÔmiM êlalènt ainsi bnmïîiés sir lè éhartrp dé bataillé , le tlépolé que M n r ».1 avait envoyé ä Ofen jwùï réclàmer Ôcl&fàd ébàt congédié safis rétporise (i j.

L'année suivante [1 443] comprend là période la plus brillante dès explo ts de Hunyady. Cesi alors qu'il fit cette grande campagne , si vantée par les Hongrois, et qui pourrait être appelée la courte campagne, puisque, ènèinq rhoîs, cinq tilles furent prises, ciriq victoires furent remportées. Ce furent lès débtits brillants de U eroisade réunie contre les Turcs par le pape Eugène IV , grâce aux efforts du cardinal Julien, et qui se terminas! déplorablemerit Tann« suivante. Depuis la bataille dè Nlcopolîs, jamais tant de nations diversés dé la chrétienté ne s'étaient alliées pour combattre l'ennemi perpétuel de leor foi , et le nom du chef Jean de Hunyady éclipse complètement celui des capitaines chrétiens dans les guerres précédentes contre les Tores. f)èS Hongrois, des Polonais, des Scrviens , des Valaques et des croisés allemands composaient l'armée qui , lè ?2 jufllet f 14431, se mit eü mouvement d'Ofèn, ét sous h conduite de Brahkovich, allié actif et éûtreprettant , frànchit le Dinùbe près dé »ifiendri Hunyady, avec douze mille cavaliers délite, entra en Sèrvié, et pénétra par krius^ovàz et Schehrkoï jusqu'à Nissa, ravageant tôut sor son passage, tandis que le roi vVIadislaus, accompagné du cardinal Julien , sûivait avec vingt mille hommes ä nne distance de dèùi journées (2). I.a première grande bataille fut livrée près de Nissa , sur la Morava , ef \éà défaits le plus fidèles se trouvent dans îè rapport arfrewé par régénérai lui-même cinq jôttrS âprè^àsoB collègue le wofoodé de TnmsyrVanîV, Nfcotes d'Uilat [3 novembre t4ft\. Trois IcoTofitfés1 forcfne^s conduites, la première. pal1 tià-Êég , fils (TEwrenoS, là secondé, pür inï6é$ inconnu, h <rolsiènfé par TârâChafl-fee#, attao^ièrént tm après l'autre , et furent succès^ véméfif r?pÔéf)ans îe corps* d'armée pempti se IrM-

(t; Ra'ona , tire de ftlößbäß , frtf , # 2ff, et Eo^ri, tttabïre <fê Öongrie , I. ni , p. 51 ; Bonflrfiun.de«'. rft, I. v, et Callimachus, de Fujjas Vamerial, p. 4% , Äftt.de Basic , p. 185'.

(2) Kru«8o?at oO AtawcfienV é< SeHenti-oï , dMft >* historiens ottomans; Néictrn, fof. im ; ScadeoMîn, Bt> tutti,!, n, p. 87, 1"

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