‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 179 sur 297 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

MONUMENTS DD RÈGNE DE MOHAMMED II. — ÉDIFICES.-— INSTITUTIONS. — LE FRATRICIDE ÉRIGÉ Ol LOI POLITIQUE. — LES QUATRE COLONNES DE L EMPIRE.— LES V ESI RS, KADIASHERS , DEF- TERDARS ET NISCHANDSCH1S. — LES AGAS DE LINTÉR1EUR ET DE L'EXTÉRIEUR. — L'ARMÉE ET U COUR. — LES ULÉMAS. — LES ÉCOLES ET L'ENSEIGNEMENT. — ÉDUCATION DE MOHAMMED. — SEPT VES1RS. — SAVANTS , POETES, LÉGISTES, MÉDECINS ET SCHEICHS.

Aussitôt après la conquête de Constantinople, huit des principales églises furent converties en mosquées, et dans la suite, Mohammed fit construire quatre autres temples. Parmi ces douze mosquées, au-dessus de tous les autres douies à l'exception de celui d'Aja-Softa, s'élève la mosquée dite du Conquérant , à la place où jadis l'église des Apôtres, construite par l'impératrice Theodora, rivalisait de splendeur avec Sainte-Sophie, sur une terrasse de quatre mètres de hauteur, couronnant la quatrième des «pt collines de la ville. Le parvis présente un carré, dont trois côtés sont garnis de colonnes ; If quatrième ouvre l'entrée du sanctuaire ; les coupoles, recouvertes en plomb, sont supports par des colonnes de granit et de marbre ; 'a porte principale correspond à la niche placée en face (mihrab) qui tient la place du maitre- Md;le long des trois ran^s de portiques du parvis règne un sofia de marbre poli, interrompu seulement par les portes d'entrée. Au milieu est une fontaine couverte en plomb, et mtourée de hauts cyprès. A l'extérieur, et audessus des fenêtres fortement grillées du parti*, sur des tables de marbre de diverses courra, est gravée en relief, dans les plus beaux caractères, la première Sura du Koran, celle ?w soumet et ouvre tes cœurs; et sur la porte principale , sur un champ d'asur, on lit la tradition du prophète relative à Constantinople : & soumettront Constantinople. Heureux te Prince, heureuse l'armée qui accompliront Mie conquête/

Sur la grande place de la mosquée, appelée

Ssahn (le champ) s'élèvent huit collèges, ou hautes écoles ( raedrese), et derrière chacun de ces établissements, un bâtiment supplémentaire (tetimme), avec beaucoup de cellules, pour le logement des étudiants. A ces constructions touchent les cuisines des pauvres (imarets) où les étudiants nécessiteux , et d'autres pensionnaires , reçoivent des aliments deux fois par jour; l'hôpital, appelé dareschschifa , c'est-àdire la maison de guérison; la maison des fous (timarchane); les bâtiments destinés à héberger les voyageurs et les étrangers (caravansérai ou chan); et enfin, des écoles inférieures pour les jeunes garçons qui en sont à l'alphabet (mckteb); la bibliothèque (kitabchane) est placée dans l'intérieur du temple , dans une pièce à part; c'est la première que fondèrent les Ottomans après la conquête. Autour de la mosquée se groupent encore un réservoir public (sebilchane), des bains (hamam), une bibliothèque et une école pour l'enseignement de la tradition; un parvis avec un sofa; et un cimetière avec un mausolée (turbei, près duquel se trouve le tombeau de la sultane Aalime, mère de Mohammed U.

Outre la mosquée dite du Conquérant , Mohammed en fonda encore trois autres à Constantinople : celle d'Ejub, compagnon d'armes du prophète; celle du grand scheich Bochari , près de la porte d'Andrinople , touchant aux murs de la ville contre lesquels il avait mené à cheval les troupes de Murad U ; enfin celle des janitschares, dans la caserne bâtie pour ce corps. A Andrinoplc et â Brusa, anciennes capitales de

