‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 184 sur 297 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

ait, l'intendant devenait premier officier ouche; celui-ci passait grand trésorier, et ernier était élevé au poste de grand maître »ur; la place vacante de l'intendant du chaétait donnée au chef des gardes de la porte puoghlankiajasi ). Si le grand maître de la était obligé de quitter la cour, sa disgrâce tempérée ordinairement par sa nomination gouvernement de province, en qualité de erbeg. La principale fonction des trente uarante eunuques blancs, soumis au grand re de la cour, sous le titre de gardes de la e, était la surveillance des trois chambres pages, dont la première, la plus retirée, appelée chaszoda; la deuxième, la plus grande, bujukoda; et la troisième, la petite, kutschukoda. Le chef de la chambre rieure,le chaszoda-baschi , qui habillait et labillait le sultan, en raison de ses fonctions le mettaient en contact avec la personne du erain, était considéré presque à l'égal du id maître de la cour ; quoiqu'il lui fût suiooné, il était le premier des quatre autres > intérieurs, qui formaient les quatre dignîsattachésauxappartementsles plus retirés:

ùent : 1° le chaszodabaschi , ou premier Nbellan ; 2° le silihdar, ou porte-épée ; 3° le iokadar, ou premier valet de chambre, chargé porter dans les cérémonies le manteau du an; 4° enfin, le rikiabdar , ou teneur d'ér, qui aidait le souverain à se mettre en selle, pages de l'appartement intérieur étaient isis parmi ceux de la grande chambre, et pages de la grande chambre étaient tirés de «tite. Parmi ces pages se distribuaient les fts et les nains , les chanteurs et les musi- >»• Outre leur entretien régulier , les agas Prieurs recevaient annuellement une cerie somme dite de turban et de ceinture , une X argent d orge des agas extérieurs, ce que les turbans et les ceintures étaient si nécessaires aux premiers pour les céré- Qies de cour que l'orge aux seconds pour la irriture de leurs chevaux. Le chaszodabai recevait, par au, cinq habits qu'avait portés ultan lui-même. Il y a double garde pour le ail ; celle des portes et des cours est confiée (kapidschis, et celle des jardins et des bar- » aux bostandschis. Les officiers des kapid- »s correspondent à peu près à nos chambel-

lans; leur chef est le kapidschilerkiajasi, dont le service, tout extérieur, est bien distinct de celui de l'officier attaché aux appartements intérieurs. Le kapidschilerkiajasi et le tschauschbaschi, les jours de divan et d'audiences solennelles , marchent en avant , portant des bâtons garnis d'argent, qu'ils font résonner en frappant à terre. Le premier a sous sesordres les kapidschibaschis; l'autre commande aux tscliauschs (fourriers et messagers d'État ); le bostandschibaschi exerce encore son autorité sur les nombreux gardes des jardins chargés de cultiver et d'entretenir les jardins impériaux, et qui forment les équipages des galères et des barques du sultan. Le harem est le séjour des femmes; il est placé sous la surveillance des eunuques noirs, dont le chef, le kislaragasi (aga des filles ) , se montre souvent par son influence le plus puissant de tous les agas du dehors, de l'intérieur et de l'extérieur. Telle était l'organisation de la justice, du trésor, de l'armée, de la ville et de la cour. Les provinces étaient administrées par des begs , paschas à une queue , et des beglerbegs, paschas à deux queues , chefs des cavaliers feudataires qui se rassemblent sous leurs bannières (sandschaks). L'empire ottoman comptait alors trente-six de ces sandschaks, sous chacun desquels se rallient environ quatre cents cavaliers. La force de l'armée, infanterie et cavalerie, dépassait cent mille hommes ; les revenus annuels du trésor s'élevaient à plus de deux millions de ducats fournis par les impôts, les taxes, les douanes , les tributs et les mines.

Il nous reste à parler du corps enseignant , c'est-à-dire des ulémas ou légistes, qui, tout à la fois théologiens et jurisconsultes, occupent exclusivement les places de professeurs et de juges; les chaires sont les premiers degrés pour élever aux sièges de magistrats; puis, on est porté aux plus hautes dignités de l'ordre judiciaire , on devient juge de l'armée , mufti. C'est une erreur de prendre les ulémas pour de purs théologiens, ou même pour des prêtres. Ils doivent être en effet théologiens, parce que, dans l'islam , en définitive , le droit vient se confondre avec la théologie, et que la base primitive est le Koran, ou la parole de Dieu; mais les ulémas n'ont aucun des caractères des prêtres. Dans le sens le plus étendu, on peut bien

