LIVRE
le Sangarius. qui servait de fossé nature! à plusieurs de ces forteresses, ayant changé lit, les garnisons abandonnèrent des postes privés rie relie défense. I orsqnr, ;iprès avoir (ouvert la plaine pendant un mois, les eaux rentrèrent dans leur ancien lit, elles amenèrent une telle quantité de vase, que le passage du Meuve était facile (1). Cet état de cho Mfa avait déjà encouragé Ali-lTmur-Brg. seigneur de Kastcminii, l'un des dix princes qui s'étaient partagé les Etats scldschukides, à rompre la paix faite avec l'empereur grec, et la tentation fnt encore plus forte sur Osman, qui avait plus de puissance 2 . Près de Kojunliiszar ( le Raplieum de Pachymeres . dans les environs de Nikomédie, fut livré le premier combat entre Osmaii er Muzalo, riietœriarque on commandant des gardes du corps byzantins [1301], et la défaite des Grecs eut des suites d'autant pins fnnestes. qu'elle laissa le champ libre aux irruptions d'Osman, au moment même de la moisson. Osman eut A déplorer la perte de son neveu, Aitogbdi, fils dcGundusalp, qui périt dans la bataille de Kojunliiszar, et fut enterré près du château : son tombeau s'élève sur le chemin, et il est en grand renom pour les cures merveill uses des chevaux malades (3). Les Turcs poussèrent leurs courses jusqu'aux portes de Nicée. L'élévation, la force des murailles, ne permettaient ici aucun espoir pour toute espèce d'attaque : afin de tenir la garnison en respect et en alarme, Osman fil élever au nord de Jenitsehehr, sur le penchant delà montagne , un chAteau appelé Tharghan . du nom du vaillant commandant qu'il y plaça [i).
Six an nées après cet te défait c des Grecs [ I 307], les commandants des châteaux d'Edrenos, de Madenos. Kete et Kestel , sur l'ordre du commandant de Brusa, se réunirent |HJur livrer bataille à Osman. Le commandant de Kestel périt dans Faction, celui de Kete s'enfuit A grand peine vers (Jlubad (Lopadion). I.e. gouverneur de cette dernière place . .-ouimé par Osman de lui livrer le fugitif, y consentit à condition que les princes de la famille d'Osman ne frvnclii-
(1) Pachymere» ,11 vol., iv lit. , 21 chap., édit. de Rome , p. 229.
(2) Pachymere«, Il vol., it Hr., 21 rhap., p. 230.
(3) Ne»ebri, Toi. 38; Seadeddin , fol. 13. (4; Seadeddin , fol. 12.
raient jamais la rivière d'Ulubad 'le Rhyndakos). Osman en prit l'engagement solennel que ses snecesseurs accomplirent quant à la lettre, sans en respecter l'esprit; ils ne passèrent jamais la rivière même d'Ulubad, mais, lorsqu'ils le jugeaient nécessaire, ils tournaient sur des vaisseaux son embouchure dans la mer, éludant ainsi la véritable interdiction portée par le traité (1). L'Ile de Galios (Kalolimne), dépendant du territoire de Kete (2) (Katoikeia), qui est située a l'entrée du golfe de Modania (le golfe de Kianus , fut, sur l'ordre d'Osman, conquise l'année suivante par Kara-Ali, fils d'AIighndalp , qui épousa une jeune fille grecque d'une merveilleuse beauté, trouvée dans le riche butin enlevé à Kalolimne (3).
Immédiatement avant la prise de cette lie, s'était accompli le premier acte important de la piraterie turque, la dévastation de l'infortunée Chios, célèbre également par la beauté merveilleuse du pays et par les ravages des Barbares si fréquemment renouvelés dans le cours de six siècles. Trente vaisseaux turcs y abordèrent et désolèrent l'Ile entière. Les habitants qui étaient restés furent massacrés en masse (i\ A l'exception de quelques-uns qui parvinrent A se jeter dans le château fort. D'autres, montés sur quarante bâtiments, espérant sauver leurs femmes, leurs enfants et leurs biens, échouèrent dans les parages de l'Ile de Skyros où ils périrent tous. A partir de cette époque, les pirates turcs désolèrent les îles de la Méditerranée depuis l'embouchure du Bosphore jusqu'au détroit de Gibraltar (5). Les historiens byzantins rapportent les descentes destrnctivesdesflottcsturques sur les Iles des Princes (6), de Rhodes, Samos, Karpathos, Lemnos, Mitylène (7), Candie, Malte, et sur les autres Cyclades (8). Comme les écrivains ottomans ne font mention d'aucun de ces exploits, à l'exception de la prise de Kalolimne, et que les États d'Osman, A cette épo-
( I) Idris , fol. 67.
(2) Dans Pachymere« , liv. t , c 2! , tom. 0, 287 j Kitoixeia.
(3) ldri«fol 67.
'4) Pachymere«, I. n, cap. 17 , édit. de Rome, 11 Iït.
(5) Pachymere« , L ni, chap. 14 , p. 157.
(6) Ibid. ,|.iv , chap. 29 , p. 237.
(7) Ibid. , I. v , chap. 26, p. 303.
[S) Ffieepboroi Gtegara* , I. tin . chap. 10 , p. 116.
