LIVRE XII
aux les têtes de deux cents prisonniers . lsfendiaroghli, son beau-frère, pénétra dans la ires (1). Le mauvais succès de cette entreprise < ville , non pas comme envoyé du sultan , mais en moqua des débats entre les Vénitiens et les s'annonçant comme un ami qui, s'il éuois sous les ordres de Giustiniani; ceux-ci 'jetaient toute la faute sur l'inexpérience et mauvaise conduite de Cocco, et l'empereur ut s'interposer pour les empêcher d'en venir ix mains. Maintenant Mohammed fit établir es batteries sur la colline de Saint -Théoare, située au-dessus de Galata, de ce même Hé du port, afin de tirer sur tous les bàli- «nts grecs ou génois ancrés devant Galata. es Génois demandèrent que Ton épargnât leur urine marchande; Mohammed répondit que ? n'était pas des vaisseaux marchands, mais es pirates qui étaient venus porter des secours ix Grecs. Le premier coup ayant coulé bas un Miment, les autres se retirèrent sous les aisons de Galata, de manière à être protégés )otre les batteries. Les maisons ne furent pas pargnées; mais, quant aux vaisseaux et aux lu pages, ils ne subirent aucun dommage, et artillerie turque produisit si peu d'effet que ent cinquante décharges (2) ne tuèrent qu'une eule femme, remarquable par sa beauté, encore erçe mort fut-elle causée par une pierre détaxe d'un mer.
11 y avait sept semaines que le siège se pouruivait sans relâche par terre, et la ville était îaintenant pressée du côté du port. Dans tous «sièges précédents, elle n'avait été investie, ou ttaquéesérieusement que sur unpoi t ; les La-
ioso'yavaientpénétréqu'ens'é ançantdu port, j prise si prochaine. Des hérauts proclamèrent laintenant 1 armée ennemie était déjà logée j que des tiinars et même des sandschaks seraient »s les fossés , et sa flotte se trouvait dans le donnés en récompense aux soldats qui seraient ort tout contre les murailles de la ville ; quatre j les premiers sur les murailles; et que si des misérables voulaient échapper par la fuite au fer de l'ennemi, la hache du bourreau frapperait impitoyablement sur leurs tètes. Des derwisebs parcoururent le camp conjurant les moslims au nom du prophète et de son porte-étendard Éjub, tombé jadis en face des murs de Corutaotinople, de planter les bannières de l'islam sur les créneaux de la capitale lorsque s'étendraient
personnellement au sort des Grecs, leur conseillait de détourner la colère de Mohammed, et de se racheter avec leurs femmes et leurs enfants des rigueurs de l'esclavage par une capitulation opportune. Mais dans le conseil de guerre la voix de l'honneur et du désespoir l'emporta. L'empereur répondit à lsfendiaroghli qu'il rendait grâce à Dieu si le sultan , à l'exemple de ses prédécesseurs, voulait accorder et maintenir la paix; que nul des suitansqui avait assiégé (avilie n'avait prolongé beaucoup son règne et sa vie; que Mohammed pouvait exiger un tribut, mais ne devait pas s'attendre à la remise de la ville même , dont tous les habitants étaient résolus à mourir pour sa défense (1). Aussitôt le 24 mai [ 14ô3j le sultan fit proclamer dans le camp, pour le 29, l'assaut général du côté de terre et du côté du port. Il réunit les chefs de l'armée , et leur promit par serment le pillage de la ville, ne se réservant que les murailles et les édifices pour sa part du butin. Un immense en de joie s'éleva de fous les rangs à cette annonce (2). Les commandants des janitschares garantirent au nom de leurs soldats la victoire et la conquête, et prièrent seulement le sultan de délivrer leurs camarades retenus en prison depuis le désastreux combat naval. Mohammed leur rendit les prisonniers, et toute l'armée se livra aux transports d'une joie tumultueuse à la pensée d'une
«ira étaient renversées, une large brèche était nverteprès la porte de Saint- Romanus, le fossé ■ait presque comblé parles débris. Mohammed ésdut d'envoyer encore un message â l'empecur , soit afin de satisfaire à la règle qu'il s'était •"wée d'offrir toujours à 1 ennemi , avant sa estructioo, la paix moyennant la soumission, qu'il voulût s'assurer par un témoin ocu- "re de l'impossibilité de la place a se défendre.
0) Phranwtrt ChalcondyUi , 1. vin; Isidore et Leo- 3rdu*CbienMs.
J Dam Phraozes, cent quatre-vingt* ; dan» Isidore , M cinquante
(Il Ducas , 1. xxxii , p. 158, et Cbatcondylas , l. viu : Pfaranxft , I. m , c. 4 , p. 68 ; Gibbon a déjà fait obierver le désaccord de Chalcondyla* , de 1 zes sur cette négociation.
