LIVRE XL
i champ de carnage de Warna, Murad regala bien vite ses délicieux jardins et son palais Magnesia. Le reste de cette habitation, où m ne voit plus que quelques pans de mutiles et de tristes cyprès, attire enc«re auurdhui (es regards des voyageurs, qui altriaent au vainqueur de Wladislaus les nombreux lifices dont Murad III et son épouse ont déïrt le séjour de prédilection de leur glorieux Kéire (l). Une maison de fous , un couvent de erwlschs, un bain, une cuisine pour les paures, une académie et un caravausi'rai , la mosaée du sultan , avec des coupoles et des tours iqs le meilleur st j le , la mosquée de la favorite äiasieki), celle de répouse(Lhalunije), sont des mdations du temps de Murad III (*2 ) ; mais il est
0 autre édifice plus ancien mémeque Murad II, esllatuusquéedel ancien prince de Ssaruchan, iluktschelebi. Le mausolée dans le voisinage es ruines du palais et des jardîus de Murad II, enferme les tombeaux de vingt-deux épouses t enfants avec lesquels Murad H et Murad III asserent les plus heureux instants de leur vie;
1 y eut toutefois cette différence entre les deux ulians, que le second s'abandonna sur le trône i toute la mullesse qu'inspire le ciel dlonie, andis que Murad 11 crut deux fois qu'il était de on devoir de quitter le sceptre s'il voulait reloncer aux soins du gouvernement et au tunuliedes armes pour s abandonner entièrement un douceurs du repos, et se livrer à l'attrait du )laisir. Mais ce sommeil de l'indolence, ce rêve le jouissances et de retraite épicurienne furent le courte durée. D'abord, il fut réveillé brusqueneot par le retentissement de la guerre étrangère; ensuite ce fut l'agitation d'un soulèvement nlérieur qui l'arracha a ses loisirs pour le rejeter sur le trône. A Andrinople un grand incenlie, dans lequel le marché fut dévoré, annonça e mécontentement des janitschares ; a grand peine le chef des eunuques put se dérober leur fureur , en s'échappant du palais neuf, pour * réfugier dans le vieux palais intérieur sous la protection du jeune sultan qu'il dominait. En Mite les janitschares quittèrent la ville, et au
U)Chaodler,l.i,c.80.
(2) DKhihaoïiumi , p. 636 , dit expressément que ce* Wifice» ne furent achevés que dau» l'auuee 1000 [10yi ] , im-a-di« *ou» Murad III.
grand effroi des habitants , ils se fortifièrent sur la colline de Butschul. L'augmentation de leur solde quotidienne d'un demi-aspre apaisa les janitschares , mais ne calma nullement les vesirs. Le grand vesir Chald, le beglerbeg Usghur et Ishak-Pascha, députèrent leur collègue Saridschc-Pascha à Magnésia, pour inviter Murad à ressaisir encore les rênes du gouvernement. Leur prière fut exaucée sans retard. Murad sentit bien que le bras de son fils de seize ans n'était pas encore assez vigoureux pour diriger cet empire agrandi par de récentes conquêtes , et il remonta pour la troisième fois sur le trône. Le jeune Mohammed changea de rôle et de résidence avec son père, et se rendit a Magnésia tandis que Murad revenait à Andrinople. Saganos- Pascha, qui avait eu la plus grande influence , fut envoyé à Balikesri pour y vivre dans la retraite, et Chalil-Pascha , re- c prit comme grand vesir le pouvoir illimité qu'il avait déjà exercé. C'est lui qui, sur l'avis de la inarche de l'armée hongroise, avait prié son ancien maître de se remettre à la tête des troupes ottomanes , et avait été au-devant de lui en Asie ; il eut encore la plus grande part à cet appel fait au sultan pour une troisième reprise de possession du trône. Ce double servie envers Murad et l'empire prenait un autre aspect aux yeux de l'héritier du trône envoyé A Magnésie, et laissa un ressentiment profond dans le cœur vindicatif et ambitieux du jeune prince qui deux fois dans l'espace d'une année n'avait touché au pouvoir suprême que pour le voir échapper à son étreinte (1) [1446].
