LIVRÉ II
faneurs des chAteanx voisins invités a la fête. , Mais , au lieu de prêter l'oreille aux propositions da la médiation amicale de Kœse Michal, ' ses hôtes cherchèrent plutôt à lui persuader de faire cause commune avec eux contre Osman , ! et de le livrer entre leurs mains. La célébration i prochaine du mariage du seigneur de Biled- \ schik avec la Alle du seigneur d'Iarhiszar de- j vait offrir la meilleure occasion. La fidélité de ! Michal ne chancela point ; toutefois, afin de mieux préserver son ami, il feignit d'entrer dans les plans formés contre lui. Osman, bien informé par lui, accepta avec l'empressement d'une apparente confiance l'invitation | du seigneur déloyal de Delokoma. Il lui envoya un troupeau de brebis comme présent de noces, et sollicita la faculté, qu'on lui accordait jusqu'alors tous les ans, de faire apporter en dépôt ses principaux objets par des femmes dans le château, afin qu'ensuite il pût, en quittant les noces, se rendrcdircclemcnt dnns les montagnes. Le seigneur de Belokoma s'applaudit intérieurement du succès de la ruse. I^a livraison du trésor d'Osman dans le château fut fixée à la veille du mariage, alors que le maître pour célébrer la cérémonie se rendait a Tsehakir-Bunari (1). Osman revêtit d'habits de vieilles femmes trente-neuf de ses plus vaillants compagnons d'armes , et lui-même avec eux introduisit sans empêchement dans le château les chevaux chargés de leurs prétendus trésors, qui n'étaient autre chose que des armes. Il parvint à s'emparer de la place d'autant plus facilement, que la plus grande partie des habitants et de la garnison était allée à la fête des noces. Maître de Biledschik, Osman se mit en embuscade dans la gorge de Kaldiralik (2) pour attendre le nouveau marié qui, sans soup-' çon et plein d'espoir de tenir bientôt les trésors et la personne d'Osman , regagnait tranquillement son habitation. L'attaque subite lui enleva son épouse et la vie. Osman , en possession de la belle fleur grecque du Lotos, appelée en turc Nilufer , qu'il destina pour épouse à son fils Urchan , alors âgé de douze ans , courut bien vite contre le château du père de Nilufer,
(1) Tftchakir , émérilloD ( ainsi puiu des émérlllous; Neschri , fol. 33.
(2) Kescbri , fol. 33.
hirhiszar, situé entre Brusa, Aincgœl et Jenilschf hr, sur la route de cette ville à Kutahije. à une journée de marche de ce dernier point. Aujourd'hui on y voit une mosquée et des bains (1); la place tomba entre ses mains, en même temps que Torghudald ( 2 ) s'emparait d'Ainegœl. Par la conquête simultanée de ces trois châteaux ! 1299 1 dans la dernière année du vne siècle de l'hégire . et du xiuc de l'ère chrétienne, fut fondée la puissance d'Osman comme souverain; et, comme à cette époque s'écroulait l'empire des Seldschuks, c'est de cette année que date la domination indépendante de la famille d'Osman. L'enlèvement de Nilufer rappelle celui des Sabines, et la sur* prise de Biledschik la conquête de Troie : peut-être les deux événements sont-ils fabuleux, mais ils peuvent être également vrais, du moins en partie. Il y a eu des enlèvements de femmes avant et après les Sabines; longtemps avant la ruine de Troie, l'ancienne histoire de Perse raconte la conquête de Rujindis par des guerriers introduits au moyen d'un artifice semblable (3) , et à l'époque même du coup de main de Belokoma, les écrivains byzantins rapportent la prise de Tripoli .sur le Méandre, avec des circonstances absolument semblables, par des soldats de Kermian déguisés en marchands qui, introduisant des armes et des instruments bruyants de musique militaire dans des sacs à grains, se saisirent de la place ; en sorte que la ruse employée par Alischir à Tripoli fut une imitation de celle d'Osman à Belokoma , ou plus vraisemblablement elle a été attribuée au prince turc par les écrivains ottomans. Quant à l'enlèvement de la jeune épouse et à son nom , il y a moins de doute que sur l'année de la conquête de Biledschik et de la manière dont elle fut opérée. INilufer , fleur du Lotos, est encore aujourd'hui le nom que portent la rivière qui arrose la plaine de Brusa (f ), le grand pont de pierres bâti en avant de la
(1) Dschibannuma , p. 659.
(2) Au lieu de Tarybudalp , Idris le nomme Ajghu* ddlp.
(3) Mirchuand , à la bibliothèque impériale de Vienne, n° 112, 1. 1 , p. 344 , et Histoire de la rbéiortque persane, p. 09.