rattacher aux ulémas l'ordre des prêtres, auquel appartiennent les imams et les scheiehs, et dans lesquels on compterait même les mucsins , les chatibs et les kaims (sacristains), enfin , tous les moines; mais ces prêtres sont complètement séparés du corps enseignant proprement dit, qui ne comprend que les professeurs et les juges , et ils n'ont aucune prétention aux places rétribuées de l'ordre judiciaire, qui sont le partage des hommes de science et d'étude (1). Quoique le sultan Trehan eut déjà institué des muderris, ou professeurs auprès de la première medresc de l'empire ottoman, par lui fondée, et que Bajesid le Foudre eut fixé les revenus des juges, c'est ù Mohammed \\ que revient l'honneur d'avoir organisé régulièrement le corps enseignant des ulémas, car c'est lui qui fixa l'ordre hiérarchique des professeurs et des juges, détermina le mode d'avancement et les degrés d'élévation de l'une de ces branches à l'autre. Le clergé proprement dit , en tant qu'il comprend seulement les desservants des mosquées, les crieurs de la prière, les imams et les prédicateurs, ne jouit peut-être, dans nul autre état, de moins d'influence; le véritable corps enseignant , au contraire, a une importance et une autorité politique dont on ne voit point d'exemple ailleurs, la Chine exceptée. Entre les ulémas et les ministres du culte, sont placés les ordres des derwischs et des scheiehs de la vie contemplative, sur lesquels nous avons déjà donné des détails suffisants sous le règne d'Urchan; mais s'ils n'ont point parcouru tous les degrés du corps enseignant, en partant du plus bas, ils ne peuvent non plus prétendre aux places productives de professeurs et déjuges, qui portent aux premières dignités de la loi. Celte gradation dans les emplois est nommée la chaîne des ulémas ; et c'est le conquérant qui en forma les, premiers anneaux dans l'empire ottoman. Elle diffère entièrement de la chaîne des scheiehs, qui transmet surtout les sentiments de la vie contemplative, et la tradition de l'esprit de l'ordre, par le souffle des maîtres, et qui forme un lien purement spirituel. Les ulémas sont assurés par une suite de fortes positions ;

(I) Vor. Mouratf^ea d'OhMot^ t. yi, u* paçi. &* édiL, p. 453 , et adininislratiou de l'empire ot tonna , I. u , p. 392.

comme leur chaîne parcourt et embrasse l'administration ottomane , et qu'elle retient rncwt ensemble les parties de l'édifice politique, <pi menace de s'écrouler, pour compléter les notion* déjA données sur l'empire ottoman, fournir te moyens d'apprécier pleinement les services de Mohammed 11 en qualité de législateur, et a même temps pour préparera l'intelligence pi» nette de plusieurs parties de cette histoire. où il sera question des ulémas , 11 est nécessaire d'entrer ici dans quelques développements.

Aussitôt après la conquête de Constantin^ Mohammed avait transformé huit des priaipales églises en mosquées; il y attacha huit œf dreses (hautes écoles), à l'entretien desquels furent affectés les revenus mêmes des églises. Lorsqu'ensuite il éleva ta mosquée de son noa à Constant inople, il établit à côté huit roedre* qui , étant bâties sur le même terrain et le mén niveau que la mosquée, reçurent le nom de? huit hautes écoles du champ; les muderri'j jouirent d'appointements supérieurs à eeui tous les autres établissements fondés daw b même ville. La gradation dans les diver« places de professeurs, et l'organisation de li hiérarchie entière des ulémas, parait 1'«* du grand vesir Mahmud-Pascha, qui,*™:

lui-même, appliqua la plus grande ardeoriA tels soins. Les étudiants furent appelé* Thalfc c'est-à-dire les amants de la science , ou pfo généralement, suclites , les enflammés. par* qu'ils brûlaient de l'amour de l'étude. Hs étan*i logés et nourris dans des édifices parti* contigus aux huit écoles, et appelés tetimnu- Le cercle de leurs études comprend la (jr* maire, la syntaxe, la logique, la métaphysique la philologie , la tropique, la stylistique, Urb* torique, la géométrie et l'astronomie. Aprk l'avoir parcouru tout entier, ils prennent kW de danischmende (doués de sciences ) fi a cette qualité, ils instruisent comme rfpcW (muids) les nouveaux étudiants.

mendes fournissent des maîtres pour les*»* inférieures, ou deviennent imams, et pour* il ne leur faut point d'études supérieures: m» ils perdent ainsi toute prétention ans tf** productives des muderris et des moll«^^ celles-ci , l'on exige l'étude dfi la srif** * droit, et l'avancement gradué dans la M * des ulémas. Les caudidats a de telles place»11

MVHE XVII!.

appelas mulasftns, et les muderris s/mt assurés le rétribution quotidienne de 96 aspres. la mesure de ces appointements, les sont appelés les vingt, les trente , les quarante, cinquante, soixante. Les professeurs attachés aux huit medreses de la mosquée de Mohammed tout en recevant 60 aspres par jour, sont appelés les huit, et leurs collèges figurent en général, dans les fastes de l'empire, le nom des huit paradis de la science. ld avait encore fondé un medrese.