l'empire, que Muradllet Mohammed Ier avaient ornées de magnifiques mosquées (1), Mohammed II n'éleva point d'édifices religieux; mais ses sultanesetses vesirs y construisirent des monuments qui doivent être rattachés à son époque. Sur les rives de la Tundscha , Kasim-Pascha bâtit une mosquée qui porte son nom, et contre laquelle reposent ses dernières dépouilles (2). Dix ans auparavant , la sultane Aische, fille du conquérant, avait fait construire la mosquée dite d'Aische(3) ; et quatre ans après la fondation de Kasim-Pascha, fut achevée la mosquée de la sultane Sitti, fille de Suleiman-Sulkadr, épouse du conquérant 4). Enfin ^Mohammed, comme on l'a déjà dit, bâtit l'ancien et le nouveau sérail, les halles couvertes de l'ancien besestan, et remit en état de défense les murs de la ville, fortement endommagés par les tremblements de terre, et par le dernier siège. Il transporta dans leur enceinte des colons tirés de quatorze cités conquises: en sorte qu'il peut être considéré comme le troisième fondateur de la ville de Byzas et de Constantin , qu'il appela Islambul, c'est-à-dire, l'accomplissement de l'islam.

Nous passons maintenant des édifices aux institutions de l'État , que les Orientaux se représentent comme une maison complète , ou plutôt comme une tente dont ils nomment les diverses distributions d'après celle idée figurée. Sur la triple base des lois religieuses (scheri), des coutumes (aadet), et des ordres du pouvoir arbitraire (kanun), repose l'édifice politique, dont la première partie, celle qui se présente d'abord aux regards est la Porte. La Porte, dans son acception la plus étendue , est prise pour le gouvernement , parce que, dès la plus haute antiquité , les affaires des peuples se traitaient à lajiorte des palais des rois (5): c'est là que l'on rangeait les gardes. La porte devint donc ainsi non -seulement l'image du gouvernement , en général , mais désigna encore la force militaire , dont chaque arme spéciale était appelée porte ; l'ensemble des trou-

(1) Mouradjea d'OboKon , t. n.

(2) BnouiidHadMbi-Cfajdfa , p. 9.

(3) Ibid., p. 10.

(4) Ibid.

(6) Xéuoptaoa.Cyropédie.

pes offrait ainsi quatorze corps désignés puce nom. Enfin, le troisième sens figuré d> rc mot s'applique non pas a l'empire ou au grovernement, en général, mais à la cour et au harem , qui est la maison ou la porte de la féudir (dari ou deri seadet) , tandis que la porte oc gouvernement est la sublime porte de l'empat ou du bonheur (babi dewlet) : l'empire est fortuné et la cour est bienheureuse. Devant h porte de l'empire sont campés les gardes qui \t protègent; c'est près de la sublime porte quf marche le vesir. U porte de la félicité condat dans le sanctuaire de la béatitude, dans lin^ rieur de la cour, dans l'appartement des famés. Dans l'intérieur de la maison est la timbre où se garde le trésor ; c'est l'administra* des finances qui est chargée de la tenue de b maison, et dans la salle est le sofa (le divas, sur lequel siègent les hauts dignitaires de 11tat ; enfin , les appartements les plus reu» sont affectés à la cour elle-même. Le kann, loi fondamentale du conquérant , par laquelle son dernier grand vesir Mohammed -bnmani régla l'administration de l'État et la hiérarchie, part , pour la distribution des emploi de l'État et de la cour , du nombre quatre (xi des quatre colonnes qui soutiennent la tente. fl qui d'ailleurs a sa raison historique dan» Ib quatre premiers disciples du prophète, lesquire premiers chalifes, dans h s quatre oftpagnons d'armes d'Osman , fondateur de 1» dynastie. D'après ce mode de division se l*f • sentent d'abord les quatre colonnes de Ywpn, c'est-à-dire les vesirs, les kadiaskers, les àcilerdars, et les nischandschis; puis viennent to agas extérieurs ou les commandants des troupes d'après leurs armes; ensuite les aga$ io^ rieurs ou les employés de la cour au dehors <i ii l'intérieur; enfin, les ulémas ou légistes, il» avant de passer en revue toutes ces partie» * l'édifice suivant l'ordre indiqué, il convient k jeter un t égard sur la kanunname, base mentale donuée par le conquérant a son g*»vernement.

I ,a kanunname est divisée en trois portes* parties principales : la première traite du raaß des grands de l'empire ; la seconde des wfP et des cérémonies; la troisième, des ainfl*» pour les délits, et des produits des emploi ^ première partie nous initie a la hiérardw *

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