‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 124 sur 297 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Kntre le port Théodose (Wlangabostan) et le Kyclobion (les Scpt-Tours ) était situé le palais Psatual la (1), contre la porte qui porte encore aujourd'hui 1- même nom.

Sur le coté qui regarde la mer, depuis la pointedusérailjusqu'auquartierdesBIachernes, quatorze portes s'ouvrent aujourd'hui sur le port : cinq seulement figurent dans 1 histoire du siège : 1° la porte du Kynegion (*2); 2° la Xyloporte , ou porte de Bois; 3° la grande porte du palais des Blachernes ; 4° la por; e de Petra, dans le Faroar actuel , ou quartier des Grecs; 5" enfin la porte d'Ora a, aujourd nui dite porte des Juifs ou du Marché au* Poissons. Près de la partie inférieure du palais des Blachernes se trouvâ t une sortie souterraine, Ccrcoporla, ou porte du Cirque ; mais Isaac Comnène Pavait fa:t murer afin de prévenir l'accomplissement d'une prédiction annonçant que l'empereur Frédéric pénétrerait par-là dans la ville (3); le passade ne fait qu'une seule et même chose avec la porte de Bois.

Si nous nous abstenons de nommer les autres points de cette partie regardant la mer, nous devons suivre pas â pas le côté de la terre , car c'est là que se portèrent surtout les efforts des assaillants, et chaque point est signalé dans le sié^e. La première porte, sur celte ligne, s'appelait Chars as, et aussi Caligaria, nom que les Turcs ont altéré à leur manière pour lui donner un sens dans leur langue, et dont ils ont fa:t fcgrï-Kapu ( la porte courbée ) (4). On la nomme encore la porte des Bulgares; on aurait pu aussi bien l'appeler la porte des Allemands, car l'histoire byzantine cite deux Allemands auxquels la défense en fut confiée, ArnulphGilprccht (5,\ au temps de Comnène, et Jean Graui ((>;. sous le dernier Constantin. Venait ensuite la porte Mrriandri ou Pol yandri , parce que , à l'époque de la construction des murailles , les deux troupes d'ouvriers qui avaient commencé leurs travaux, l'une à l'extrémité de droite, ou des Bla-

(1) Pbranzes , I. m , c 3 , p. 56.

(2j Aujourd'hui Haiwan itérai Kaposi, e'est-â-dire U porte du palais de» auimaus.

(3) KicetM Cbooiates , I. u , p. 4.

'J) Coottaotiuople elle Bosphore, L i, p. 106;daus Léonard de Cbios , Caligaria.

(5) Anne Comnène , L n , p. 3.

[9) Johann» fjraodt alimtoi ( Uoa. Chiens. ).

ehernes, l'autre àl'extrémitéde gauche, prèsdes Scpt-Tours, avaient fini par se rencontrer tous ensemble et par milliers sur ce point. Déjà, lorsque les Turcs vinrent assiéger la ville, un combat acharné s'était livré entre cette porte et la plus voisine (1); mais cette fois, les principales attaques des Turcs se portèrent près de la troisième porte, celle de Saint-Romanus, qui , de l'énorme canon pointé contre elle, a reçu le nom de Top- Kapusi ( porte du canon ), qui lui est resté. Elle élait flanquée des deux tours de Saint-Romanus et de Bagdad (2). Venait ensuite la porte conduisant au palais des Sources ( aujourd'hui Baliklu }, puis par Bhegium ( Tschekmedsche ) à Selymbria (Silivrî),et dont le nom indique cette triple destination; aujourd'hui on ne l'appelle plus que la porte de Selymbria, ou plutôt de Silivri. Enfin la cinquième est la porte d'Or , par laquelle entraient les triomphateurs, et qui était ornée de statues et de bas-reliefs en marbre. Divers triomphes se dirigèrent de l'Acropolis par l'hippodrome pour se rendre à la grande église (Aja-Sofia); ainsi le triomphe sur les Vandales, dans lequrl furent portés devant Bélisaire les vases d'or pillés à Rome par Genseric, et repris à Gelimer, celui de l'eunuque Narsès sur les Goths, celui d'Héraclius sur les Perses , celui de Jean Comnène pour célébrer ses victoires sur les Pannonienset les Dalmates; néanmoins la plupart des triomphateurs passaient sous la porte d'Or, et suivaient directement la grande rue qui traverse la ville pour gagner la porte d'à rai n du grand palais. Il en fut ain- i pour les quatre triomphes sur les Bulgares : d'Héraclius , de Jean Tscimisces , INieéphorr Phocas, et de Basile; et pour celui de Théophile sur les Sarrasins, à son retour de Tursus et de Mopsuesta. Bientôt npres le triomphe du grand exterminateur des Bulgares, Basile, la porte d'Or fut murée, de crainte de l'accomplissement des prophéties qui annonçaient l'entrée des Latins dans la ville par ce passage (3). Le même motif fit murer, à l'extré-

(1) Constantinople et le Bosphore , 1. 1 , p. 107 ; Codi* nus , Cbronlcon , Pascal« in Heraclio.

