‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 140 sur 297 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

sitoé entre le Danube et la Save, et traîna sur ses vaisseaux uu riche butin , des jeunes garçons et des jeunes filles, des bestiaux, des meubles et des effets précieux , avec deux cents soldats pesamment armés. Le tout fut présenté au sultan, qui se trouvait alurs a 1,'skub.

En Servie, le despote Georges , bientôt après I heureuse délivrance de Belgrad , avait suivi llunyady et Capistrano dans la tombe, laissant une veuve, Irun , une fille, Mara, veuve du sultan Murad 11, et trois fils. Grégoire, Ëtienne et lazare , dont les deux premiers avaient été emprisonnés par leur beau-frère, le sultan Murad, qui leur avait fait crever les yeux. Après avoir expulsé ses frères aveugles et em|K>isonné $a mère (1), Lazare avait offert au sultan 20,000 livres d'or comme tribut annuel; mais il ne jouit pa> longtemps du fruit de sa criminelle ambition, et mourut dans le second mois de son règne. Sa sœur, la sultane veuve Mara, s'était enfuie, avec son frère Grégoire et son oncle Thomas Cantacuzène . auprès de Mohammed , qui se chargea de faire valoir les prétentions de la princesse au trône de Servie, et lui assura un douaire et une résidence à Jassovo, sur le Mrymon, non loin du mont Athos(2). Là vécut «la sultane de l'empereur Murad. la pieuse Zaaritine Mara, fille du despote Georges », titres quelle avait pris dans un acte signé par elle, et qui nous a éié conservé (3); elle avait pour compagne de sa pieuse retraite sa sœur Catherine, veuve du comte deCilley, quelle avait appelé de la Pouille, après la mort de son frère Georges (4). La veuve de Lazare, Hélène, compta , pour sauver la Servie , sur une double insistance: elle unit sa tille, Maria, à l'héritier du trône de Bosnie, et en même temps elle offrit le royaume en fief au pape , qui l'accepta Par son légat, le cardinal de Saint - Ange. I es boyards serviras . mécontents de voir ainsi la reine disposer du pays, et montrer ses prédilections pour la religion catholique , préférèrent la domination musulmane à celle du P3!*; ils élurent pour leur chef Michel Abogo-

X Engel, Histoire de Servie, p. 414 , d'après Ra tseb.

Uméme, d'après Rai tsch et Spaadußino, p. 46. 3; Du 13 avril 1479 , «innervé danshaitseb. W Sniîel.p. 412, d'après Bailscb.

, vit sch, frère du grand vesir Mahmud-Pascha.

[ Avec de grandes démonstrations d'amitié, Hélène attira Michel d;;ns>a citadelle, se saisit de sa persoune, et 1*< nvuya prisonnier en Hongrie. Maître de Prisren il), Mohammed parut de-

1 vaut Semendra, qui se rendit aussitôt après qu'il t ut accordé à Hélène la liberté de se re tirer avec ses trésors. LYxemple de cette ville fut suivi par les châteaux de Wicheslaw, Schernow et Belastraa : les Turcs incendièrent le couvent de Mileschewo('i) [8 novembre 1459].

; Suivant OKneas Sylvius, deux cent mille habi tants auraient été traînés en esclavage par suite de cette campagne. Ainsi, dans la sixième année après la conquête de Conslantinople, la Servie fut réduite en province de l'empire ottoman, et Semendra, ou Spenderobe, l'ancienne capitale des Tryballiens(3), qui avait ja dis repoussé deux fois les assauts des Turcs, et avait succombé dans un autre siège pour être rendue ensuite par les vainqueurs, fut définitivement incorporée aux conquêtes du croissant. Elle avait été assiégée d'abord par Mosa , le rival de Mohammed 1er, immédiatement avant l'attaque de Conslantinople (4). En 1440, Murad l'avait emportée après que les murs eurent été canonnés durant trois mois (o); mais elle avait été rendue bientôt après pour la rançon de Mohammed-Beg , frère du grand vesir Chalil-Pascba , fait prisonnier dans la bataille d'Islati; enfin Mahmud -Pascha, le grand vesir, l'assiégea à deux reprises dans deux année» consécutives, d'abord vainement, a l'époque où l'impôt foncier fut élevé dans tout l'empire de 20 aspres à 33 par paire de bœufs ($), et enfin il la conquit dans l'année qui vit uaitcft l'infortuné prince Dschcm (7). C'est du sein des fêtes que les sultans otUfe

(1) An 1458. Engel , Histoire de Servie , p. 414.

(2) Ibid., p. 415.

(3) Cbalcondj las , 1. m , édil de Basic , p. 56.

(4) Jbùl., an 1414.

(5) 1* livre , an 1440.

(6) Scadeddin , Ssulaksade , fol. 53.

