‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 206 sur 297 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

% le 23, il s avança vers Napoli di Romania (1), ine le vaillant Contarioi refusa de rendre ('-)• Deux mille asabes et trois mille janitschares furent destinés à former les garnisons de Motion et de Coron (3). Les revenus de ces deux villes furent attribués au trésor des saints établissements de la Mecque et de Medine(4). Trois cents ouvriers reçurent ordre de relever les ouvrages et de construire de nouvelles tours à Modon, et chaque localité de la Moréedut fourttir cinq familles pour repeupler celte cité (5). U plume habile du secrétaire d'État Nisrtiandschi-Tadschi-Beg rédigea les bulletins il les lettres de triomphe par lesquels la conquête de Lépante, Modon et Coron fut annoncée aux gouverneurs de l'empire et aux monarques étrangers ou à leurs représentants; six lettres furent adressées : au podestat desGénois, ii Scio; au grand maître des chevaliers de Saint- Jean, à Rhodes; aux rois d'Espagne et de i raoce, à ceux de Pologne et de Hongrie. Deux espions de ce dernier souverain , qui avaient i-té saisis à Modon, lui furent renvoyés, après qu'ils eurent assisté au supplice des nobles de Modon , tremblants de voir arriver l'heure de leur exécution (6). De son côté, la république fit retentir l Europe de ses plaintes, et sollicita des secours auprès du pape et de l'empereur , «les rois d'Angleterre et de France, d'Espagne et de Naples, de Pologne et de Hongrie; elle fit des démarches même à la cour du duc de Bourgogne, et employa aussi l'appui des électeurs de l'empire (7). Elle avait en même temps à se justifier des accusations du sultan, qui, dans ses lettres de victoire, traitait Venise de rebelle, "dont l'esprit diabolique avait secoué le joug <ie l'obéissance. » Le pape, dans sa réponse à la république, s'indignait, dans les termes les plus énergiques, des blasphèmes des Turcs contre Dieu , des profanations des églises , et des dangers de la religion. Mais de telles expressions pouvaient paraître étranges dans la bouche

(1) Chronique de Martnî Sanuto.

(3) Laugier, I. xxx, t. vm , p. 126.

3, Chronique de Manui Sauulo.

(4) SpaDdugino, p. 78.

(5) Marin i Sanuto , Aali , rni' et xrnn* événement do règne de Bajesùd II.

(6/ Seadeddin, I. m, fol. 514.

d'Alexandre Borgia,qui, au fond du cœur, pardonnait plus facilement de tels attentats au sultan qu'il ne se consolait d'avoir perdu, par l'empoisonnement de Dschem, la pension annuelle versée entre ses mains pour l'entretien de ce prince. Enfin, l'intérêt commun de la chrétienté réunit Venise , le pape et le roi de Hongrie dans une ligue contre les Turcs, laquelle fut promulguée le lundi de la Pentecôte de l'an 1501, dans la chapelle pontificale à Rome (1). Ce fut la seconde des alliances des puissances chrétiennes contre les Turcs, qui remplaçaient les anciennes croisades. La première, qui s'était annoncée avec fracas, et qui ne parvint â aucun résultat , avait été formée par les foins d'Innocent Mil, peu de temps avant sa mort (2). Les armées de l'empereur Frédéric et de son fils Maximilien, réunies à celles de Mathias Corvinus et â la flotte pontificale, conduites par l'un des trois rois d'Angleterre, de France ou d Espagne , devaient entrer en campagne accompagnées d'un grand nombrede cardinaux ; déjà, en dépit de l'épuisement où letrésordu pape se trouvait réduit à cause des secours fournis contre les Maures de Grenade, 20,000 scudi étaient appliqués à préparer des moyens d'attaque contre les Turcs, lorsque la mort du pape vint arrêter toute l'entreprise. La ligue actuelle eut de plus heureux résultats, grâce au concours actif des flottes papale , espagnole et française , qui , ralliant les galères vénitiennes, se portèrent contre les escadres et les ports des Ottomans.

L'amiral vénitien Pesaro, successeur de Trevisani,morl de chagrin de la perte de Lépante, Coron et Modon, entreprit, deCorfou, d arracher, Giunchio, ou Navarin, aux Turcs, et de brûler douze galères turques qui se trouvaient à Voissa ; mais tandis qu'il ramenait en triomphe onze de ces galères, tandis que la flotte espagnole commandée parGonzalvo deCordova, le grand capitaine, exerçait des ravages sur la côte d'Asie (3), Kemal-Reis, tombant sur Navarin , s'empara de quatre galères et du fort

(1) Bernino, Memorie iiloriche diciôcbe hanno operat© i tommi Pontifici neUe guerre coniro i Turent; Roma , 1685 , p. 148.

(2) Ibid., p. 141.