(2) Tunis Bactatinca ( Leon. Chiens.); Gonsuiitiuople et le Bosphore , I i , p. 210.

(3) Radulphus de dicelo; Mathieu Paris; Rogerushoredenus, dans Ducaoge; CoosUntinopolis christ., 1. 1,* p. 363.

mité opposée, le passage souterrain du Cirque (1); mais, dans le siège, comme nous le verrons , il fut rouvert , et ce fut par-là que se précipitèrent , non pas les Latins et l'empereur Frédéric , mais les Turcs. Quant à la porte d'Or, elle demeura fermée, et la prophétie se répète encore; seulement le changement des possesseurs de la ville en a introduit dans les rôles, et , selon la croyance maintenant adoptée par les Turcs , la porte d'Or, qui vit si souvent les triomphes des empereurs adorateurs du Christ, livrera passage aux chrétiens, qui rentreront un jour en vainqueurs dans la ville de Constantin rendue à la religion de leurs pères.

Il se répandait encore d'autres prédictions de diverses espèces ; elles concernaient les destinées de la capitale , ou de l'empire tout entier, des Paléologucs , ou de toute la chrétienté. Nousne parlerons pas des paroles vagues tirées de l'Écriture , et qui sont lancées à l'avance pour enflammer l'ardeur des conquérants et abattre les assiégés, ni de ces passages des prophètes commentés après l'événement pour annoncer le châtiment d'offcn<es trop nombreuses, ou pleurer ensuite de profondes misères ; nous ne citerons pas les lamentations dlsaïe (2), d'Ézéehiel, d'Amos et Jérémie, appliquées par l'historien Ducas aux désolations de la conquête. Relativement â la ville, une prophétie annonçait que l'ennemi pénétrerait jusqu'au milieu de son enceinte, jusqu'à la place du Taureau (3), mais que là les habitants poursuivis se retourneraient , le repousseraient vaillamment , et conserveraient la cité (4). Un saint homme, du nom de Morenus, annonçait aussi qu'un peuple armé de flèches devait s'emparer du port de Constantinople, et qu'il exterminerait les Grecs. Il y avait ainsi contradiction entre ces deux prédictions , dont l'une menaçait du plus grand danger, tandis que, suivant l'autre, la nation serait enveloppée dans une entière destruction. Mats la première était la seule de cette espèce, et elle était étouffée par toutes les voixsurnatu-

(1) Wilken , Histoire dm croisades, it liv.,p. 78,d'apreaGodefr. Mnnatua ; Ducas, I. xxxvn, et Cautacuzene ,1. m , p. 48 ei I. iv , p. 28.

(2) Ducas, I. xxxtii , p. I4tf, 164 et 165.

(3) Forum tauri. h'oy. Cooatantinople et le Bosphore, .i,p. 170.

(4) Chalcondylas, i , un , édit. de Baale , p. 124.

relies qui proclamaient la fia de la ville , < l'empire et de la maison régnante. Au reste, 1 paroles du pieux Morenus étaient bien vague elles pouvaient s'appliquer aux Arabes, ai Persans, aux Turcs, aux Slaves, aui Bulgare aux Avares , même aux Francs, aux Latins • Grecs, en un mot à tous les peuples port» des arcs, qui vinrent mettre le siège devat Constantinople. Quant à l'empire, il était que tîon d'une prédiction attribuée à Léon le Sag« mais trouvée tout récemment dans le couve) de Saint-Georges, près de l'arsenal, à la potn du sérail. C'étaient deux tablettes, divisées < plusieurs colonnes, dont l'une contenait la s> rie des empereurs, et l'autre celle des patria ches depuis Léon ; mais à chaque série mat quait le nom du dernier empereur et celui c dernier patriarche. Dans les oracles attribués la sybille d'Érythréc, on lisait encore la ruii desGrecs. La troisième classede prophéties, q désignait directement la maison des Paléol gues, avait fixé à sa domination les mêmes I mites qu'à la dynastie des Ottomans , comn Michel Paléologue et Osman s'étaient sais presque au même moment, l'un du trône d Comnènes, l'autre de celui des SeldscbuL leurs descendants devaient en être précipit en même temps. On racontait que Michel, aya consulté un devin sur la destinée de Tempi entre les mains de ses héritiers, n'avait obten pour toute réponse, que le root marnai mi ; et signifiait, selon les interprètes, que le trônes rait occupé successivement par autant de s descendants que le mot renfermait de lettre d'où l'on concluait la fin de la souveraineté da leur famille par le septième Paléologue , qui r gnait en même temps que le septième Ottoma Enfin, sur les dangers dont les Turcs men caient la chrétienté tout entière , des paroi sinistres se répandaient, acquérant chaque jo plus de crédit ; c'est Hunyady qui les aur. entendues de la bouche d'un vieillard , après perte de la bataille de Kossova : c Les chi tiens , disait ce prophète, pour consoler le b ros qui se plaignait de sa défaite , les chrétie ne subiront que désastres tant que les Grecs i seront pas entièrement exterminés. Pourmett fin aux revers des chrétiens, il est nécessai que Constantinople soit détruite par les Turc Toutes ces prophéties , annonçant la ruine à

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