3(i HISTOIRE DE L E
que, touchaient a peine au rivage de la mer, on est en droit de penser que ces flottes turques, toujours prises par Pachymeres pour des escadres persanes, n'appartenaient pas aux Ottomans; qu'elles avaient été armées par les autres princes turcs, maîtres des côtes de l'Asie Mineure depuis le golfe de Modania jusqu'à celui de Megri ( Telraissos ); par exemple, par les princes de karasi, de Ssaruchan, Aidin et Menl esche.
La même observation peut s'appliquer aux conquêtes continentales des Turcs, racontées par Pachymeres, qui appartiennent, non pas aux Ottomans, mais aux princes de kastemuni, kermian, Mentesche, d'Alaje ou de Karainan, véritables chers turcs, qui, désunis entre eux, n'étaient pas moins animes d'un même sentiment, d'un même esprit, pour se précipiter sur l'empire byzantin. Ainsi peuvent se juger les entreprises du prince dekastemuni-Umur-Beg, qui assiégea la ville de Ceuchrea (kanghri), où s'étaient réfugiés les Grecs chassés par les Turcs de la plaine du Scamandre, la prit, la saccagea, massacra tous les habitants, puis mit le feu aux murailles désertes (I;; la conquête de Tripolis sur le Mieandre '2) par Aliscbir. prince de kermian, et son siège de Philadelphie (Alascliehr) qu'il fut forcé de lever devant Hoger, ancien templier, ancien pirate, alors époux de la petite-fille de l'empereur et grand amiral de l'empire byzautiu ^3 ; l'irruption et les déprédations d'Alaeddin en Lydie, dont Sardes, la capitale, se tint pendant assez longtemps, moitié sous la domination turque, moitié sous l'autorité des Grecs, jusqu'à ce que la garnison turque fût expulsée par les Grecs alors grossis par de nombreux renforts (4); entiu, la prise de Tyraja et de la célèbre Éphèse, à dix lieues de là, par Saisan, jadis serviteur et alors gendre du seigneur de Mentesche (6), qui permit bien d'emporter les vases des saints sacrifices de l'église d'Éphèse et les objets précieux consacrés au bienheureux saint Jean et à la mère du Christ; mais ensuite fit massacrer les habitants
(1) l'acbymms , I. v , chap. 27 , lom. n , p. 306.
(2) Jdid. , I. v , cüap. 25 , lom. n, p. 300.
(3j /bid. , tom n , I. ï , ebap. 21 , p. 293 ; ebap. 23, p. 297 ; ebap. 26 , p. 302.
(4) Pachymeie* , t. t , chap. t6, p. 218.
(5) /fcirf.l.iriii.p. 13.
sans défense (1), ou , par crainte d'un soulèvement, les entraîna sur sa roule et les jeta dans les fers à Tyraja.
Assailli ainsi par les Turcs qui fondaient de tous côtés sur les frontières asiatiques de l'empire, l'empereur Audronic Paléologue avait cherché de l'assistance auprès de Ghasan, le grand chan des Mongols, lui promettant pour prix de ces secours la main de sa fille; puis il renouvela cet engagement encore envers Chodabende, le chan suivant. Déjà Ghasan avait envoyé aux dix princes asiatiques l'injonction de respecter le territoire de l'empereur byzantiu; Chodabcnde appuya cet ordre par Tannonce de la marche de quarante mille hommes de troupes auxiliaires, dont la moitié, sous la conduite de son neveu , allait paraître devant les murs de konia. La menace de Ghasan et I armement de Chodabende n'avaient cependant empêché, ni l'occupation de Sardes par Alacddin , ni la prise d'Éphèse et de Tyra par Saisan, seigneur de Mentesche ('2). Osman dédaigna plus encore l'orgueilleuse fiancée des Mongols, Maria, qui, pour hâter la conclusion de son mariage depuis si longtemps négocié, et presser la marche des auxiliaires mongols annoncés depuis tant de mois (3), s'était avancée jusqu'à Nicée, et delà faisait déclarer à Osmau qu'elle allait le dénoncer à Chodabcnde, qui déjà devait avoir envoyé trente mille hommes sur les frontières.
Osman, qui, déjà précédemment, avait étendu ses courses, entre le Sangarius et le Mêlas (4), dans le territoire des Siphones et des Ilalizones, jusqu'aux rives du Bosphore, portait le ravage jusqu'à Istrawros (Astrabilcs), au château d'Hieron, en Anatolie. et jusqu'à Chelai (kilia) (ô), sur le bord de la mer Noire, remplissant tout de terreur, bien loin d'être arrêté par les menaces de la fiancée du chan mongol , se sentit , au contraire, excité davantage, et il attaqua le
(I) Satan Rappelle dans le texte grec Hipsxpx* Saw, | et Alaeddin AXai<h;.
i'J; Jbid. , l. t , cap 16 , p. 280 , ei 1. vu ,cap. 13 , p. 412.
(3; Ibid., I. vu , cap. 25 , p. 433..
(4) Pacbymere* ,1. iv , cap. 25 , lom. u , édil. de Rome , p. 228.
(5) Aap aeifiTT,; , iipov , XtjXr, ; Pacbymere* , t. v, cap. 21 , édition de Roine , t. n, p. 286.