LIVRE XII
lanœuvre des autres bâtiments tares ; plusieurs aigres s'ouvrirent en se heurtant; il y en eut eux qui s'enflammèrent. Alors Mohammed ne at plus maître de lui-même. Oubliant l'éloimement, l'élément et sa propre dignité, écunant de rage, il enfonce les éperons dans les lancs de son cheval , et s'élance au milieu des ots pour gagner la flotte et arracher la vicoire aux Grecs. Les grands qui l'entourent se recipitent après lui avec leurs chevaux, pour t teindre l'escadre qui n'était pas à la distance l'un jet de pierre (1). Les marins, humiliés, efrayés, renouvellent l'attaque avec une grande rdenr, mais sans plus de succès. A la faveur Tun vent frais qui s'éleva, les cinq vaisseaux hréiiens pénétrèrent à travers la flotte nom- >reuse des Turcs, et entrèrent à pleines voiles lans le port, qui fut fermé derrière eux au noyen de la chaîne de fer, tendue depuis la •orte da Marché au poisson de Galata jusqu'à a porte du même nom de Constantinople (2). a perte des Turcs fut grande, et leur honte ?lus grande encore. Mohammed, furieux contre Baltaoghli, à la lâcheté duquel il attribuait la débite, voulait le faire empaler ; il ne lui fit grâce le la vie que sur les instances de ses janits- *hares; toutefois il voulut exercer en personne <a vengeance sur lui. Quatre esclaves tinrent tendu l'amiral par terre, et le sultan lui-même m appliqua cent coups de sa lourde massue (3), loi lui firent autant de blessures. Un des Asa- **, avec une pierre, lui brisa la joue et lui aracha l'œil. C'est ainsi que l'on céda aux prières I« janitschares , et que la vie fut accordée au enégat bulgare. Dès lors et après le désastre la premier amiral de l'empire ottoman prit laissance cette opinion, accréditée depuis chez « Turcs, que Dieu leur avait donné l'empire le la terre, mais qu'il avait laissé celui de la mer infidèles (4). Les assiégés ayant reçu d'une WDiere inespérée des secours et des vivres en lêpit de tous les obstacles, le grand vesir Cha- •l-Pascha, gagné en effet par les Grecs ou déennioé par conviction pour la conservation de
0) Phrajuw,p.55 (2) Docm, p. 151.
0J Ut cinq cent* Htto que le texte donne à cette M«iei om été corrigées parBullialdus, et réduite» à cinq. WDocmJ.xxxtui, p. 152.
Constantinople et le rétablissement de la paix, pensa que c'était le moment le plus favorable pour pousser le sultan à ce parti. Mais son opinion était combattue par le second vesir, beau-frère et favori du sultan , Saganos-Pascha; par le molla Mohammed - Kurani , qui avait élevé le sultan , et par le scheich Akschemscddin, qui enflammait les troupes par ses prédictions (1). Dans un diwan tenu après le combat naval, ils se prononcèrent tous pour la continuation du siège; mais, lorsque le sultan leur demanda quels moyens on emploierait pour rompre la chatne du port , comment, malgré cet obstacle, on pourrait pénétrer dans le port , et comment on pourrait attaquer de deux côtés la ville, qui jusqu'alors n'avait été pressée que sur un point, ils restèrent muets. Alors le sultan trancha la difficulté par une résolution audacieuse. Cet esprit téméraire, qui l'avait emporté à cheval dans la mer, lui suggéra l'idée de faire traverser la terre ferme à des vaisseaux. Cette idée lui est-elle propre, ainsi que les historiens ottomans le soutiennent? Jaillit-elle toute conçue de son cerveau ? C'est ce qu'il est difficile de croire. Probablement des entreprises de ce genre, faites dans l'antiquité et même dans des temps très-rapprochés , ne lui étaient pas inconnues, et il appliqua des exemples antérieurs à la circonstance présente. Sans rapporter des faits appartenant à l'antiquité et aux premières époques du moyen âge , dans le dixième siècle, le patricien Nicetas fit franchir à sa flotte l'isthme du Péloponèse de l'est a l'ouest, et battit ensuite les troupes crétoises près de Methone et de Pylos. Ainsi firent les croisés, lorsqu'au siège de Nicée ils traînèrent leurs vaisseaux de Kios sur le golfe Ascanius jusqu'au lac de Nicée, parcourant une distance de trois lieues (1), ce qui parut une chose inouïe aux historiens contemporains des croisades, et provoqua en eux la même admiration que l'entreprise de Mohammed sur les écrivains ottomans; mais tout récemment, quatorze ans avant Mohammed, les Vénitiens avaient pris le même parti pour transporter leur flotte de l'Adige dans le lac de Garda, et, selon Léonard de
(1) Seadeddin, I. n , p. 137; Netcfarî , Idris, Aali, Stolakude.
