‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 186 sur 297 · XV11I · texte numérisé non relu

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sultan , ses grands vesirs, tels que Mahmud et Mohammed - Karamani , ses vesirs, comme Amed-Pascha et Kasira - Pascha , appelèrent d'autres poètes autour d'eux, et les admirent dans le cercle de leur famille (1).

Sous le règne du conquérant, près de soixante légistes marchèrent d'un pas égal à celui des poètes dans la carrière de la gloire et des travaux de l'esprit. Dans ce grand nombre qu'il nous suffise de signaler quatre des plus fameux ulémas. Le premier qui se présente est mollah Kurani, précepteur du sultan Mohammed, alors que celui-ci n'était encore que prince et gouverneur de Magnesia, et que, livré à l'indiscipline , il se refusait d'apprendre à lire le Koran. Le sultan Murad envoya le mollah Kurani avec un bâton à la main , l'autorisant à en faire usage contre le prince. Kurani, homme austère, d'un caractère peu flexible , peu disposé aux ménagements et à la crainte, annonça nettement au prince quelle était sa mission. Mohammed lui rit au nez, et Kurani le châtia aussitôt en le frappant de son bâton. Parvenu à l'empire, Mohammed voulut récompenser son digne précepteur par la dignité de vesir; mais celui-ci la refusa. De tels antécédents l'autorisaient en quelque sorte , lorsqu'il fut juge de l'armée , puis administrateur d'établissements de piété, à prendre des libertés que nul vesir n'osa jamais se permettre : ainsi, jamais il ne se prosternait devant le sultan ; mais se contentait de lui toucher la main , en lui disant comme à un musulman son égal : « Je te salue. » Mécontent de son maître, il partit pour l'Egypte, où le sultan Kaitbai l'accueillit avec les plus grands honneurs ; néanmoins, il revint ensuite dans le pays de Rum, et mourut dans la plénitude de l'autorité qu'il devait à sa science profonde , et à la dignité de son caractère. Un rival en importance , en faveur auprès du sultan, en caractère et en savoir, fut le mollah Chosrew , Grec de naissance, dont les deux ouvrages, les Ctieveux du front et les Perles , servent de base à la jurisprudence ottomane. Juge de Constantinople et de tous ses faubourgs, puis mufti durant treize années, Chosrew jouit de la plus haute considération que lui attirait l'élévation de son caractère , encore plus que la dignité de

(I) Latifi, p. 133.

la magistrature dont il était revêtu. A son arrivée à la porte d'Aja-Sofia,-la foule entassée s'ouvrait aussitôt avec respect , et lui livrait un libre passage jusqu'au mahre-autel. Plus d'une fois, témoin de ce spectacle du haut des galeries supérieures du temple, le conquérant dit à ses vesirs : C'est l'Ebu-Hanife de notre époque. A la cérémonie de la circoncision , le sultan ayant placé Kuranî a sa droite, et Chosrew à sa gauche , celui-ci, offen>»é de la supériorité donnée à son rival , s'embarqua aussitôt pour se rendre ä Brusa où il bâtit un collège dans lequel il daigna professer lui-même. Chodschasade et Chatibsade, c'est a-dire le fils de Chodscha, marchand de Brusa , et le fils du dignitaire, chargé de réciter la prière publique, acquirent de la renommée , non-seulement par leurs ouvrages, mais surtout par leur supé- | riorité dans 1rs discussions savantes sout. nues en présrnce du sultan. Tous deux donnèrent des leçons à Mohammed, parvenu au souverain pouvoir; car dans le mouvement rapide de ses conquêtes, il trouvait encore le moment de lire avec ses professeurs, et savait faire succéder les débats des savants aux luttes sanglantes des armes. «Oses tu donc discuter contre moi? » demanda un jour le conquérant à Chodschasade : «comme votre professeur, j'ai cette confiance, » répondit celui-ci. Aussitôt Mohammed le destitua; mais ensuite, il le rappela, et lui rendit sa faveur (1. L'une des controverses les plus fameuses de Chatibsade fut celle qu'il soutint contre le jurisconsulte Alaeddin-Arabi. Celui-ci fut deux fois revêtu de la dignité de mufti, qui alors n'était pas encore le degré le plus élevé de la magistrature: la première, il était en même temps muderris; la seconde, il n'y joignit pas d'autres fonctions. Alaeddin-Arabi et lbn-Magnesia furent comptés parmi les plus célèbres ulémas du règne de Mohammed. Néanmoins, on ne connaît du premier qu'un seul ouvrage; mais en revanche, il laissa quatre-vingt-dixneuf enfants. Quant à Ibn-Magnesia , son ambition toujours croissante ne lui laissa pas le lomps d'écrire; il n'aspirait qu'à la place de vesir, qu'il finit par saisir (2). Ibn-Magnesia eut

;i) Scbakaik, Aali , Seadeddin , Hadschi-Chalfa . Table* chronologique*.

12) öchakaik , Aali , Seadeddin.

pour successeur, comme juge de l'armée, le grand savant Kastelanl , qui vit se partager les pouvoirs jusqu'alors réunis dans une seule main. Le grand vesir Mohamraed-Kararoani établit deux juridictions d'Europe et d'Anatoli, dont la seconde fut donnée à lladschihasandc Plus tard, ce dernier fut chargé par le sultan Bajesid d'écrire l'histoire de l'empire. Comme précédemment le grand vesir Mohammed- Pascha l'avait préféré au savant Chialt , poor une place de muderris; Chiali , blessé de cette faveur, qu'il regardait comme une injastice faite a lui-même , exprima son irritation dans ace lettre adressée au vesir. I n fils et un petit-fil* du grand Fenari se montrèrent dignes, par leurs écrits, de la gloire de cet auteur. Le plus vif intérêt se porte snr Madschi-Baba , savant grammairien, et prédicateur, père du grand vesir Mohammcd-Karamani, surnommé Pïischani.

Ayant perdu son fils alors que ce grand homme était dans la force de läge, Hadschi-Baba pleura cette mort durant tout le reste de m existence; souvent du haut de la chaire, il citait des vers tirés des poésies de son fils, et les sanglots du vieillard étouffaient ses paroles. Déjà il a été question du savant vesir Sinan-Pascha. ainsi que du bourreau du roi de Bosnie, Mosanifek , et de leurs ouvrages. Les sept noms qui viennent clore la liste des ulémas célèbres **» Mohammed II appartiennent â des médecins; car les médecins de la conr font partie des ulémas. Dans ce nombre, il y avait quatre Persan?, un Turc, un Arabe et un juif. Ce dernier, nommé Jacob, d'abord investi par le conquérant de la dignité de defterdar, alors qu'il était encore attaché à sa religion , se fit musalman , et parvint jusqu'au rang de vesir. L'enfeot d'Israël, bien plus habile que ses collègues, aurait probablement sauvé le sultan de sa dernière maladie, grâce à la vigueur du patient qui n'était alors âgé que de cinquante ans. «le grand vesir Mohammcd-Karamani n'avait ptf persuadé au conquérant de se confier en même temps aux prescriptions du médecin persan l,ari. Les docteurs se disputèrent dans U tente même du sultan . qui succomba aux effets de remèdes opposés (1). Des trois autres médecins persans, Kutbeddin s'appliquait à son art; osi<

(1) Sacbakaik et Aali,

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