‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 17 sur 297 · LIVRE · texte numérisé non relu

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remplit l'Orient du bruit de ses exploits. Sogud, le Thébasion des Byzantins et le Ssfszaf des Arabes (1), longtemps la résidence d'Ertoghrul, où il fat ensuite enseveli, est situé sur la route des caravanes de pèlerins de Constantinople â la Mecque, entre Lefke (Leucai) et Eskischehr (Dorylsum), à neuf lieues au sud de la première ville, dix au nord de la seconde. A une demilieue de cet endroit, â gauche de la grande route, sur le chemin de Lcfke, s'élève une chapelle au-dessus du tombeau d'Ertoghrul (2). Ce monument, aussi bien que les raisins des environs et les saucissons , ont rendu la localité célèbre dans tout l'empire ottoman (3). Outre les quatre villes ci-dessus nommées , le Sandschak comprend encore les châteaux de Karadschahiszar et de Biledschik (le Melaugeia et le Belokoma des Byzantins), dont il sera question lors de leur conquête par Osman. Itburni ( nez de chien), village où se passèrent les premières années de la belle Malchatun, l'amante d'Osman, auprès de son père; enfin, les deux sièges de juridiction, Bosojuni ou Bosœni (front de glace) et Inœni (front de caverne); c'est à Bosœni qu'Alaeddin reçut la nouvelle de la victoire remportée par Ertoghrul sur les Tatares, ce qui fit donner â la contrée le nom de Front duSultau. Inœni, situé au pied d'une montagne escarpée, d'où Osman s'élança vers ses premiers triomphes, doit son nom â ses nombreuses cavernes, d'un abord très-difficile, et qui n'ont encore été visitées par aucun voyageur européen (4). A l'est, se trouve Akbiik (moustache blanche), ainsi appelé de l'un des plus vaillants compaguons d'armes d'Osman, qui en fit la conquête. D'autres guerriers ont donné leurs noms à d'autres lieux de l'Asie Mineure. Ertoßtarul avait trois fils, Osman, Gundusalp et Samjati-Sawedschi, dont le premier était né en 667 de l'hégire, 1258 de l'ère chrétienne (5).

(1) Hadscoi-Cbalra, dan» ses Table» chronologique» <>e l'année 161 [797] , fait mention de l'expédition de HaniD-Al-Rah«chid contre Sogud.

(2) Dschihannuma , p. 642.

(3) Menasikul-nadscb, les Devoir» du Pèlerin, hopri- ■** » CoDMantinople , p. 28.

«) Dtchihannuma , p. 642.

(5) Üadschi-Chalfa, Table» chronologique», dans la des sultans. Comme Osman , le fil» aîné , n'avait, a [i mort de sou père, que ringt-qualre ans, il est impos-

Outre les deux faits d'armes déjà rapportés, contre les Mongols ou Tatares et la conquête de Karadschahiszar , sous le règne du grand Alaeddin, outre l'établissement dans le Sandschak actuel du sultan OEni, outre la naissance et le mariage d'Osman , et la naissance de son fils Urchan, dans le large espace d'un demisiècle qui s'écoula entre l'origine du premier et du second Alaeddin, l'histoire ne dit plus rien des circonstances de la vie d'Ertoghrul ; mais la tradition orale, qui se lie au commencement de toute histoire et qui environne toujours d'un éclat mystérieux les premiers pas des fondateurs de dynasties, s'arrête avec amour au récit d'une apparition prophétique qui frappa le pieux Ertoghrul, et d'un songe qui annonça au jeune Osman ses destinées! L'invention et la disposition de ces circonstances appartenaient à l'esprit des Orientaux et des musulmans, et , suivant l'expression conservée de mohammed , « les apparitions nocturnes sont une partie du domaine des prophètes, et les bons rêves viennent de Dieu. »

Le songe d'Ertoghrul est d'une grande simplicité, à l imitation de celui de Jacob auquel le Seigneur apparaît plus d'une fois dans le sommeil de la nuit pour lui annoncer les bénédictions qui tomberont sur sa* race (1). Dans une de ses courses , il se trouvait logé de nuit chez un homme plein de piété. A l'heure du repos, le maître de la maison tira un livre d'une armoire placée derrière Ertoghrul, et le posa sur la place la plus élevée de la chambre. Ertoghrul ayant demandé ce que c'était que ce livre , le maître répondit que c'était la parole de Dieu annoncée aux hommes par le Prophète , le Koran. Après que chacun fut allé se coucher, Ertoghrul prit le saint livre et le lut toute la nuit jusqu'au matin : alors il se coucha un instant. Pendant le sommeil du matin , véritable moment des songes véridiques, il eut une apparition prophétique et entendit une voix qui lui dit : « Puisque tu as été pénétré d'un si profond respect pour ma parole éternelle , tes enfants et les enfants de tes enfants seront honorés dans les générations

rible que Sarujati, le second , ait été envoyé, soixante ans auparavant, ainsi que le dit Seadeddût , par son père comme ambassadeur auprès d' Alaeddin.

(1) Genèse , ixviu, 1. xxxi.