<î) Albert d'Aix.
Chios, c'est cette circonstance qui aurait donné au sultan l'idée (1) de transporter sa flotte par terre du Bosphore, où elle était à l'ancre devant Diplonkion (Beschiktasch), dans l'intérieur même du port. La distance n'est guère que de deux petites lieues; mais le terrain est inégal et ondulé. Mohammed fit établir sur cet espace une espèce de chemin de planches, qui furent frottées de graisse de bœuf cl de bélier, pour faire glisser plus facilement les vaisseaux. Soixante-douze galères à deux rangs de rames et quelques autres à trois et cinq rangs furent mises en mouvement , et , dans l'espace d'une nuit, à travers vallées et collines, e!les se trouvèrent transportées du rivage du Bosphore dans le port; chaque bâtiment à deux rangs de rames portait le capitaine à l'arrière et le pilote à lavant; le» voiles étaient déployées, afin de profiter du vent. Les tamlours battaient, les trompettes sonnaient, et le jour, en se levant, découvrit aux assiégés stupéfaits, en face des murailles, appuyée à la mer, une flotte turque de plus de soixante-dix voiles, qui semblait être descendue d'en haut et d'un seul coup dans leur port.
Jean Giustiniani résolut aussitôt d'incendier la flotte ennemie dans la nuit suivante; mais le projet fut trahi aux Turcs par les Génois de Oalata (2), qui, durant tout le siège, en affectant de beaux semblants de fidélité, se montrèrent perfides envers les d ux partis. Tandis que dans la nuit ils faisaient passer des secours secrets aux Grecs, ils sera louaient le jour dans le camp des musulmans, et fournirent la grande quantité d'huile dooi les Tun* avaient besoin (3) pour nettoyer le gros canon après chaque décharge, espérant ainsi l'empêcher de se fendre et d'éclater (4). Quand Giustiniani s'approcha de la flotte ennemie au milieu des ténèbres, les Turcs, qui avaient épié ce moment , firent une décharge sur son vaisseau, qui fut percé par les boulets, et s'enfonça avec cent cinquante jeunes guerriers italiens d'élite qui le montaient. GiusJniahi se sauva avec peine et sai>i d'effroi, et les Turcs poussèrent un
(1) Uon. CWeniis.
(2) Ducas , 1. xxxviii , p. 156.
(3) Ibid., p. 155.
(4) Ibid., p. 154.
grand cri de victoire, qui fut répété par le* nvages de la mer et les sept collines de la t% Quand le jour parut, les Turcs eurent la mi* faction de faire un second essai du jeu de lr& artillerie, et cette fois ce ne fut pas sur un tuseau grec, mais bien sur un bâtiment géoou richement chargé, qui était à l'ancre devant (* lata. Us visèrent juste, et le vaisseau voU a éclats. Les colons de Galata se plaignirent p des députés d'une telle récompense donotti leur secours sans lequel la Sotte de quatnvingts voil s n'aurait jamais pu être transporté par terre dans le port ; mais les vesirs sewsèrenl en disant qu'on avait cru que ce liment appartenait aux ennemis, et que diüleurs toute indemnité devait être accordée ajrt la prise de la ville. Les prisonniers que 1» Turcs avaient faits dans la nuit furent mari devant les murs de la ville, puis égorgés souks yeux des Grecs. Aussitôt Mohammed fit éuHr un pont sur le port. Des tonneaux attachés et semble par de forts crampons de fer forait:»: deux lignes sur lesquelles furent poussées <ks planches. Le pont avait une largeur de aunes, en sorte que cinq soldats pouvaient poser de front , et il était assez solide pour apporter la marche des troupes et le poids ff» canon que Ton y plaça. Les vaisseaux jeterd l'ancre tout contre les murs de la ville. Ai» les Grecs songèrent à brûler le pont et les n* seaux, et cette difficile entreprise fut confiée* Vénitien .lacopoCocco (1). Celui-ci priltroi5|fr tits navires d une marche rapide sur lesqwki fit monter quarante jeunes gens d'élite, et *î munit de feu grégeois et d'autres raaiibe combustibles. Ils s'avancèrent pendant la m*; deux jeunes gens furent laissés sur le pour y mettre le feu aussitôt que U fl*8* brillerait sur les vaisseaux des Turcs; mais* gardes veillaient, et des masses de pierre. 1* cées avec force , brisèrent les légers esquifc» les coulèrent bas. Une seule galère fut brûlfri le feu allumé eu même temps sur lepool* éteint; les équipages des petits bâtiment:» ^ bèrent entre les mains des Turcs, et te^ égorgés le lendemain sous les yeux desGrf* qui, par représailles, plantèrent sur les en
(1) Phranie«, I. m , c. 4 , p. 57.