(2) Ducas, 1. xxxix, p. 158.
les ténèbres de la nuit. Les trompettes donnèrent le signal d'une illumination générale I dans le camp, sur tous les vaisseaux; autour de j toutes les tentes s'allumèrent des lampions et des torches, des rives du Bosphore, des hauteurs dominant Galata, dis profondeurs du port, de toute la ligne de circonvaliation. Depuis les Blachernes jusqu'à la porie d'Or brillaient des feux de joie, dont la clarté était réfléchie par le rivage asiatique, et par Skutari ; la ville était entourée d'un demi-cercle étincelant, et toute la nuit retentit ce cri mille fois répété : «11 n'y a d'autre Dieu, que Dieu, et Mohammed est son prophète ! Dieu est un , et nul i n'est semblable à lui ! » Les assiégés s'imagi- | nèrent d'abord que des torrents de feu se répan- '•■ daient sur la flotte et sur le camp; mais ils se j convainquirent bientôt, par les chants et les danses des derwischs, que lesbarbares préludaient à leur triomphe, et à la conquête ; et du sein de la ville en deuil sortit un lugubre gémissement , s'éleva une prière plaintive : « Kyrie j eleison .' Kyrie eleison / détourne de nous, ô Seigneur, tes justes menaces, et délivre-nous des mains de notre ennemi (1).»
Toutefois la certitudede l'approche de l'assaut général ralluma le feu du courage p esque i éteint dans le cœur des Grecs. Durant les sept semaines de siège, ils s'étaient flattés souvent que l'ennemi se contenterait decanonner les fortifications, mais qu'il n'en viendrait point à un assaut. Dans cet te confiance, un grand nombre d'habitants avaient quitté les murailles pour regagner leurs maisons ; les Turcs profitèrent de cette occasion pour retirer, à l'aided'énormes crochets, les gabions avec lesquels les brèches étaient comblées. L'empereur, averti de ce qui se passait, accabla de reproches et de menaces ceux qui avaient abandonné le rempar ; comme plusieurs s'excusèrent en se plaignant de manquer de nourriture ain i que leurs femmes et leurs enfants, l'empereur fit distribuer tous les jours du pain sur les tours et dans les maisons (2). Dans la nuit où Constau tinople était saisie d 'effroi au bruit des hurlements de joie de ses ennemis, Giovanni Giustiniani avait travaillé sans relâche à faire réparer les brèches
(1) Ducas,!. xxxix, p. 158; Phranze*,p. 60.
(2) Pbranzet, I. m , p 57.
là où les murs étaient entièrement ouverts pm de la porte de Saint-Romanus. Au moyen b fascines, il éleva un nouveau rempart derrièr lequel il se retrancha encore par un fossé I pui- il envoya prier le grand amiral Luca$ Ne taras, commandant des troupes grecques, de lai procurer quelques canons. Celui-ci lui fit dirr qu'il n'en avait pas besoin sur le point defroà par les Génois , et Giustiniani répondît qui !> étaient moins nécessaires du côté du port fv ces aigres messages on en vint â l'offense rt j l'outrage. Giustiniani s'écria que Notaras èi>: un traître ennemi de sa patrie. Notaras lui rnvoya des accusations non moins graves (à1, r: l'empereur dut encore s'interposer; à force représentations sur les funestes effets de tefc querelles au milieu du danger commun, i! amena au moins à une réconciliation appamtr A l'heure de la détresse et du péril, Giustini* l'emportait de beaucoup sur son adversaire p» le conseil et l'action, par son langage proprr relever les esprits abattus, par l'intrépidité <ir son courage. Jouret nuit, il frappait l'ennemi t'r loin par le jeu de l'artillerie, ou de près en !r repoussant l'épée à la main des muraille» lorqu'il tentait de s'en saisir (3). Contrarié par ? jalousie des Gre< s, il ne trouva d'appui pour** dispositions que dans les six Génois ses coup gnons d'armes : Giovanni Careto, Paolofochiardi , Giovanni Fornari , TommasoSeivatica Ludovico Gatelusto, Maurizio Cataneo, et Jrs rillyrien. Le sultan, honorant la valeur et la rrsolution même dans l'ennemi , à la vue de ua de peines et<'etravaux, s'écria: a Oueje voudra avoir Giustiniani près de moi !» Il essaya de corrompre a force dr* présents; mais il le imou aussi ferme contre l'or que contre le fer. G o* tiniani se consuma en vains efforts pour rf parer les murailles ; car, dégradées par le temp et par les orages , avant le siège même, »1^ qu'on avait encore du loisir et de l'argent, cfo n'avaient pas été mises en état de défense cou venable. Les moines, Manuel Giagari et Ne* phy tus de Rhodes , auxquels avait été connV w soin de les rétablir avant l'approche des Tut* avaient enfoui les sommes destinées à cet objet
(1) Ducas, I. xxxix, p. 159.
(2) Phraui» , 1. m , c. 4 , p. 58 , et Leöoardw tt* sis.
(3) Pbranzei, 1. in , c. 4. p. 58.