‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 149 sur 297 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

assurer le payement en faisant élever la forteresse de Giurgcvo.

Vers la fin de Télé Mohammed était de retour à Constantinople , et aussitôt il entreprit l' expédition de Lesbos, qui, 'avant lecommende l'hiver, s'était déjà terminée par la de l'Ile. Lesbos, appelée par les Turcs Midillu, du nom de sa eapitale Miiylene, avait été abandonnée par les empereurs byzantins, en récompense des secours prêtés contre les pirates catalans , à la famille génoise Gatelusio, qui se mit bientôt après en possession d'Ainos et des Iles d'Imbros, Thasos, Lernnos et de Samothrace. Depuis que les Hol tes ottomanes écumaient l'Archipel, Lesbos avait eu plus d'une fois à souffrir de leurs déprédations. Déjà, sous Urchan, elle fut dévastée, ainsi que d'antres îles, par des escadres turques d'Umur- B^f,, prince de la côte ionienne (I). Sous Murad Ier, Junis , officier de janitschares, assiégea en vain Motibos (2), et sous le règne de Murad II, Baltaoghli , le premier amiral de l'empire ottoman , dont le nom est conservé encore anjourd nui dans celui d'une baie sur le Bosphore, ravagea l'Ile après la prise de la ville de KaUona (3;. Déjà il a été question de l'apparition à Lesbos des escadres ottomanes sous le commandement des amiraux Hamsa et Junis- Pascua,etde la triple ambassade de l'historien Rucas au sultan , pour déposer successivement a m* pieds le tribut de deux princes. Niklas , wuverain actuel de Lesbos , avait sept ans auparavant dépouillé son frère aîné Dominikos on Kyriakos, avec l'aide du Génois Battîsta; puis H l'avait fait étrangler. Sans s'informer en aucune façon de la manière dont le nouveau prince était arrivé au pouvoir. Mohammed avait accepté son hommage et son tribut: et maintenant que Niklas avait attiré sur lui sa tolère en s'associant à des pirates aragonais , à «motif bien fondé d'hostilité, il joignit encore le prétexte de vouloir tirer vengeance du prince (4), dont le premier acte de souveraineté avait été le meurtre de son frère. Sa

(1 ) ?oy. son» le régne d'Urehao, d'après Pacnvmeres, IT, e.29,p. 237,eU.f, e.26, p. 312.

(2) Chaicondyla« , au commencement du x* liv.

(3) ma.

flotte, forte de soixante galères et sept vaisseaux (1), fut placée sous le commandement du grand vesir Mahmud-Pascha ; on embarqua des canons, des mortiers , et plus de deux mille boulets de pierre. Mohammed mena par terre environ deux mille janitschares sur la côte d'Asie, jusqu'en face de Lesbos, dans la plaine d'Asos. D'Agiasma, il passa dans l'île, et fit sommer le prince p.ir un envoyé de lui abandonner tout cet État , promettant de le dédommager par d'autres belles possessions. Niklas, qui avait mis la ville dans le meilleur état de défense, et qui se reposait sur sa nombreuse artillerie , la force des murailles, sur cinq mille guerriers bien armés, et sur la population de vingt mille amès , répondit «que tant qu'il vivrait , il ne livrerait point la ville et l'Ile par trahison (2). » Mohammed retourna sur le continent , et confia le siège au grand vesir. Durant vingt-sept jours, Mahmud-Pascha canonna la place :1a partie de la ville appelée Melanudion s'écroula entièrement ainsi que beaucoup d'autres ouvrages (3). Les sorties de la garnison et les attaques des corsaires furent toujours repoussées victorieusement par les Turcs. Alors le prince offrit au grand vesir de lui remettre Mitylène moyennant des indemnités suffisantes, promettant de servir sous la bannière du sultan. Aussitôt Mahmud expédia un courrier à Mohammed, qui plein de joie accourut du continent, accorda les conditions de paix et d'alliance proposées par le prince , et jura le traité (4\ [Niklas tomba en pleurant aux pieds du sultan, pour implorer son pardon , s'excusant de n'avoir pas rendu la ville à la première sommation. Mohammed lui fit sentir son manque de prévision et de prudence, mais le consola en l'assurant que, malgré le retard de sa soumission, il n'aurait rien a craindre ni pour sa vie ni pour ses biens; il lui ordonna de livrer aussi les autres villes de Pile , et Niklas fit le tour de sa principauté avec les commandants turcs, les mettant en possession de tous les ouvrages de fortifications. Mohammed plaça deux

(!) Ducas, p. 195. D'après Cbalcondylas , vingt-cinq galères et plus de cent vj (2) Duca« , p. 195.