(3) A Perema. Spaodugino, p. 7».

que le commandant Carlo Q m tari ni rendit sans les défendre, sûr l'assurance donnée par Ali- Pascha d'une libre retraite. Pesaro lui fit payer cette lâcheté de sa tète, â Corfbu. La flotte hispano-vénitienne, sous les ordres de Pesaro et de Gonsalvo , croisé dans la mer Ionienne. Les vaisseaux du pape, sous les ordres du cardinal d'Aubusson, parcoururent les eaux de l'Archipel, s 'avançant jusque devant les Dardanelles { I ). Les bâtiments français dirigés par Bavenstein , portant dix mille hommes de troupes de débarquement , abordèrent à Mitylène et assiégèrent la villedurant vingt jours(2).Le prince Korkud, gouverneur de Magnesia, embarqua huit cents hommes dans le port d'A jasmend ; le sandschakbeg de Karasi accourût également, ét Bajesid, indigné de sentir l'ennemi si près de lui, eut, pour là première fois, recours à dès contributions ou des prestations extraordinaires qui, dans la suite, sous le nomd'awaris, ou chapitre des accidents, restèrent comme un article essentiel et permanent du système financier dè Turquie (3). 11 envoya Hersek-Ahmed-Pascha, comme commandant supérieur, et avec lui le beglerbeg d'Anatoli Sinan - Pascha , au secours de Mitylène. Dans la nuit du jour où Us étaient panis, le feu éclata â Galata, dans ie voisinage du magasin à" poudre; le grand vesir et le général des janitschares Karagœs accoururent de Constantinople, et réunirent leurs efforts à ceux du jugé de Galata pour éteindre l'Incendie. La poudrière sauta , et les pierres lancées par l'explosion blessèrent si gravement le juge et le grand vesir, que tous deux rendirent l'âme au bout de cinq jours. L'eunuque Ali-Pâscha fut nommé grand vésir. À l'approche des secours de Mitylène, Ravenstein leva l'ancre, sans attendre l'arrivéedu grand maître de Rhodes, qoi s'était mis en mer avec vingt-neuf vaisseaux. Près de Cerigo, la flotte française fut assaillie par une effroyable tempête qoi la détruisit: en sorte que quelques hommes seulement des équipages purent échap- - ■ .... .

(1) Spaoduflino écrit Heli-Eunucô au lieu d'Ali , et Catuali pour Keniat.

(2) Mrnorte di Bernino. p. 149.

(S) tangitr , Beruino, dam Seadeddto , I. m . fol. 510.

(4) Kausatul-Ebrar , dans ie «iéjje de Mitylène, et Hadscbi-Lhalla , dans les Table» chronologiques , an 907 [1501].

per. Pesaro pénétra datis le |>ört de PrevM. quoique l'entrée fût étroite et bien fortifié, brûla huit galères, et revint heureusement aprh avoir perdu un seul homme. Une nouvelle f*cadre française , sous Pietro Sànl, vingt vai«seaux du pape commandés par Jacopo Pesa*, évéquede Baffo, et les galères vénitienne! $o» les ordres de Benedetto Pesaro, allégèrent « prirent Leukäs ou Santa-Maura (1). Dent mifc janitschares,sous lessandsohakbeßs de Janine. Argiro-Caslro et Lépante, défendirent la pUrt Apres une perte de quelques centaines dînâmes, les janitschares consentirent à une faptulation; mais les Asâbcs he voulurent pis « entendre parler. Les prudentes et actives t*suresde NicoloCapello, commandant ventila, conservèrent l'Ile de Chypre â la rèpubliq* Dès cette année commença la croisiéré rêgdkr du Kapudan-Pascha dans l'Archipel, établie pour prot éger ces nièrs contre les corsaires cbf tiens , et en même temps lever le tribut sur h Iles (2).

Voulant se dédommager dè la pürte dé 0phalonie, Bajesid tenta des conquêtes en DsV malle et en Bosnie. Mohammed-Beg , fils dfe- Beg, arrière-petit-fils d'Efcrenosèt »anschalte^ d llbeszan, enleva Duraztà (3). Mustapha, fis d'Iskender-Pascha , s'empara des châteam ôf Lofdscha et de Brusdscha (4); en Hongrie, le" Turcs poussèrent leurs courses aux alentour* de Posega et de Valeon. Lès commandai» àt !i Trartsylvaniè et de Temeswar, Pierre, codrt«(fc Saint-Georges, Joseph Somi et Jean Corrioa*. en personne, marchèrent contre les ravisseurs; ils rallièrent â eux Pierre Tarnok et Jacques Or listait, qui avaient la garde avancée du my<i Saint-Séverin , ainsi que Georges Conlsa , coœroandant de Belgrad. Ils passèrent le Danube près de Harum, eritre Belgrad et Panasintt. brûlèrent vV idin, Cladowa, ainsi que le fauWg de Nicopolis , et emmenèrent une grandè (fat tité de captifs Les Turcs furent vendue publiquement au marché , les Grecs établis entre Belgrad et Temeswar; les tètes d'ennemis rappor tées en trophées furent plantées autour de fontaine, dans le château d'Ofen; mâiS des

(1) Spandüfiino , p. 82.

(2) Mouradjea d'Ohsson , I. vu , p. 425.

(3) Seadeddin , I. m , fol. 521 ; Stotaksade , Aû\

(4) Ibid., I. m , fol. 520.

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