‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 19 sur 297 · E II · texte numérisé non relu

E II

tins ) (1). Tandis que le sultan, accouru au secours d'Osman, gardien de ses frontières, assiégeait le château de karadscbahiszar, il reçut la nouvelle qu'une armée de Tatarcs sous la conduite de Taindschar, était arrivée près d'Ercgli ( Héraclée ) à l'embouchure du fleuve d'Ulubad (le Rhyndacus), et avait brûlé la ville. Alaeddin confia la direction du siège à Osman , courut au-devant des Tatares, et les extermina dans une bataille rameuse par les trophées sanglants que dressa le vainqueur.

Tandis que le sultan anéantissait les Tatares, Osman s'emparait de Mclangeia , appelé tantôt Karadscbahiszar (château noir), et tantôt Karadschaschehr (ville noire), quelques instants avant la mort d'Ertoghrul qui avait conquiscette place cinquante ansauparavant pour la première fois, ou du moins l'avait assiégée. Après un repos d'un demi-siècle , Ertoghrul mourut avec d'autant plus de satisfaction , qu'il voyait renouvelés dans son fils les eiploits de sa jeunesse. Osman eut pour consolation de la perte de son père, non-seulement des conquêtes, mais encore la naissance de son propre fils Urchan , arrivé au monde dans cette même année (2). L'année suivante 1 1289], il reçut comme récompense de son fidèle ser\4ce militaire le fruit même de sa conquête, le territoire de Karadscbahiszar (Melangeia). Le sultan lut envoya les insignes de la dignité princière; un drapeau, une timbale et une queue de cheval. Ce fut Aktimur (3), le neveu d'Osman, qui les lui apporta. Celui-ci s'avança de quelques pas au-devant des présents d'honnettr , et tandis que retentissait la indique militaire des tambours et des cymbales, il se tint debout, les bras croisés sur la poitrine , dans une attitude respectueuse. Ses successeurs immédiats observèrent le même cérémonial chaque fois que la musique militaire se faisait entendre au moment des cinq prières, jusqu'à ce que le sixième sultan , Mohammed le Conquérant, abolit l'antique usage, parce que, disait-il, deux cents ans c'était trop de durée pour une marque d'honneur.

Le premier soin d'Osman, après son investiture , fut de transformer en mosquée l'église de sa résidence, et d'y installer un prieur public

(1) Peeai, Pacbymeres, i, tom. tir. 2, cap., p. 289.

(2) Hadscbi-Cbalfa , Tables chronologiques.

(3) Nescbri , fol. 36.

(imam) et un chatib( prédicateur), ainsi qu'un juge (molla) pour l'expédition des affaires, et raccommodement des débats auxquels pouvait donner lieu le marché tenu le vendredi de chaque semaine. Il consulta là -dessus son beaupère Edebali , et ses quatre fidèles compagnons d'armes, son frère Gundusalp, Torghudalp, Hasanalp et Aighudalp , qui lui conseillèrent de demander préalablement l'agrément du sultan. Ce consentement obtenu, la prière publique fut fixée aux vendredis. Tursunfakih, disciple d'Edebali , fut institué pour réciter les paroles sacramentelles (1), et en même temps le nouveau beg le chargea de maintenir comme juge le bon ordre dans le marché, sans distinction de nation et de croyance. Dans un débat entre un musulman, sujet du seigueur turc voisin, Alischir de Kcrmian (2), et uu chrétien , sujet du commandant grec de Belokoma (Bilcdschik) , Osman prononça en faveur du second (3), et aussitôt la renommée d'équité du fils d'ErtoghruI amena une grande aflluence de monde aux marchés de Karadschahiszar. Probablement à la décision de prince turc se mêlèrent des considérations politiques ; car Alischir, seigneur de Kermiau, nourrissait des sentiments hostiles à Osman , son rival en puissance ascendante et en indépendance, tandis que le commandant grec de Bilc:ischik , dépositaire des biens d'Osman durant la saison des montagnes, avait toujours entretenu avec lui des rapports d'amitié et de bon voisinage (4).

Mais le meilleur ami d'Osman , son compagnon d'armes le plus dévoué, c'était Kœse Michal, seigneur grec, pas encore converti à l'islam , du château de Chirraenkia ou Chirmendschik, bâti sur un rocher au versant occidental de l'Olympe , non loin d'Edrcnos. Par son conseil et avec son secours, Osman entreprit sa première expédition de pillage sur

(1) Hadschi Cbalfa , dans le» Table« chronologiques, puis Dscbihannuma , p. 677 ; Nescbri , fol. 37.

Ci) Idris , fol. 4U. Cei Alischir est le Akwrupa* |Mv«tv de Pachyuieres , liv. v , cap. 25 , p. 3«>l , le seigneur de Kermijn , qu'il ne faut pas confondre avec celui de Kararnan.

(3) Dscbihannuma , p. 677.

(4) Idris, fe-l. 49. La nomination du juge et l'exercice de la souveraineté par les prières publiques sont placés

*r tous les historiens dans l'année 688 [ 12H9; .

| la route de Boli. Ils se dirigèrent de l'Olympe vers Sarukia et Surgun , où le Sakaria ( Sangarius) est le plus facile à traverser ( 1 ). Là ils rencontrèrent un fidèle compagnon d'armes d'ErtoghruI, le Tschausch Ssamszama, qui, bien connu dans le pays comme guide sur la route de Boli, dirigea leur course versTarakli, Koinik et Modreni. TarakII , appelé aussi Jenidsche-Tarakdschi (nouvelle fabricante de peignes) . située à neuf lieues à l'est du passage du Sangarius (2), attira l'avidité des coureurs d'aventures, par l'opulence que ses habitants

: avaient acquise, grâce a leur habileté dans la fabrication des peignes et des cuillers (3). Cinq lieues et demie plus loin est située Koinik , et à une forte journée de marche, neuf lieues et demie au delà encore, à quinze lieues d'Eboli ,

i était Modcrina on Modreni , l'ancienne Modra dans la Phrygie Epiktetos (4) , dernier but où

; tendaient les pillards. Bôtie entre deux montagnes dépouillées, cette ville a été dans la suite embellie par deux mosquées que firent élever le sultan Bajesid 1er et Suleiman lep. Ses habitants sont renommés pour leur habileté dans la fabrication des aiguilles à coudre, comme ceux deTarakli par leur commerce de peignes. La plupart des fabricants d'aiguilles établis àConstantinoplesonl de Modreni. Chargéedes dépouilles de ces deux villes industrieuses, la horde de pillards longea la rivière Modreni ( lcGallos de Strabon), qui se jette dans le San;;arius près de Keiwe, franchit ce cours d'eau, atteignit Chirmenkia sur l'Olympe, et de là regagna Karad-

| schahiszar.

Sept années s'écoulèrent maintenant dans un

1 repos ininterrompu , mais non sans envie de la part des seigneurs voisins contre la prospérité d'Osman qui se développait en silence. L'ancien dépositaire de ses biens , le commandant de Bi-

| Icdschik, commença lui-même à devenir inquiet et jaloux. Aux noces de sa fille avec le fils de Kalanos, dont le père avait péri au combat d'Ermcni, Kœse Micha!, en ami fidèle et dévoué

! d'Osman , s'était donné toute» sortes de peine* pour rapprocher du prince turc tou« les sei-

(1) Neschri , fol. 29; Idris , fol. 52.

(2) Idris , fol. 51.

(3) Idris, fol. 3t.

(4) Strabon, m. La Komopolis de Modrene , de Constantin Porpbyroßenete, Mannen, vi, 3, p. 575.

Page 1