XII
rempli de bois et de Éascines pour eombler le fossé; du sommet de la machine s'abaissaient des ponts levis par lesquels on pouvait gagner de plain-pied les tours de la ville.
Toutes les forces de l'armée turque réunies devant Constantinople s'élevaient a deux cent cinquante mille hommes ; cent mille cavalière étaient rangés sur les derrières du camp; cent mille guerriers étaient postèsà l'aile droite, détendant jusqu'à la porte d'Or, et riuquantemille â la gauche, gagnant le palais des B'acherne*. Le sultan se tenait au centre, avec quinze mille janitschares (1); Sagano- Pascha, avec quelques m»IIiersd hommes, occupait la hauteur derrière Galata, et les autres élévations eu face dn port (2). La flotte que le commandant Baltaoghli, renégat bulgare, avait équipée dans la baie du Bosphore, appelée encore aujourd'hui port de Baltaoghli, se composait de dix-huit galères à trois rangs de rames, de quarante-huit a deux rangs, de vingt-cinq transports, et de plut de trois cents petits bâtiments (3) ; en tout, quatre cent vingt voiles- Ainsi, les assiégeant» avaient vingt fois plus de forces que les ass égés ; Par» deur des Turcs pour attaquer était au-dessus de toute comparaison avec la résolution des Grecs à se défendre.
Le nombre de* Grecs sons les armes, d'après un état dressé par le protovestiaire Phranzes pendant le siège, sur l'ordre de l'empereur, ne dépassait pas quatre mille neuf cent soixantetreize (6). 11 faut y joindre deux mi le étrangers, et trois ou cinq cents Génois, soua les ordres de Jean Longus, de la noble famille Giustiniani, envoyés sur deux galères comme dernier appui à l'empire croulant. L'empereur se montra très-reconnaissant envers ces auxiliaires, et les combla de présents; il nomma l'actif tangus protostator, c'est-à-dire général de troia cents hommes (7;, et lui fit délivrer une bulle d'or , par laquelle lui était concédée l'Ile de
(t) Leonardos Chien»».
(2) Cbalcoudylas, I. vm, et Phranzes, I. m, c. 3,
(3) Pbranzes, p. 53 , édit. d'ÀJter.
(4) Ducat, p. 150.
(5) Phranzes , I. m , c. 3 , p. 52.
(fi) Le même, p. 54, dit trais am homme»; 0wn , p. 149 , dit cinq cents.
(7) Pbraniw, p. 54.
Lemnos, dans le cas où Mohammed serait forcé de lever le siège , ainsi qu'il était arrivé à son père Murad (1). Non-seulement les Grecs se flattaient de ce succès, mais encore les Génois, matlresdeGalata,qui,à la vérité, avaient adressé des envoyés à Mohammed, promettant, en vertu des traités écrits, de maintenir l'état de paix et d'amitié, mais qui en même temps prêtaient aux habitants de Constant inople tous les secours possibles. Mohammed s'en aperçut, et jura d'écraser le serpent, aussitôt qu'il aurait tué le dragon (2). Le baile vénitien retint, pour la défense de la ville, les bâtiments des nations qui faisaient voile de la mer Noire, venant de Tanais (Assov) et de Trébizonde (3); ainsi, les forces maritimes, dans le port, se composaient de trois vaisseaux génois, un espagnol, un français, quatre de Candie, deux de Kydonia, et de trois grands bâtiments de commerce vénitiens, appelés galéasses; en tout, quatorze voiles (4). L'on n'était pas mieux pourvu d'artillerie ; les assiégés ne devaient pas regretter de ne pouvoir opposer au canon monstre une pièce de même calibre; car leurs canons de cent cinquante quintaux étaient encore trop pesants pour les murailles de la ville, qui étaient ébranlées à chaque décharge, en sorte que de telles armes étaient plus funestes a ceux qui s'en servaient qu'aux assiégeants contre lesquels elles étaient dirigées. [Néanmoins, lorsque la plus forte de leur pièce éclata, les Grecs, furieux contre l'artificier, voulaient le pendre comme ayant été corrompu par .Mohammed; néanmoins, faute de preuves suffisantes, ils le mirent en liberté (5). Ils comblaient avec la plus grande rapidité les brèches, la nuit, avec du bois et des tonneaux pleins de terre, et délogeaient les mineurs au moyen du feu. Si l'artillerie turque avait reçu une direction plus habile des Hongrois, le feu grégeois fut lancé suivant de meilleures combinaisons de l'Allemand Jean Graut (6), et l'artificier allemand, comme ami des Grecs, luttait contre l'auxiliaire hongrois des Turcs. Au
(1) DUCM , I. XXXT11I , p. 150.
(2) /Md., p. 15t.
(3) Ibid., p. 149.
(4) Phrinie», I. ni , p. 52.
(5) Chakoudyla* , t. Tin.
(6) Leouardus Chiens» et Pbranzes , p. 54.
moyen de ces flammes liquides, les assiégés parvinrent à incendier la grande machine recouverte d'un triple vêtement de cuir, et qui, pendant la nuit, avait renversé la tour de Saint-R<> manus; Mohammed jura par tous les prophètes qu'il n'aurait jamais cru que les mécréants puisent en une seule nuit accomplir de si grandn choses.
Le 16 avril [1453], la flotte turque, forte de quatre cents voiles , sortie de la baie de Phid;lia, était descendue vers l'embouchure méridionale du Bosphore, et avait jeté l'ancre du ai' du rivage européen , près de la double cotaw (aujourd'hui Beschiktasch) (1); quelques jours après, parurent dans la Propontide un vaisseau impérial et quatre bâtiments génois, qui aviiect été retenus à Chios tout le mois de mars, et qa profitaient du premier vent du sud pour y transporter en ces parages. Une division de ii flotte turque , forte décent voiles (2) , se p»:i immmédiatement en avant du port , pour ra défendre l'entrée aux cinq bâtiments. Le cid était serein, la mer tranquille, les murailles it la ville se couvrirent de spectateurs, et le saha à cheval contemplait du rivage européen 1« apprèls d'un combat naval , dans lequel le norcbre de ses vaisseaux, trente fois plus cons&< rable que celui des ennemis, lui assurait la vit toire; mais dans son escadre il n'y avait <\v dix-huit galères, dont les équipages étaient formés de soldats sans expérience. Du haut dn vaisseaux chrétiens tombait une grêle de AS ches, une pluie de feu sur les bâtiments tum. dont les bords étaient beaucoup plus bas , « qui, malgré ce désavantage, voulurent seœprer du vaisseau impérial. I>es pots , remplis « matières enflammées, mettent le feu aux agr* des assaillants ; des masses de pierre tombent lourdement , les coulent bas. Flectanella (3). le capitaine impérial, combattait à l'avant conw un lion; les Génois Cataneo, Novarra et Balineri, ne se montraient pas moins redoutable. La mer était couverte de traits qui gênaient Ii
(1) Pbranze« , I. ut , c. 3 , p. 53.
(2) Selon Ducas , p. 151 , il y en avait trois cent 004 mais seulement cent cinquante, d'après Phraom, qe> mérite plut de confiance comme témoin occulairt.« aussi en raison de sa modération.
'3) Isidoras Cbiensis , et Pbranze» , p. 55.