‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 182 sur 297 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

dans la main do vesir, qui est une sorte d'émanation active du souverain. Ainsi , dans les temps les plus reculés de l'histoire persane et turque, apparaissent Piran-Weise, le sage vesir, dans le Turan , et Dschamasb , contemporain de Serduscht (Zoroastre), dans Uran; Bisurdschimihr , le vesir de Nuschirwan-le-Juste; Joseph, à la cour de Pharaon ; Daniel , à la cour de Sose; et, d'après les annales orientales, Asapf , grand vesir de Salomon. Rarement cette haute dignité se transmit par héritage dans la même famille , comme on le vit dans celle des Bannekides, sous le chalifat; dans celle de Nisamul-Mulk , sous la dynastie des Seldschuks, et dans la famille Dschendereli, sous les Ottomans, depuis le sultan Murad Ier jusqu'à Moluramed II, qui, avec la tète de Chalil, abattit eette race de vesirs, puis gouverna seul. Lorsque , au bout d'une année , le sultan nomma un nouveau grand vesir, il lui confia seulement la conduite de l'armée, comme au généralissime, niais lui-même présida le divan en personne; «e fut seulement sous l'administration de Keduk-Ahraed-Pascha, le conquérant de Kaffa, de la karamanie et d'Otrante, qu'un jour un lurkman, couvert de haillons, parut dans la »lle du divan, et demanda, dans le langage &n»$ier de ses compatriotes : Lequel d'entre vous est donc le bienheureux empereur ( 1 ) ? Mohammed fut enflammé de colère, et le grand vesir saisit cette occasion pour représenter au sultan que, pour ne plus exposer à l'avenir sa personne sacrée à une telle méprise, il serait .mieux d'abandonner aux vesirs le soin des affaires du divan. Le conquérant accueillit la proposition; et, dès ce moment, l'administration rata exclusivement aux vesirs, et particulièrement entre les mains du premier d'entre eux. Pendant quatre jours consécutifs, le samedi, le dimanche, le lundi, et le mardi, le grand vesir, précédé des autres vesirs, des kadiaskers, des defterdars et des nischandschis, se rendait «ans la salle du divan, au sérail : à l'entrée de la salle du conseil , les premiers arrivés s'arrêtaient, les autres faisaient de même, tous croient les bras sur la poitrine, et cachant soigneusement leurs mains dans leurs man-

(t)SiolakMde, fol. 64,1.*.

TOM. I

ches(l) ; le grand vesir traversait leurs doubles rangs, et entrait le premier dans la salle; les autres membres dudivan suivaient deux par deux, de sorte que les premiers arrivés devant la porte en franchissaient le seuil les derniers (2); en passant devant les rangs des conseillers, le grand vesir leur donne un salut qu'ils lui rendent. Sur le sofa où il prend place, siègent, à sa droite, les autres vesirs et les kadiaskers , à sa gauche, les defterdars et les nischandschis; devant lui se tiennent les maîtres des requêtes, qui exposent les affaires ; le reis-efrendi , ou secrétaire d'État , est aux pieds du sofa ; le grand chambellan et le maréchal de la cour, avec leur cortège de chambellans et de tschauschs inférieurs , ajoutent à la pompe de ces séances, et le tschaucschbaschi, ou maréchal de la cour, qui maintient l'ordre, est appelé le beg du divan.

I^es insignes de la dignité de vesir sont les trois queues de cheval, dont les beglerbegs portent seulement deux ; une seule queue distingue les sandschak-begs. Aux vesirs seuls appartient le salut de bénédiction ( alkisch ) , qui a remplacé complètement le salut byzantin de longues années. Dans Tété , ils portent des surtouts en velours, avec des boutons et des lisérés d'or; dans l'hiver, ce vêtement est garni de fourrures (3). Les revenus annuels des vesirs furent d'abord de 100,000 aspres; puis, on les éleva à 200,000; les fiefs dont ils étaient en outre investis leur produisaient cinq ou six rois cette somme(5). Une immense distance entre les vesirs ou paschas à trois queues et le grand vesir est marquée par des prérogatives exclusivement réservées à ce haut dignitaire : l°la garde du sceau impérial , avec lequel , les jours de divan , sont scellées les portes du trésor et de la chancellerie; 2° le droit de tenir un divan particulier, l'après-midi, dans son palais, qui s'appelle la haute porte ; 3° l'escorte du maréchal de la cour et de tous les tschauschs , depuis son palais jusqu'au sérail , et du palais impérial chez lui, et les vendredis, lorsqu'il se rend à la mosquée; 4° la visite des kadiaskers et des

(1) Aiust 'que cela se faisait déjà au temps de Xenopbon , Histoire grecque , I. u.

(2) Aali.

(3) Jbid.

