‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 16 sur 297 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

COMMENCEMENT DES OTTOMANS. *- RÈGNE OOSMAN , PREMIER PRINCE DB CETTE DYNASTIE.

Dans le premier livre , nous avons rappelé brièvement l'origine et le berceau des Turcs, la dérivation de leur nom, leur division en troncs principaux et en branches collatérales, leur translation de Test à l'ouest, la domination des Turkmans et des Seldschuks, depuis les bords de rOms jusqu'aux rivages de la Méditerranée, faits obscurs en partie, perdus dans la nuit des temps ou dans l'immensité de l'espace, conservés seulement par les traditions orales, ou bien suivis moins distinctement , A cause de la rapidité du récit entraîné par la crainte d'un développement inutile. Le fleuve de l'histoire turque qui, parti des sources ténébreuses des traditions orales , s'était frayé péniblement une route étroite et resserrée à travers les troncs renversés, les branches entrelacées, maintenant grossi par la réunion de plusieurs affluents qui ont quitté leur nom pour prendre celui des Ottomans, va poursuivre librement son cours, et rouler ses flots limpides dans un lit vaste et libre.

L'empire ottoman fut véritablement fondé au commencement du treizième siècle de l'ère chrétienne, ou du huitième de l'hégire (hidschret); mais l'histoire des ancêtres d'Osman, le fondateur, commence avec Suleiman, son aïeul , et avec la translation de sa tribu de l'est à l'ouest, près d'un siècle auparavant, à l'époque de Dschengis-Qian.

Lorsque ce grand chef des Talares eut renversé l'empire de Chuaresm , qui servait de digue avancée contre le débordement des Mongols, Sulciman-Schah , Als de Kaialp, de la famille Kaji, l'un des plus nobles des Oghuses, quitta le Chorasan, où il était établi avec sa tribu auprès de Mahan,et, emmenant avec lui cinquante mille personnes ( 1 \ il gagna l'Arménie où

(i; Nescbri , fol. 19, d'aprt» le» Tables ihro/iolouique*

il se fixa aux environs d'Ersends-Chan et d'Ach* lath [1224]. Sept ans plus tard, après la mort de Dschengis-Chan, et après que Chuaresm-Schah, vaincu par Alacddin,le grand prince des Seldschuks d'Iconium, eut disparu, la grande tribu reprit le chemin de la patrie, suivant d'abord le cours de l'Euphrate, dans la direction d'Alep. Lorsque l'on voulut traverser le fleuve, près du château de Dschaaber [1231], le cheval de Suleiman se précipita d'une rive escarpée, et le prince fut noyé dans les flots de l'Euphrate. Aujourd'hui, son tombeau, près du château de Dschaabcr, s'appelle encore le tombeau des Turcs (Turkmcsari) (1). Alors, toutes les familles ressemblées sous sa conduite se dispersèrent. Une partie demeura en Syrie, une autre prit la route de l'Asie .Mineure, où leurs descendants, comme les Turkmans de Syrie et de Rum, errent encore aujourd'hui, avec leurs hordes, dans Tété, sur les hautes montagnes, et dans les plaines pendant l'hiver.

Des quütre Mis de Suleiman, Sunkurtckin, Güntoghdi, Dundar et Ertoghrul, les deux premiers regagnèrent le Chorasan, leur patrie, les autres s'avancèrent avec quatre cents familles dans le Sörmeli-Tschukur (rosse de Surmeli), vaste bassin à l'orient d'Erserum, et dans le Pasin-Owasi (2) (vallée de Pasin), l'ancienne Phasiana(3), d'où sortent l'Araxe et le bras principal de l'Euphrate, le Murad (l'Omiras de Pline) (4), pour se diriger, le premier à l'orient, et celui-ci à l'occident. De là, ils tournèrent à

d'Hadscbi-rhalfa. D'après Sradrddiu, l'émigration put lieu cinq an« , et, selon Dsclienabi, dix ans aupararanc

( 1 ) Seadeddin , fol. 8 ; Neschri , fol. 20.

(2) Neschri, fol. 20.

(3) Renners illustrations of tbe expédition of Cyrus, p. 213 et 227.