(3j Jbid.

rl Cualcondyla* , p. m.

ccms jatiiischares et trois cents Asabes comme garnison à Mitylène; puis il fit scier en deux trois cents corsaires, convaincu que ce genre de supplice donnait les douleurs les plus atroces (1) ; il assura que par là il accomplissait la promesse de Mahraud-Pascha de mettre eu sûreté la vie et les biens des habitants (2). Des habitants de Mitylène il fit trois classes : les plus pauvres et les plus inutiles furent laissés dans leur ville; la classe moyenne devint le partage des janitschares ; les plus riches furent emmenés comme colons à Constantinople. Il choisit pour lui-même parmi les enfants des principaux citoyens huit cents jeunes garçons et jeunes filles. U veuve d'Alexis Comnène, oncle du dernier empereur de Trébisonde , la plus belle femme de son temps , fut jugée digne de l'honneur du harem ; le fils fut traité gracieusement à la Porte, et Anna, la fille du malheureux David de Trébisonde , fut donnée comme épouse au gouverneur de Macédoine (3). Miklasetson neveu Lucius , l'ancien seigneur d'Ainos , qui avait été son complice dans le meurtre de son frère , furent laissés en pleine liberté. Le fratricide avait été oublié depuis sept ans ; et il serait resté impuni plus longtemps encore, si l'association du coupable dans les entreprises des corsaires aragonais n'avait pas provoqué l'ardeur de conquête de Mohammed. Le retard de l'usurpateur à rendre Mitylène aurait aussi été pardonné, s'il n'avait pas commis une autre faute bien plus irrémissible aux yeux de Mohammed. Quelque temps auparavant un page de la chambre du sultan s'était enfui à Lcsbos; là il avait reçu le baptême , et le duc en avait fait son mignon (4). Tombé depuis dans l'oubli, l'ancien favori du sultan et du duc revint à Constantinople parmi les jeunes garçons choisis à Lesbos, il fut reconnu par ses anciens camarades, et ce fait parvint aux oreilles du sultan , qui voulait bien tolérer l'emportement dans le crime , mais ne voulait pas souffrir le partage dans les faveurs de ses pages. 11 fit jeter dans les fers le duc et son

(1) CbalcondyLa*.

(2) La traduction italienne de Ducat dansl'Aniolotfia, p. 51.

(3) Chalcondyla* , p. 167.

(1) Ibid., I. x,p. 108.

i neveu Lucjus, qui, pour obtenir leur délivrance et se soustraire à la mort qui allait frapper leurs têtes, embrassèrent l'islam : ils fureui circoncis, et prirent solennellement le kafun et le turban ; mais ils n'échappèrent pas pour longtemps au bourreau par leur apostasie. Ressaisis bientôt après quoique moslims, ils forent étranglés en prison (1). Maintenant 0 nous faut prendre congé , malgré tous dos regrets, du fidèle historien Ducas , qui, sans être né a Lesbos, avait rempli les fonctions de domesticos de l'avant-dernier et du dernier duc de cette lie, avait été souvent employé par eni dans les affaires de l'État , s'était vu plusieurs fois envoyé en ambassade auprès du sultan, comme ses contemporains Phranzes et Chalcoadylas , qui écrivirent comme lui les annales byzantines, mais qui lui sont bien inférieurs pour l'ordre, la clarté et l'exactitude dans les nom> turcs , quoique le dernier le surpasse de beaucoup pour l'étendue du coup d'œil, la portée d'esprit, et les connaissances en histoire générale.

Au moment même ou Mohammed assiégeait Mitylène , il accorda aux Florentins des franchises commerciales aux dépens des Vénitiens- Cette faveur était le prix de calomnies contre la république de Saint -Marc, d'un odieoi espionnage et d'avis transmis à la Porte sur les préparatifs des princes chrétiens* contre k grand seigneur.

Dans l'hiver qui suivit les deux campagnes de Valachie et de Lesbos, Mohammed s'occupa de la fondation et de l'achèvement de nombreux édifices à Constantinople et dans plusieurs autres villes de l'empire. Préoccupé surtout de la pensée de s'assurer la domination sur la mer par des flottes et des arsenaux, il répara, agrandit et fortifia l'ancien port de Julien à Constantinople (2), nettoyé et garni de quais, par Anastase Dicorus , embelli par Justin le leune qui avait fait élever prèsdelà un palais pour l'impératrice Sophie; ce port s'appela dès lors Kadrigba Limani (port des Galères); dans b

(1) Cbalcondyla«. La traduction italien ne de Dura« in toloßia , p. 52) rapporte ce Mipplice sans autre* «rot- Btances.

(2) Hadtchi-ChalFa , Tables cfaroDol<w« . « *r [1402], ei Cbalcondyla« , I. x , p. 168.

Page 1