Maintenant Murad ne devait plus déposer les rênes du gouvernement, ni remettre à d'autres la poursuite de ses plans de conquête. Son regard ne se détacha plus de la partie méridionale de l'ancien empire byzantin en Europe, du Péloponèse et de l'Albanie; c'est là que nous allons le voir exercer son action principale. L'empereur grec Jean, dont les excitations avaient provoqué la malheureuse campagne des croisés, avait néanmoins obtenu le renouvellement delà paix bit ntôl après le désastre de Warna (2); mais l'empire était alors limité aux dépen-
(1) Seadeddin, dau« Brat Ulli, I. n, p. l04;S§Olak»adt, fol. 44 ; Aali , Idris , Oulcoudyla* , I. vu.
(2) CbaJcondylai , l tu , p. 108.
dances de la capitale renfermées dans la longue murai Ik- d' Anasta.se, et le trajté fait avec l'empereur ne comprepait pas ses frères les despotes du Péloponèsç. Dans le partage fait entre les aeptfijs de Manuel. Théodore aftit été institué de^ppte oe Sparte (1); iusi*, après sa mort, il ayaif eq pour successeur sqn ppveu Théodore, flls d'Andrpiiicus, qui ensuite échangea la possession de ses domaines, avec son oncle Consfantifi , en sorte que Constantin, qui, dans le partage dç l'empire, vait obtenu les villes Sur les rives du Tout et de la Pippoptide, aujourd'hui fyiftiwJ ei Sili\yn, setrqpva maître de la d^potiç de Sparte, tandis que Théodore domina sur Selymbna Cqnsfipitju, qui devint plus lard le dernier empereur byzantin, à peine arrivé dans le Péloponèse, étendit sa domination tout autour de lui, et même au loin . bientôt il posséda presque toute la presqu'île, a, Texcep lion de la part de sqp frère Thomas, et au dehors il fil reconnaître sqn pouvoir pans la plus grande partie de la. fJéptie ?t de ^tftffit ; car ISeri Acciajuoli, duc d'Athènes, qui avait succédé a son parent I ainier dans la possession de l'Attique, avait formé une alliance avec Constantin , eu s'obligeant au payement d'up tribut annue| (3). Ainsi Constantin éjajt maître de Sparte, Corinthe et Pat ras dans je Péloponèse, et en outre de Thèbcs, des cantons des l.ocricus, et du Pinde alors hatyté par les Valaques. Cette extension de puissance avaH éle favorisée par la grande campagne de Huuvady: et lorsque, dans l'année sqiyanj e, Murad. descepdant du trône, eut regagné 1 Asie, Constantin fixa principale i eut m > î attention sur la défense de la presqu'île; il songea a fortifier l'fctbme qui unit le Péloponcse au, cqnt^ept o> la Grèce septentrionale, et qui, de $pn étendue, a p/is. le nom d'Ilexamilon (4). Çetle langue de terre, seul poiut de co m u un icatiou du continent avec la presqu'île, a été depuis les temps historiques du Péloponèsç l'objet principal de 1 attention de ceux qui voulaient lç couqu ér ir ou le déren dre ; Démétrius-Poliprceie*, JulefrCésar, Cali-
(1) Ducas, 1. xxiii, p. 74.
(2) Cbalcondylas , I vu , p. 207
(4) Mannen , l ix., p. 301 , Mêla , Pline.
gui a et Néron essayèrent de lt percer; la tat ive fut reconnue impraticable (1), et de elle ne fut plus renouvelée. Les Grecs élev les premiers une muraille contre Xercri toute la largeur de Fis ih me (2) ; Justinien blit cet quvrage qui était ruiné (3); enftn nuel, durant les courts instants fie repœ jouit l'empire byzantin sous le règne de lia m med (4), et Constantin, pendant la cam gne des Hongrois du côté de Warna, avaim achevé de fortifier cet abri (ô). Avec l'aide df son frère Thomas, qui poussa très-vivement travaux (6), Constantin avait élevé sur toute largeur de l'isthme une muraille de la de deux aunes, large de cinq aunes par cinq bastions et un fossé profond (7). nouvel ouvrage attira d'autant plus viven eut sultan; d'ailleurs il était excité par le begierte; de H um di , Tura-Chan, qui, vingt ans arrivant, avait forcé l'Uexamilon pour porter loin ses ravages, et par Neri, duc d'Athènes, rompant son alliance avec Constantin, hommage au sultan. Murad marcha centre Péloponèse avec l'armée d Europe et d'Asie s'était rassemblée à Serres; et à Thèbcs. il rada les troupes de Neri : puis il camps quelque» jm à Mingiœ, afin de mettre en bon état lescaao» et les autres instruments de siège Cousu*tin qui, avec son Frère Thomas et avec tout» la forces du P*Ioponè.se, s'était pprlé derrière a muraille nouvellement élevée, et ne voulait m* ter aucune représentation sur la supériorité à sultan, envoya den ■ ander que le sultan abandonnàt à sa domination les pays en deçà et au delà
rt) Straboo, l.i;?Un*,l. iy, p. 4;Pamapw,l »■ p. t ; Suétone , le, Ca^çs ,c^; CaliçuJft , c 2i> * ron , c. 19.