à venir (1). » Le .songe d'Osman , lorsqu'il allait épouser Malchatun (femme trésor), la fille si belle du pieux scheich Kdebali, est moins empreint de cette simplicité de l'esprit patriarchal ; il se rapproche plutôt du caractère de la tradition romanesque, et présente même déjà une teinte de circonstances historiques; il s'y trouve mêlés des scènes d'amour , des rivalités , des combats même, que l'on va voir se dérouler dans les États du sultan OEni (2) à nous déjà connus.

Un pieux et savant scheich d'Adana, dans le pays de Karaman , Kdebali , après avoir achevé ses études des lois en Syrie, était venu s'établir à Itburuni , village voisin d'E^kischehr, capitale actuelle du Sandschak de SultanaMii. Souvent Osman venait le visiter. Un soir qu'il aperçut la fille Malchatun, il se scutit transporté pour elle d'un violent amour; mais le père ne céda point à ses sollicitations pour obtenir Malchatun , parce qu'il se défiait de la durée des sentiments du jeune homme, et que, d'ailleurs, il regardait sa fille comme trop inférieure en condition à Osman. Osman se plaignit ; il confia les peines de son amour traversé à ses compagnons et à ses voisins, et parmi ceux-ci, au seigneur d'Eskischehr qui , enflammé par le récit de l'amant passionné, rechercha aussitôt la belle Malchatun et subit un refus. Redoutant le seigneur d'Eskischehr plus que le jeuue Osman , Edebali passa des terres du premier sur celles de son ancien hôte, ou plutôt d'Ertoghrul. De là des haines et des hostilités entre les deux rivaux. Un jour qu'Osman se trouvait comme hôte avec son frère Gundusalp chez son voisin et ami , le seigneur d'Insni , parut tout â coup le seigneur d'Eskischehr soutenu de son allié et voisin Michal-kœse ( Michel à la barbe pointue), seigneur de Cliirmenkia, château appuyé à l'Olympe, près d'Edriuos(3) ; ils sommèrent, les armes à la main, le maître du lieu de leur livrer Osman. Le seigneur d'inami rejeta loin de lui cette violation de l'hospitalité.

(1) Aali, fol. 9 , Nearbrl , fol. 24, raconteol ce ftonne ; mai» ils l'attribuent à 0*man et non à Ertoghrul ; Lewenklau , HiMoire musulmane , p. 57 , cite le même fait d'Krtoebrul , en y joignant te suivant d'Osman , | p 68.

(2) INeschri , fol. 21 et 2Î; Mris de fol. 23 à 30. 3; LdruiuN eMAdri.uiiadOlymp um.

Osman et son frère Gundusalp, se confiant en

Dieu , s'élancèrent du château, repoussèrent k seigneur d'Eskischehr, et firent prisonnier celui de Chirmenkia. Bientôt Kœse Michal se sentit attaché à son vainqueur par les liens de l'amitié; il se soumit à lui avec un dévouement sincère et profond; et plus tard, quand Osman se trouva possesseur d'un trône indé|>cndant , Kœse Michal abandonna la foi de ses pères pour embrasser l'islam. Il fut l'un des plus fermes appuis du pouvoir grandissant d'Osman, et ses descendants même, sous le nom des Michalogli, fils de Michal , se sont maintenus comme une famille riche et puissante dans les temps bien postérieurs de l'histoire ottomane. Nous auron» plus d'une fois occasion d'en parler. Osman avait donc gagné un ami; mais il n'avait pas encore obtenu la jeune fille tant désirée. Deux années encore s'écoulèrent (l ) avant qu'il pût la posséder, avant que le père, touché par la constance de son amour, se laissât décider à interpréter un songe en faveur du jeune homme.

Une nuit , Osman , reçu comme hôte dans h maison d Edebali, étant allé se mettre au Ht, plein de la patience qui , selon le proverbe arabe, est la clef de la jouissance, tout occupé de l'objet de son amour, par lequel l'amant silencieux et résigné mérite presque la couronne du martyre, voilà que, sortant du monde mystérieux, une image vint frapper son œil fermé par le sommeil aux objets extérieurs, mais ouvert intérieure' ment. Il se voyait avec le scheich son hôte reposant étendus : De la poitrine d'Edebali s'élevait la lune qui , grandissant de plus en plus et s approchant d'Osman , parvenue à la plénitude de son croissant , finit par descendre sur le sultan, et par se perdre dans son sein» Ensuite , de ses reins surgissait un arbre qui, s'élevant toujours, et croissant en vigueur et en beauté, étendait ses branches et ses rameaux de plus en plus au loin sur les terres et sur les mers , et jetait son ombre jusqu'aux dernières limites des trois parties de la terre; sous son abri, des montagnes comme le Caucase et l'Atlas , le Taurus et l'Hxmus, étaient comme les quatre colonnes de la tente éternelle; du milieu de ses racines sor taient le Tigre et l'Euphrate, le Nil et Hâter, qui étaient comme les ruisseaux arrosant le pied

(I) Idrii , fol. ij.

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