(4) Ibid.

defterdars, tous les mercredis, coiffés du turban de cérémonie, avec lesquels il se rend à la cour; 6° l'apparition des officiers de 1 étrier impérial, Unis les lundis , dans le divan ; 6° la procession solennelle, lorsqu'il va faire sa prière le vendredi à la mosquée, sous l'escorte des t*chauschs (messagers d'État), des tschaschnegirs (écuyers tranchants), et des muteferrikas (fourriers de la cour), avec leurs bouncts de cérémonie; 7° la visite hebdomadaire de l'aga des janilscharcs, qui ne se fait que tous les mois aux autres vesirs; 8° l'inspection de la ville et des marchés , faite avec l'escorte du juge de Constantinople, de l'aga desjanitschares, du préposé des marchés, et du préfet de la ville (Muhlesib et Ssubaschi ;; î)° la visile hebdomadaire des magistrats et des saudschak-begs, coiffés du turban de cérémonie, revêtus du costume officiel, tandis que ces fonctionnaires ne se rendent que rarement chez les autres vesirs , et avec leurs vétemeuls ordinaires; 10° les félicitations et les vœux officiels qu'il reçoit aux deux fêtes du bairam, des autres vesirs, des defterdars, des begs , des magistrats et des généraux de l'armée.

Les secondes colonnes de l'empire et du divan, sont les kadiaskers, ou juges de l'armée. Depuis la fondation de l'empire ottoman jusqu'à la fin du règne de Mohammed , un seul juge de l'armée avait été chargé de décider les questions litigieuses en Turquie et en Asie; dans la dernière année du conquérant, lorsque Mesib-Pascba , après la malheureuse issue du siège de Rhodes , à son retour à Conslantinople, fut déposé de sa dignité de vesir, dont fut investi le juge de l'armée Magnesia-Tschclebisi, et que Molla-kastelaui remplaça ce dernier, le grand vesir Mohammed-Pascha-Karamani , sous lequel furent arrêtées la plupart des dispositions du kanunname, et qui était ennemi personnel de Kastelanî, représenta au sultan que, puisqu'il y avait quatre vesirs dans le divan, on pouvait bien, à l'avenir, instituer deux juges d'armée , dont l'un déciderait les affaires d'Kurope, tandis qu'a l'autre seraient remises celles d'Asie (1). Sa proposition fut adoptée, et Hadschi-Hasansade devint le collègue de käste-

lt) Ssolakuade, fol. 64, el dans Hadubi-Cbalfa , Tabie* cnronoloGiqne* , p. 187.

lani, comme premier juge d'année d'Ànatoli. Après ces dignités, les plus hautes dans l'ordre judiciaire, étaient celles de précepteur du sultan el des princes (chodscha), et de premier interprète de la loi (mufti). Plus tard, sous Sulei man le Législateur, la charge de mnfu fut élevée à la tète de l'ordre judiciaire. Ou appelle mufti, celui dont la sentence est décisive et sans appel, tout légiste qui, consulté dans des cas douteux , donne un avis décisif , d'après lequel le juge (kadi) agit ensuite. C'est de ces muftis que le conquérant obtint les deux fetwas si importants dans l'histoire ottomane, dont l'un légitima l'exécution du roi de Bosnie, malgré la garantie de la vie, qui lui avait éU donnée sous le sceau du serment , el dont l'autre consacra le fratricide pour assurer la succession au trône. La place de premier mufti de l'empire, après la conquête de Constautinople. fut conférée au juge de la capitale, Chisr-Beg. puis au juge d'Andrinople, ensuite à un modems ou recteur d'une haute école, et devint permanente; mais alors le mufti n'avait aucune influence décisive sur l'expédition des affaires, et n'occupait point dans l'ordre judiciaire le premier rang ; au-dessus de lui se maintenaient les deux kadiaskers d'Europe et d'Asie, et aprfc ceux-ci le chodscha du sultan et le juge de Gonstantinople. Les émoluments ordinaire* de kadiaskers étaient calculés à raison de 500 *• près par jour , mais les épices les décuplaient. Ces dignitaires avaient alors le droit d'être admis les jours de divan à l'audience du sultan, immédiatement après les vesirs, et de lai présenter directement leur rapport des affaire^ les mardis et les mercredis exceptés, ils tenaient tous les après-midi un divan particulier dans leur propre demeure , où se rendaient 1» juges et les recteurs des collèges. Ils nominaieiit a tous les emplois de kadis et de muderris,daos leurs départements respectifs, à l'exception des places de kadis d'un produit quotidien àt lôO aspres, et de muderris d'un revenu de 40 aspres, comme à Constantinople, Andrinople et Brusa; le grand vesir s'était réservé de faire occuper ces postes.

Les defterdars ou teneurs de livres pour > comptes des finances sont la troisième cotonoe de l'empire: que le mot defter, registre des 'mpots, soit passé originairement du grec dansie

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