(2) Hérodote ,1. tih , p. 71.
(3) Procopius de :lA\i. que eue Mannen , 1. ut , f-X parle iculeoienl de la furuûçaliou de la CkertoniK** Tbrace , que Miipade avaii jadis, profé^ par uubwk main, outre Zozim , i , p. 29, l' h ranze«, i , c. 3^ttS de Basle , parle aussi des ouvrages de nèse.
(4J Phranzes , iUd., au 1415.
(Si Cbalcondylas , 1. vi , p. 99, et le se rapporte Ducas, an 1444, p. 199.
(6) Cbalcondylas , I. yi , p. 99. Opus iura vu acceruio fralre, L vu, p. UT6.
(7) Seadeddiu, dans Bxatuttji , U u , p.
(8) Cbalcondylas , I. TO, p. 106.
; 1 isthme, jadis possédas par l'empereur de l'zance. son frère. ^ $ft)ü te et- ut Chaleondy- \ l'Athénien, m sou Vf ni cite dans eel c |hs-
• \j\fH sa réclamation étafj \wu inopporlueüaüs la situation des choses. Murad châtia jr lui l'orgueil de son inaître, et le lit arrêter à erres, ainsi qu'il avait ordonné quelques ante« auparavant de se saisir du pire de phajaadylas. qui, après la mort de Haiuier, avait
envoyé eu message par la veuve dé ce duc liprès de la Porte. Murad, dont l'armée selesil à soixante mille nommes (2), prit avec lui v ; (lie guerrjersd e|ife, et sortit de sou camp ■ Miu;;iu? pour aller reconnaître PO persoune :s préparatifs de défense de l'isthme. 11 se tint uclques jours dans la même position, attenant la reddition de Constantin; et voyant se Bp^r cette espérance que lui avait inspirée lhau,ildev int furicuxcontrecc beglei Itej; |ui l'ayaif poussé à entreprendre la campagne eu (Je. I hiver, tandis que lui-nièmc a v ai t uulu la différer jusqu'à l'éié\3 . Alors il revint vet les canojis et les machines de siège, et
üiia sa tente au milieu de l'isth i e. ou une
iceiutc de pins entourait le théâtre consac ré iciix islhuiiqi|es. Au lieu même où les chars ; \ villes grecques disputaient le prix dans la carrière en l'honneur de Meplune i , les ruade sjége ! rainées sur des roues, et les
liions batlirenj en brèche la muraille, ebrauant la terre sous leur poids et leur fracas- Le eu ')«• l'arti lerie dura trois jours; le soir du ème [3 décembre des feux uom-
reux huent allumés dans le camp des Turcs. }ui poussèrent leur cri de guerre, annonçant
••: il tue .i trois jours de |a p . Le malindu matrièuuj jour , c'esi-a-dire le septième du Il- trompettes et les timbales, les fi 1res et le* tambours donnèrent le signal de l'assaut.
: fil jouer des mines, on appliqua des échcll c janibcharc Un'sr, le même peut-être ; cqqpé la tele du roi \\ ladislaus à la
(|) Cbalcondyla» , p. 10«.
Bj Qnuincon, Adcalccm duce, p. |fly.
I balrondi l.s. 1. vu . p. 1U7.
1 UHU Hexet prregrîni (les janlttchani) Unbant m medto , kihmi, 108. La même était le lieu des jtux iuhmiquet. Pautaniat, Li, p. 2 ; ttntaO ,U vor, Minoert , 1. u, p. 363.
(5) CtulcoDdylas.l. th.