à la mosquée d'Ejub, avec un traitement de 64) aspres, et un autre à la mosquée d'Aja- Soft.i, avec un traitement de 60 aspres par jour pour les professeurs. Mais, afin d'établir une distinction de rang entre les places de muderris jouissant d'appointements égaux , on divisa ces professeurs en extérieurs et en intérieurs; au bas de l'échelle sont les extérieurs, puis les intérieurs, qui ont au-dessus d'eux huit de la mosquée de Mohammed; les soixante sont au sommet. Tes appointements et le rang des professeurs étaient déterminés par l'importance des leçons qu'ilsavaient à donner : ainsi, les vingt font une lecture sur une œuvre dogmatique; les trente, sur la rhétorique; les quarante enseignent le droit civil; les cinquante, la tradition des prophètes; les soixante donnent l'eiégèse du Koran. Outre les ouvrages supérieurs sot la rhétorique et la métaphysique, dont les premiers éléments sont enseignés déjà dans les basses classes, le haut enseignement comprend les quatre branches des sciences législatives : la dogmatique, la jurisprudence, les traditions orales, et les actes écrits. Le mulasim, qui a suivi durant sept ans la carrière de o» études, et qui est sorti victorieux dis exau*us aévères, est seul propre à occuper les places de raoderri ou de juge supérieur; celles de magistrats de dernier ordre, on des naTbs, leurs substituts, dont les appointements sont de 25 aspres par jour, n'exigent que les études de danischmendes. Le muderri du rang le plus élevé s'appelle machredsch-mollah , c'cst-a-dirc mollah ensurvivance. Utitredemollahn'appartientqu'auxplushautsdignitairesde la magistrature, qui constituent la première descinq classe» du corps des ulémas, et qui forment encore six subdivisions, sttvant leur importance et leurs cvcqus.

De tels soins de la part du législateur pour l'institution des écoles, les avantages et la considération des professeurs, assurèrent les progrès de la culture des sciences et la prospérité des savants sous Mohammed 11. Lui-même avait été formé à l'étude dès sa jeunesse; et ses lettres et ses vers lui méritèrent l'honneur d'être compté parmi les poètes ottomans. À dater de son époque, la charge de précepteur du sultan (chodscha), qui devait faire des lectures, nonseulement aux princes, mais au sultan lui-même, devint une dignité permanente affectée aux premiers ulémas. Vitt douzaine des savants les plus distingués occupèrent cette place , depuis la jeunesse du conquérant, jnsqu'à la fin de son règne ; donnant des leçons à lui-même ou à son successeur, Dajesid : parmi eux, on cite le mollah Kurani et le mollah Sirek, Chodschasadc, Cnatibsade, et le mathémati* ien Miremtschélebi. Un autre mathématicien et astronome du plus haut renom , Alikuschdschi, accompagna le conquérant dans ses guerres, et, durant la campagne contre Usun-Hasan, écrivit un traité d'astronomie intitulé Fethije ( de la conquête ); aujourd'hui il marque encore les limites ou se sont arrêtés les progrès des Ottomans dans l'astronomie, depuis le conquérant. Alors qu'il n'était pas encore sultan , Mohammed avait engagé un commerce de lettres avec les princes les plus éclairés de ses contemporains, dont la protection accélérait les progrès des études, et assurait la prospérité des savants. Cest ainsi qu'il fut en correspondance avec le petit-fils et l'arrière-petit-fils de Timor, avec Baisankor, frère, et avec Abdullatif, fils d'Ulug-Beg, connu de l'Europe par les tables astronomiques qui portent son nom , avec Dschihanschah , souverain de la dynastie du Mouton-Noir, et avec Schirwan-Schah, souverain de Schirwan. Quelquesunes des pièces de la collection des papiers d'fttat du reis-effendi Feridun ont été peut être écrites par la plume du prince; car les lettres de victoire annonçant ensuite la conquête de Constantinopte, de la Morée, de Kaffa, et le triomphe remporté sur Usun-Hasan, et adresséesauxschahs de Perse et aux sultans d'Egypte , aux princes de Kastemurri et de Krimée, au sdierif delà Mecque, aux maîtres de l'Indostan, portent sur la suscriptinn les noms des rédacteurs, tels que mollah Kurani et mollah Kerim,deax savants qui

alors rivalisaient dans Part de rédiger des lettres, avec leur contemporain, le modèle inimitable de tous les écrivains épistolaires persans, Chodschanidschihan , vessir de Moharamed- Schah nehmen de l'Inde.