{il Ibid., p. 211 .

pour chercher asile et abri dans les États d'Alaeddin. Ils allaient donner au milieu de troupes qui étaient aux prises. Encore éloigné du champ de bataille et saas pouvoir distinguer à qui appartenait la plus grande troupe, â qui la plus petite (1), Ertoghrul (l'homme droit) prit la résolution chevaleresque d'assister les plus faibles contre les plus nombreux. Son secours décida la victoire. Les vaincus étaient les Tatares mongols et le vainqueur Alaeddin, sultan des Seldschuks. Ertoghrul lui baisa la main comme au protecteur de sou choix; Alaeddiu lui donna un vêtement d'honneur et lui assigna pour séjour d'été les montagnes de Tumanidsch et d'Ermeni, pour séjour d'hiver les plaines autour de Sogud (le pâturage). D'après le récit de Seadeddin, Ertoghrul sollicita d'Alaeddin une demeure tranquille en échange de ses services qu'il lui fit offrir par son envoyé Sarujati-Sawcdschi ; le sultan lui attribua d'abord les montagnes de Karadschatagh (monts noirs), sur la frontière occidentale d'Angora (2); et c'est après cette concession seulement qu'aurait été embrassée la généreuse résolution de prêter assistance au parti plus faible dans la bataille douteuse (3). Karadschahiszar, forteresse a quatre lieues d'Inoni, au nord de Kutahta, sur le fleuve Pursak (Thymbris), reconnaissait alors la souveraineté du sultan Alaeddin, quoiqu'elle fut habitée par des Grecs , ainsi que le château voisin de Biledschik. Ertoghrul, provoqué par les Grecs, sollicita et obtint du sultan la permission de marcher contre Karahiszar, et s'en empara (4). Ensuite, à la tête de quatre cent quarante cavaliers, avec lesquels il avait fait primitivement la charge décisive contre les Mongols, il combattit , pour le compte d'Alaeddin , dans la plaine de Brusa, entre cette ville et Jenitschehr, contre l'armée réunie des Grecs et

(1) Neschri , fol. 20, confirme cette résolution cfaevaleretque , d'aprè* un ancien historien , Mewlana-Ajas , qui la tenait de la bouche de Pécuyer d'Urchan , lequel t'avait apprise de son père et de son grand-père. Aali met le récit dans la bouche d Urchan ; Idris , fol. 12 ; Neschri.

(2) Seadeddin, fol. 8.

■ (3) Dscbihannuma , p. 643.

f4]D*chihannuma , p. 075; Neschri. fol. 22; Aali, fol. U.

des Tatares d'Aktaw. A Tavant-garde de l'armée, immédiatement en avant du sultan, il plaça les Akindschi (1), les coureurs ou fourrageurs. Durant trois jours et trois nuits, il lutta avec les Grecs et les Tatares, au défilé d'Ermeni, les défit enfin, et les poursuivit au delà d'Ainegol, jusqu'au rivage de la mer où ils s'embarquèrent pour Gallipolis. Lorsqu'il reçut la nouvelle de cette victoire, Alaeddin se trouvait à Bosœni, aux environs d'Eskischehr (Doryla?um). En mémoire de l'avantage remporté par la cavalerie légère d'Osman à l'avantgarde, il changea le nom du district en celui de Sultan-OEni (front du sultan), et conféra un fief à Ertoghrul et à ses fils comme défenseurs des frontières de l'empire scldschukide.Scraidschtk, situé dans l'État de Biledschik et de Karahiszar, alors soumis au sultan d'Iconium, leur fut as* signé comme séjour d'hiver; on leur désigna les montagnes de Tumanidsch (Tcmnos) et d'Ermeni pour résidence en été (2).

Gomme l'état du sultan d'OEni , qui forme aujourd'hui le Sandschak du même nom, fut le berceau de la puissance ottomane, quelques mots sur sa topographie ne seront pas inutiles pour aider à se guider dans la suite. Le Sandschak du sultan OEni , appelé aussi sultan Ogi , est environné par les limites de l'ancienne Phrygie-Epictetos. Les noms de ses juridictions et ae ses lieux principaux sont autant de jalons et de bornes dans la plus ancienne histoire des Ottomans. Eskischehr, si fameuse dans l'histoire des croisades sous le nom de Dorylaium t avec ses karavansérais, ses bains chauds, ses jardins et ses viornes , est le chef-lieu dont nous aurons occasion bientôt de parler avec détail , comme de la résidence et du lieu de la sépulture du scheich Edebali, beau- père d'Osman. Plus tard, nous nous étendrons aussi sur Sidi- Ghasi , lieu fameux de pèlerinage, renfermant le tombeau de Sid-Battal (seigneur des combats), le premier des héros chevaleresques liés parle fameux serment des Arabes, qui, trois siècles et demi avant le chevalier espagnol

(1) Sous le nom d' A Landschi, ils paraissent dans tous les historiens européens de l'histoire ottomane ; ils furent l'effroi de la Hongrie et de l'Allemagne durant deux siècles et demi.

(2) Dans Mannert, Ti nt , p. 536 , Tscbumu», au lieu

de

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