XVIII
le chiffre du sultan, est devenue l'expression symbolique de l'investiture de la première dignité de l'empire. Outre le cas ici déterminé pour la fermeture du trésor, le grand vesir ne peut s'en servir que pour sceller les rapports qu'il adresse au sultan ; et comme tous ces rapports doivent passer par les mains du grand vesir, quelui seul a le droit d'écrire au souverain, le sultan ne voit jamais d'autre sceau que le sien ou celui des lettres de créance des monarques étrangers que lui présentent les ambassadeurs en audience solennelle. Le sceau des esclaves est indigne du regard du maître.
Le plus terrible de tous leskanunsest celui qui, pour assurer la possession du troue, érige le fratricide en loi de l'État. L'histoire ancienne des républiques et des empires despotiques nous offre plus d'un exemple de frères immolés pour des motifs politiques ; mais jamais elle ne les approuve. Justin a remarqué (1 ) qu'il y avait en Perse une sorte de gloire à s'élever au troue en montant sur les cadavres de son père et de ses frères; mais le code du despotisme persan lui-même ne contient pas un article qui légi- - time le fratricide par mesure de sûreté pour le troue. Il était réservé exclusivement au droit politique ottoman de sanctionner cette monstruosité. « l-a plupart des légistes ont déclaré comme une chose permise que quiconque de mes illustres fds et petits-fils arrivera au pouvoir suprême fasse immoler ses frères pour assurer le repos du monde; ils doivent agir en conséquence (2).» Osman, le fondateur de l'empire, avait donné le premier exemple du meurtre exécuté sur un membre de la famille, en perçant son oncie d'une flèche; Bajesid, le foudre, donna celui du fratricide en montant sur le trône. Son petit-fils Mohammed ne se contenta puint de marcher sur ses traces; il voulut encore légitimer ce crime, et sa volonté l'érigca en loi. De telles dispositions souillent de traits sanglants la législation donnée par le conquérant, et impriment une marque éternelle d'infamie au droit politique des Ottomans, placé ainsi au-dessous des codes de tous les barbares.
Après avoir vu la succession au trône établie
(1) Juftiin , I. x, ch. 2 , c. 3.
(2) Conitiiuiion de l'empire ottoman , I. i , p. 99
sur une base cimentée de sang , on pourra lire sans étonnement dans la troisième partie du kanunname : « Le prix du sang doit être prélevé par les employés de police; pour un meurtre, il sera de 3,000 asprcs , de 1,500 pour un œil arraché, de 50 pour une blessure à la tête (1). » Le prix du sang occupe une place importante dans les revenus des magistrats ottomans; ensuite viennent les sommes annuelles payées par les puissances chrétiennes , que le sultan partage avec les vesirs et les defterdars, afin de les intéresser plus vivement à lever les anciens tributs , â en imposer de nouveaux: «Si des puissances étrangères envoient déposer les tributs sous mon étrier impérial, mes vesirs et mes defterdars en prennent leur part (2). » Ce chapitre donne l'état des appointements des vesirs, des beglerbegs, des defterdars et des sandschak-begs , et finit en disant : a Les descendants de mes filles ne doivent point être investis de places de beglerbegs ; ils auront de riches sandschaks-begs. » Parlàétait prévenu le danger qui pourrait s'élever pour le trône si des descendants de sultanes mariées à des vesirs parvenaient à une dignité plus élevée que celle de sandschakbeg. Mais cette disposition s'applique seulement aux petits-fils des sultanes par leurs filles ; car il ne peut être question des fils de ces princesses, puisque Ton condamne ceux-ci à mort dès leur naissance , en ne leur nouant pas le cordon ombilical. Le silence observé par le kanunname sur ce meurtre d'enfants innocents, encore exercé aujourd'hui dans l'empire ottoman (3), prouve qu'il était depuis longtemps passé en usage, ou qu'il était implicitement compris dans le titre sur la légitimité du fratricide. La consécration du meurtre ne s'arrêta point aux frères du sultan : elle s'étendit aux neveux et aux petits-fils. Avant Mohammed, les Arabes regardaient comme une chose permise de noyer leurs filles aussitôt après leur naissance, et l'un des plus grands mérites du prophète aux yeux de l'humanité est l'abolition de cette coutume atroce, au nom du ciel par le Koran. Comment aurait-il pu prévoir que des princes proclamant la loi , prenant le titre de
(!) Constitution de l'empire ottoman , 1. 1 , p. 99.
(2) ibid.
(3) Mouradjea d'Ohnoo , I. m , p. 3 5.
princes des vrais croyants, et s'arrogeantmèni< celui de chalifes , feraient sanclionuer par I« organes de la loi le fratricide comme mesure d< sûreté pour le trône, et que ces abomiuabb fetwas des légistes s'appuieraient sur l'autorité du koran (1), qui , à la vérité, dans son seo«. k plus étendu , consacre tous les meurtres dan> l'intérêt du repos ?
Maintenant , nous allons considérer en détail les diverses parties de l'administration puNique. Le nombre quatre, comme nous l'avons *u plus haut , est cher aux Orientaux : c'est la ba* des premières dignités. Quatre colonnes supportent la tente; quatre anges suivent le koran, soutiennent le trône du Tout-Puksasi quatre vents régnent dans les régions de l'air, selon les quatre points cardinaux du ciel: ta quatre plus grands maîtres de la vie contemplative, qui coexistent éternellement, sont vt pelés par le sofi les quatre pieux (ewtad If prophète, sur le modèle des quatre évalue listes, eut ses quatre disciples les plus intimes, les quatre premiers chalifes de l'islam. Par cf motif, Mohammed établit quatre colonnes ou quatre soutiens de l'empire ( erkiani dewlei dans les vesirs, les kadiaskers , les defterdars. et les nischandschis , qui sont en même tentf* les quatre colonnes du divan , c'est-à-dire da conseil d'État, et qu'on appelle les démon*, parce qu'ils doivent avoir une prudence et oof activité diaboliques.
Les premières colonnes de l'empire et les appuis du divan sont les vesirs , c'est-à-dire le» portefaix , ainsi appelés parce que sur leur* émules repose le poids de l'État. D'abord, il n'y en eut qu'un seul ; pius il y en eut deux : poi> trois sous les premiers sultans. Le conquérant porta leur nombre à quatre, dont le premier, le grand vesir, élevé de beaucoup au-dessus de? autres par le rang et la puissance, investi duo pouvoir illimité, est l'image visible dusuliao, son représentant , le chef suprême de toutes b branches de l'administration, le centre et k levier de tout le gouvernement.
Dès la plus haute antiquité , dans les empira d'Orient , l'exercice du pouvoir du prince, q»' est l'ombre de Dieu sur la terre , fut conceDtrf
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