Non-seulement les légistes, par leurs progrès dans les sciences, s'élevèrent en crédit et en dignité, sous Mohammed , mais des paschas et des vesirs s'appliquèrent aussi à l'étude avec ardeur, etdonnèrent, par leurs ouvrages et leurs actions , la preuve la plus éclatante , que la science relève le guerrier et l'homme d'État, et que, dans les plus hauts emplois, elle est un gage de la plus grande prospérité pour les empires. Outre Mahmud-Pascha, le grand vesir auquel nous avons déjà rendu hommage pour ses services aux études et aux savants, cinq vesirs et un grand vesir encore sesignalèrent dansles sciences, savoir : Sinan-Pascha, deux Ahmed-Pascha , Jakub-Pascha, Dscheseri-Pascha et le grand vesir Mohammed-Pacha-Karamani. Sinan-Pascha, fils de Chisr-Beg, affichait dans sa jeunesse un tel scepticisme, qu'un jour son pèreluilança un vase de cuivre à la tète, impatienté de l'entendre douter que du cuivre fût réellement du cuivre. Sinan s'appliqua plus tard aux mathématiques, devint précepteur du prince et vesir; mais ensuite il tomba dans la disgrâce, et, sur l'ordre du sultan , qui prétendait lui faire appliquer ainsi un remède contre la folie, il dut recevoir, chaque jour, un certain nombre de coups de bâton. L'intervention des ulémas le fit réintégrer dans les fonctions de muderris, qu'il put exercer à Siwrihiszar et Andrinople ; il écrivit sur l'astronomie, la métaphysique, l'éthique, et sur des légendes. Ahmed-Pascha et Jak ub- Pascha, fils, comme Sinan, du grand savant mollah Chisr-Beg, paraissent avoir été redevables du titre de pascha, moins à leur propre savoir qu'à la renommée de leur père et de leur frère (1). Ahmed-Pascha , fils de Welieddin , précepteur du prince, puis vesir, fut le premier poète lyrique des Ottomans véritablement digne de ce nom; il se maintint à cette hauteur, jusqu'à ce qu'il se vit obligé de céder la palme à Nedschati, qui lui-même fut surpassé dans la suite par Baki. Dschescri-Kasim- Pascha, d'abord

(1) Schakaikun-Naamauije.

defterdar, puis vesir de Mohammed H, rivalu sous le nom de Ssafi ( le pur ) avec les gha<*kd' Ahmed-Pascha (1), et Mohammed-Pascha- Karamani, le dernier grand vesir du conquérant, l'ordonnateur de ses institutions poli tiques sous la forme du kanunname, alorsqn J était simplement nischandschi, parvint daro une haute estime auprès de son mattre par m talent à rédiger les lettres adressées au sduh de Perse; puis, il acquit pleinement sa confia»*, et le sultan lui conféra la plus haute dignité dt l'empire. Karamani conserva, comme poète, k titre de son emploi (nischani); il ouvrit la arrière aux savants secrétaires d'État sessucc»seurs, parmi lesquels trois historiens sont distingués, d'après l'importance de leurs ouvrage par les surnoms de grand, de moyen, et dt petit Nischandschi. Ainsi, de sept savants vesio du conquérant, quatre furent poètes, et parai eux brillèrent les plus grands hommes d'Fut de son règne, Mahmud-Pascha, le fondai de la hiérarchie des ulémas, et Mohammcd- Karamani, l'organisateur de l'ordre administratif. Le second fils de Mohammed, suIud Dschem , aimait aussi à cultiver la poésie; il f-t occuper, par des poètes, les premiers emploi de sa cour et de son administration; Saadi fut son nischandschi; Haideret Schahidi figurerait comme sesdefterdars. Le conquérant, qui am pris, comme poète, le nom d'Auni ( le secwirable), mérita ce titre par sa générosité ta& les nourrissons des muses, étrangers ou éiaW> dans ses États. Trente de ces poètes jouUsai«1 de pensions viagères; au premier écrivain de l'époque, à Chodschai-Dschihan, qui vi"1' dans l'Inde, et au dernier grand poète peran. mollah Dschami, il envoyait annoelieoieiit 1,000 ducats.

Arrosée ainsi par les abondantes faveurs^ cendues du trône, la poésie ottomane dut fleurir rapidement, et porter des fruits en abondance. A Brusa, apparut une pléiade de p*1'1 lyriques ; Kastemuni s'enorgueillit d'une*00' stellation non moins brillante, au sein oV'2" quelle resplendissait une femme, latin*8* Seineb (2); mais parmi les trente poète* F*

(1) Aali , Schalcaîk , Seadeddin.

(2) Latifi, Biographie» des poètes nnw.uaiP» 0 haben , p. 190.

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