‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 114 sur 297 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

marché, les oreilles bouchées, et les ouvrait tout à coup; les premiers mots qui venaient les frapper étaient pour lui la sentence de la divinité( 1 ). A la place du miroir divinatoire s'élève aujourd'hui l'église de Saint-André, et l'école placée sous la protection du même saint n'est pas loin de l'ancien temple de Cy bêle et d'Atys. Les malades courent en foule s'abreuver dans les Hols de l'ancienne source de Cérès, pour obtenir la santé, grâce a la médiation de saint André ; et et ux qui l'ont recouvrée en demandent la conservation par le même moyen ('!'). Les traces de { hippodrome subsistent encore (3) ; mais tout vestige a disparu du théâtre et de l'Odéon, qui surpassaient tous les autres monuments de ce g. nredans la Grèce, à l'exception de ceux d Athènes, élevés par Hérode At ticus (4). La croyance à lous ces oracles s'est évanouie devant la légende de saint André, qui est resté seul en possession du patronage de la ville.

Lorsque, vers le commencement du vine siècle, les Slaves inondèrent le Péloponèse, qu'agissant de concert avec des Sarrasins africains, ils assiégèrent Fatras, le premier martyr parut à la tête des combattants pour la délivrance de la place. La citadelle placée sur le sommet de la montagne, qui jadis était appelée Panachaicos, portait dans les derniers temps de l'empire byzantin le nom de Nouveau-Patras, et passait pour imprenable. Dans la division de l'empire byzantin, après la conquête de Constanlinople par IcsFrancs, Patras était échue aux Vénitiens; elle ne leur avait été arrachée que tout récemment par le despote Constantin, qui, par cette conquête, avait agrandi et fortifié sa dominalion. Douze ans auparavant, alors que Constantin en faisait le siège, Murad lui avait adressé un message pour qu'il s'abstint de cette entreprise, attendu que Patras voulait être tributaire de la Porte. Constantin gagna l'envoyé par des présents, et répondit que les habitants de Patras étant disposés à livrer la place aux Catalans, H agissait dans l'intérêt de son frère le sultan, s'il empêchait que cette ville, située au mi-

di Pausaoias, l. tu.

(ï> Ibid., Spoo, I. ii, p. tO; P 5M.

3) Spon, I. h, p.».

(*) Pauaanias , l. vu

TOM. |

Pouqucville, 1. m ,

lieu de sa despolic, uc tombât entre les mains de leurs ennemis communs. Mais bientôt après v inrent deux députés, l'un du sultan, et l'autre de Turachan, avec l'injonction d'abandonner Patras : « Ce magistral, dit le despote, en montrant un de ses archontes, va se rendre aussitôt auprès de mon frère le grand sultan, afin de prendre ses ordres. » L'archonte, qu'il désignait ainsi du doigt, était alors son chambellan Georges Phranzes, qui, après a\oir vu sa famille soumise à tous les outrages de la barbarie turque, se mil dans un couvent de Corfou à décrire les malheurs de son temps; jusqu'à la tin de son ouvrage, il nous servira d'autorité comme témoin oculaire et narrateur fidèle des événements exclusivement relatifs aux Grecs, si I on excepte quelques altérations de faits appartenant aux Turcs.

Phranzeset Marc Paléologue se rendirent auprès du gr.md vesir lbrahim-Pascha, puis auprès du sultan ; mais il leur fut enjoint de restituer Patras à son ancien possesseur, et un envoyé de Murad les accompagna pour insister sur l'exécution de cet ordre : tout cela se passait avant la prise de Thessalonique par Murad. Aprèscet événement , lorsque Turachan se trouvait devant Thèbes, Phranzes fut envoyé pour la seconde fois, par Constantin, comme ambassadeur auprès du général turc, pour faire valoir les droits de son maître sur Athènes et Thèbes. Le beglerbcg le reçut de la manière la plus artificieuse, lui présenta ses fils, et lui jura que s'il avait su tout cela auparavant, en raison de ses anciennes relations avec Phranzes, et par amour pour son maître le despote, il n'aurait pas opéré ce mouvement qu'il avait entrepris sans Tordre du sultan ; qu'il n'aurait pas manqué de prétexte légitime pour rester dans ses quartiers; mais que maintenant il était trop tard. Ainsi, Phranzes rev int de sa seconde ambassade comme de la première, sans avoir rien obtenu. 11 fut encore chargé d'autres missions relatives à des négociations sur la succession au trône de Byzance. Lorsque l'empereur Jean appela ses frères Théodore et Démétrius à Constanlinople, afin de s'entendre avec eux sur cette question, Phranzes fut envoyé par Constantin auprès du sultan; et trois ans après, quand Démétrius, soutenu par des troupes turques, menaça d'assiéger Byzance, Phranzes fut chargé d'une tri-

tî

pic mission de Constantin, auprès de son frère bord cette campagne, en intervertissant l'orèl