(7) Seadeddin et Ssolatsade, an »64 [1459] ; Sismondi» d'api es des autorités italiennes t place la prise de Semendra en 1158; mai» selon une table chronotofpque, dam Marini Sanuto, la ville ne doit ei retombée que le 15 avril 14(» , ce qui est contredit par les autorités set vieour» et turques.

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maus méditaient leurs plus vastes plans de conquête; après la célébration de son mariage et de,celui de ses deux fils avec trois princesses byzantines, Murad 1er avait envoyé le grand vesir Ali-Pascha, avec une armée, contre Osman, souverain de Bulgarie (t ) ; à l'issue des fêtes de la circoncision de ses fils, Mohammed avait détaché les petits-fils d'Kwrenos contre la Servie et l'Albanie; l'année suivante, le sultan en personne se mit en mouvement pour assujettir entièrement la Grèce [\H mai 14581. Déjà Ewrenos, sous Bajesid-Uderim , Turachan, sous Murad 11, avaient porté le ravage au cœur du Péloponèse, et pénétré jusqu'à Sparte, qui avait, comme Corinthc,Argos et Athènes, senti souffler le vent de la conquête turque. Lorsque Mohammed II tournait toutes ses pensées sur Constantinople, concentrait tous les efforts de sa puissance vers ce but , les restes des Grecs se réfugièrent dans le Péloponèse , que Mohammed laissa , pour le moment , à la domination apparente des Paléologues, aux deux frères du dernier empereur byzantin, les despotes Déinétrius et Thomas , dont le premier résidait à Sparte, et l'autre à Patras. Déjà nous avons rapporté comment ces princes, en désaccord entre eux (2), et en guerre ouverte avec les Albanais révoltés , ne conservèrent pour peu de temps la domination du Péloponèse que par la protection des Turcs, et moyennant le payement d'un tribut annuel. Mais afin de faire mieux connaître encore les circonstances qui ouvrirent de plus larges voies à la conquête turque, nous allons jeter un regard sur les partis qui se disputaient alors le pouvoir dans le Péloponèse. Après que Constantin eut succombé eu défendant les murs de sa capitale, les archontes voulurent proclamer empereur Démétrius , l'ainé de ses frères, auquel le trône appartenait par droit d'aînesse; mais Thomas, le plus jeune, d'un caractère ambitieux et tyrannique (3), ne voulut pas céder le trône à son aîné , et ils se partagèrent la domination du Péloponèse, que bientôt les Albanais menacèrent de leur arracher. Thomas, qui ne e cédait en rien au sultan pour la violence et la

(1) A la fin du ve livre, an 1387.

(2) Spandußino, p. 29

IPIRE OTTOMAN.

férocité, niais qui était si loin de lui par la puissance et l'étendue de l'esprit, reproduisit dam le Péloponèse les scènes, trop souvent répétée par Mohammed , d'usurpations violentes et d'immolations des maîtres des domaines convoités. A6n de se mettre en possession de l'Achaïe et de Glarcnza, il attira le seigneur <k ces districts, son parent, à Palras , sous la garantie d'un sauf-conduit; là, il le fit saisir av« ses fils , et les jeta tous dans un cachot, où fl< périrent de faim. Au gendre, qui avait époase la fille du prince d' Achate depuis la captivité de ce malheureux , il fit couper les mains , le nez, les oreilles , et arracher les yeux. Il dépouilla de ses domaines , et priva de la vue Théodose Kokali (1), l'un des principaux propriétaires do Péloponèse. Il préparait le même sort à Emmanuel Cantacuzèue; mais celui-ci, au lieu d< donner dans le piège qui lui était tendu, se mit à la tète des Albanais révoltés, changea, pourleur plaire, son nom en celui de son épouse , et prît une appellation albanaise , ravagea le plat pa} s, et investit les deux despotes, Thomas et Démétrius, dans leur résidence de Patras fi Sparte (2).

C'est ce moment de bouleversement généra! que Mohammed jugea le plus propre à la conquête. Le 15 mai H58, il se mit en mouvement de Constantinople, laissa en passant une division pour bloquer Corinthe , et , poursuivant sa marche dans le Péloponèse, il marcha droit sur Phlius (3) , jadis une des villes de la ligne achéenne, où la beauté, la jeunesse et la force recevaient un culte dans les temples de Gauimède, d'Ilébé et des Dioscures, où Ton rendait des actions de grâces à Bacchus , dispensateur de la v endange, pour l'excellence des vins de ces cantons , renommés entre tous I« produits du Péloponèse (4). Doxias, commandant albanais de Phlius , se porta, avec les habitants et ses soldats, sur une hauteur fortifiée pour défendre les approches. Alors Mohammed s'avança devant Tarsos, dout la garnison se rendit volontairement ; il emmena trois cents

î\) Phranzes,!. iv, fol. 16.

(2) Spaodttßino, p. 42.

(3} Cbalcondylas , commencement du ix* lirre ; dan l'Histoire ottomane , elle est appelée Fetek , damBratutti , p. 184 , Fellech.

(4j Pauianiat, I. h , p. 12.

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