(4) Le [Nilufer eut le Gebe« ou Gelbes de. t'liqe ; Man. nert , vi , troisième division , p. 559.
ville (I), et le couvent fondé parla princesse, au pied du château, près de la porte conduisant aux bains (2). Nilufer devint la mère de Murad 1er et de Suleiman pascha , deux fils d'Urchan (3), comme Malchatun, fille d'Kdebali, avait donné le jour à Urchan et à son frère Alaeddin. Après qu'Alaeddin 111 , dernier souverain des Seldschuks, eut péri de mort violente, l'empire seldschukide se divisa, comme on Ta vu précédemment , en dix partics , dont chacune fut gouvernée par des maîtres indépendants. Osman, pour lequel depuis douze ans , dit-on , se récitaient les prières publiques dans sa résidence de Karadschahiszar, doit avoir aussi , immédiatement après la mort d Alacddin , exercé le second des droits de souveraineté de Tislam, celui de frapper monnaie. Mais probablement depuis douze années la prière publique se faisait toujours au nom d'Aiaeddin, comme suzerain d'Osman , et le nom de ce dernier n'y fut substitué qu'après la mort du sultan ; les premières monnaies , comme nous le verrons ensuite , ne furent frappées aussi que plus tard, sous Urchan.
Osman, prince indépendant de la contrée aux alentours de l'Olympe, en partagea l'administration tout d'abord entre les vaillants guerriers qui l'avaient aidé à en faire la conquête. 11 nomma son fils Urchan commandant de Karadschachiszar sur l'extrême frontière méridionale de ses États, et son frère Gundusalp gouverneur de la ville dEskischehr (vieille ville). A Aighudalp, il confia l'autorité sur les châteaux dinami et de Jundhiszar, à Hasanalp sur hshiszar, à Torghudalp sur ainegxl qu'il avait conquis. Il assigna les revenus de Biledschik pour l'entretien des derwischs et des scheichs, ut principalement de son beau-père Edtbali , qui habitait ce château avec sa fille Malchatun et le plus jeune fils de cette princesse. Alaeddin (4). Lui-même établit sa résidence à Jenitschehr (ville neuve), à la pointe septentrionale
(1) Nescbri , fol. 34; Idrii , 61 ; Seadeddio , fol. 12; Coup-d'ceU dans un voyage à Brusa; Pettb, 1818, m- 6.
(2) Nescbri , fol. 34.
(3) Nescbri, fol. 34.
(4) ldri» , fol. 61 ; Ne»chri, fol. 57; Seadeddin , fol. 12 ; Ssolak«ade,fol.4.
de son petit État que l'on pouvait traverser en une journée de marche, dont les limites dans leur ensemble étaient celles de Sultansni , aujourd'hui l'un des dix-sept Sandschaks de l'Asie Mineure , et des vingt-cinq gouvernements du vaste empire ottoman (1).
Tels furent les humbles commencements de cette puissance l'avant- dernière année du xme siècle de l'ère chrétienne. Cent cinquante ans s'écoulèrent avant qu'elle fût pleinement assise par la conquête deConslantinople, puis elle alla toujours grandissant pendant plus d'un siècle, jusqu'à la soumission de l'Ile de Chypre; et parvenue à sa plus haute splendeur, elle s'y maintint cent cinquante années jusqu'à ce jour.
Quatre siècles après sa naissance, la paix de Carlowitz marqua le commencement de sa déchéance, et ce mouvement, accéléré dans la deuxième moitié du xviue siècle par la paix de Kainardsche , s'est continué jusqu'à nos jours et se prolonge encore. A la fin du xiuc siècle, lorsque s'écroula l'empire seldschukide, et que de ses ruines sortit celui d'Qsmau, deux siècles après la prise de Jérusalem par les premiers croisés, dont la dernière possession, en Syrie, Akka, n'avait été perdue que depuis six années, alors se produisirent, en Asie comme en Europe, de grands événements, et les commotions des peuples semblèrent annoncées par des renversements dans les lois de la nature. Les Mongols, dont la puissance marchait vers sa fin , dévastèrent la Syrie avec des hordes innombrables (2) ; en Allemagne la terre trembla; dans la Mésopotamie il plut des scorpions (3). Dans l'Asie Mineure se heurtèrent les deux dynasties d'Osman et de Karaman , les plus puissantes des dix familles qui s'étaient partagé l'empire seldschukide, et la dernière maintint encore sa supériorité pendant un siècle sur sa rivale. Eu Europe , dans la dernière année du xiue siècle de l'ère chrétienne, fut célébré le premier jubilé , et à la fin du vu* siècle de l'hégire , fut introduite en Asie l'ère IIchane (4).
Outre ce concours d'événements d'une vaste
(1 ) Hadacbi-Chalfa , dans l'année 609.
(2) En 1299.
(3) Rauxatul-Ebrar , en 699. <4> Hadacbi-Chalfa, en 70J.