Démétrius, auprès de l'empereur Jean, et auprès du sultan. Enfin, immédiatement avant l'ouverture de la dernière campagne des Hongrois, ce négociateur parut encore pour conférer alternativement avec 1 amiral vénitien Loredano, avec l'empereur, le roi de Hongrie et le sultan ; mais au moment de son arrivée A Constantinople en novembre, la nouvelle du désastre de Warna rendait inutile la mission qui lui restail à remplir auprès du roi demeuré sur le champ de bataille, et du sultan triomphant. D'ailleurs, toute son agitation, tous ses mouvements, toutes ses tentatives sur l'esprit de Murad et de Turachan n'avaient point emièchéle beglerb» g de prendre Thèbes, ni le sultan de renverser les fortificat ions de l'hthme ; et à l'incendie de Corinthe succéda bienôt la dévastation de Patras. La plus grande partie des habitants s'étaient enfuis ; mais il en restait encore quatre mille : ceux-ci payèrent de la liberté leur stupide confiance dans le vainqueur, Lcsjanitschares minèrent les murs de la citadelle, du haut desquels les Grecs versèrent des flots de poix fondue ; les assiégés remplirent les brèches et se fortifièrent de nouveau; lorsqu'en uite Turcahan arriva avec toute l'armée chargée de butin, Murad leva le siège et conclut avec Constantin un traité en vertu duquel to t lePéloponèse devait être iributairedesTurcs(l). Soixante mille habitants de la province furent entraînés commeesclavcs (2). Gmstantin, comme despote de Sparte, et son frèreThoinas, comme despote d'Achale, pa\èrent une capital ion pour tous les sujets qu'on voulut bien leur laisser. Bientôt après, le tribut annuel des Ragusaiu* fut élevé de 600 â 1,000 ducats, parce que ces républicains avaient eu l'audace d'envoyer deux galères se réunir à la flotte des croisés (3).

Au printemps de l'année suivante [1-447], Murad poossa son armée contre l'Albanie; comme dix-huit mois auparavant il avait été rappelé de ces contrées, e( que la guerre d'Albanie n'avait été suspendue que par une expédition des Hongrois, nous placerons ici d a-

(1Î Cbalcondyla*, |. th. p. 109.

(2) Ducat, xxxn, p. 125, et Lbronicon , p. 109.

(3) Engel, Histoire de Raguse, p. 171 ; Gebbardi, Histoire de Racuse, p. 535, an 1445.

des faits, afin de reprendre ensuite le récit principal pour ne plus 1 interro i'pre.

Hunyady se mi! à la tète de l'armée la pis belle et la mieux disciplinée que la Hongrie eu encore levée, comprenant plus de vingl-qoami mille hommes, dont huit mille Valaques, m Dan, institué woiwode de Valachie à la plt? de Drakul, et deux mille arquebusiemltawi* et bohémiens; avec cette force, franchi*» le Danube à l'enJroit du pont de Trajanp de Saint-Severin (1), il envahit la Servie, qœ fut traitée en ennemie, parce que le despote, fidèle à son traité avec Murad, avait reroséle* auxiliaires qu'on lui demandait. Dans la ptav de Kossova. illustrée depuis cinquanle-nenfa* par la victoire de Murad 1er, et par sa mort m le couteau de Michel Kobilovich, Hunyady * retrancha au milieu du mois d'octobre (2). Limée de Murad, forte de cent cinquante mût hommes (3), employa trois jours au passage dt laSitniza, qui traverse le milieu delà plaine.ii lieu d'attendre derrière ses retranchement» te secours des Albanais, Hunyady se laissa entraîner hors de son camp, et marcha au-devant* l'ennemi, près du village de Brod, an ddi* la Sitniza. Une vieille Serblienne lui prédit « défaite, en gémissant et lui étalant les troupe innombrables de l'ennemi, qui avaient mistw jours a passer la Sitniza, tandis que l'ara» hongroise avait accompli ce mouvement eo «* journée (4). Murad envoya huit dépotes offrir encore une fois la paix, mais Hunyady refis de les entendre.

La veille de saint Luc [17 octobre 1448 M deux armées prirent leurs positrons. LtsTbtc? se rangèrent suivant leur ordre de bataille accoutumé : à droite, les Européens; à gables Asiatiques; au milieu, les jaiiitscham dfvant lesquels un fossé d'abord, puis les dumeaux. et ensuite les boucliers fixés en tem formaient une triple ligne de défense A ù

(1) Tbnrocz , t. iv , c. 46. D'apre* Bonfinîui, dfr.fl I. vu, p. 470, une partie pawa au-desvou» 4e \eàn^ cbiire de la Morava, près de Kobi.

(2> Thunx z, dan» Kaior a , I. xni , p. 613; hud dann S b wandt oer, t. u , p. 57.

v3, Selon ( h<d< ondyla* , il n'y aurait eo que t*8 mille homme*. C'est une erreur du copiste.

(4) fioufiuius , dec. m , I. vii , p. 471.

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