LIVRE II
ottoman durant trois cents ans, et ce fut seulement au commencement du xvir* siècle que la paix de Sitvatorok raya pour jamais cet article important du rentre des tributs de la chancellerie ottomane.
Ainsi tomba Brusa, batic, selon Pline, par j Annibal, alors qu'il était l'hôte de Prusias, roi de BHhynie, et qui , dans la moitié du x* siècle, ' conquise par Seifeddewlet (épée de l'empire), le grand prince de la famille Hamdan, après un siège d'une année, avait vu raser ses murailles; retombée au pouvoir des Byzantins, entourée de nouveaux ouvrages, elle passa ainsi entre les mains des Turcs pour devenir la première grande ville, et la résidence du fondateur de l'empire ottoman ou plutôt deson fils, car Osman ne reçut la nouvelle delà soumission qu'un instaut avant sa mort. Satisfait d'avoir conquis la capitale de la ttithynie pour y reposer ses cendres et pour y diesser un trône à ses successeurs, il mourut après un règne de vingt-sept années, dans la soixante-dixième de sou âge ( 1 ) [1326].
Quatre mois auparavant, il avait été précédé par son beau-père, le pieux sebeich Édebali, et un mois après par la fille de ce saint homme, sa chère épouse, appelée par les historiens ottomans du double nom de .Malchat un ( femme trésor) , et Kamerije (luue de beauté); et il avait eu le temps de leur rendre les derniers devoirs à Bttedschik. Urcban, informé de !a fin prochaine de son père, accourut auprès de son lit de mort à Sœgud, accompagné des premiers hommes qui l'assistèrent de leurs conseils et de leurs bras, de Torghudalp et Ssaltukalp, des scheichs Achischemseddin frère, et Achi- Hasan, neveu d'Édcbali , de son imam Osman- Jachschi et de Kara-Chalil-Tschendereli, qui devait être le premier chef de l'armée et le père d'une race de grands vesirs (2). Le mourant adressa l'expression de ses dernières volontés à ces six personnes et à son fils , recommandant surtout à L'rchan de maintenir fermement l'islam, de gouverner avec équité et douceur, et de l'ensevelir a Brusa (3). Les deux imams turaunfakih et Osman-Jachschi, Achi-Schemscddin,
(t) Hadscbi-Cbalfa , Tables chronologiques , dans la liste des sultan*.
(2) Idris , fol. 83.
(3) mtl., fol. 81 et 85.
frère d'Édebali et Kara-Clialil-T$cboav|ereJ|jf transportèrent ses restes à Brusa, où ils fur&m; placés sous la voûte appelée GumischbkUDbcd (voûte d'argent) (l),dans l'ancienne chapelle du château Jusqu'au commencement du xis^siècls, on y montrait aux pieux pèlerins un chapelet de bois, dont les grains énormes entretenaient le respect pour la mémoire d'Osman dans l'esprit du peuple, qui les regardait comme ayant appartenu à ce prince ; on y voyait encore un énorme tambour qu'il devait avoir rcçudu sultan Alaeddin comme marque d'investiture de Karadscha. Ces deux monuments des traditions, objets des affections populaires, furent la proie des flammes dans le dernier grand incendie qui désola le château et la ville au commencement de ce siècle, et au lieu de l'éclat de l'argent que l'ancien dôme de l'église reflétait autrefois sur les tombeaux (2), les yeux sont blessés par le blanc mat de la chaux, seule parure des dernières ruines du tombeau du père des Ottomans^). Le drapeau et le sabre qu'Osman reçut en signe d'investiture doivent être conservés encore aujourd'hui dans le trésor de l'emptre(4); le sabre est à double pointe, non pas à double tranchant, mais â dos arrondi, comme SuJfakar, le fameux glaive du chalife Omar, dont il fendit un jour en deux un infidèle qui doutait delà divinité du Koran, ce qui lui valut de la part du prophète le nom honorifique du pourfendeur. L'image de ce glaive à deux pointes, dont Tune menace l'Orient et l'autre l'Occident,fut adoptée dans la suite et gravée sur leurs sceaux par les gouverneurs de l'empire (ô), et aujourd'hui encore elle brille brodée en argent sur le champ rouge du kapudanabeg ou premier amiral de la flotte turque, qui arbore ce pavillon sur son vaisseau de guerre (6).
Ce qui est plus digne de foi que la conservation des insignes d'investiture d'Osman jusqu'à nos jours , c'est l'inventaire de sa succession et de sa garde-robe. Il ne laissa ni or ni argent ,
(1) Idris , fol. 85. La description de l'église se trouve dans l'examen d'un voyage à Brusa , p. 47 et suiv. (2; ISescbri , fol. 48.
(3) Voyage à Brusa ,p. 49.
(4) Schamailname.à la bibl.,irap. sous les n°* 141 et 147.
(5) Particulièrement les gouverneurs d'Ofeo.
(6) Constitution et administration ottomanes , I. u,
rien qu'une cuiller , une salière , un kaftan brodé et un turban de toile neuve , des drapeaux de mousseline rouge , tels qu'on en fabriquait à Alaschehr, une écurie garnie d'excellents chevaux, quelques attelages de bœufs pour la culture des champs, et quelques troupeaux de brebis choisis , desquels descendent ceux qui appartiennent encore aujourd'hui au sultan dans les environs de Brusa. Le costume d'Osman était simple , à l'exemple des premiers guerriers de l'islam : comme eux , il entoura son bonnet rouge arrondi par le haut d'un ample turban blanc; il porta un large kaftan, dont le collet et la doublure de couleur semblable différaient de celle du kaftan (1), avec longues manches pendant csdcrrière les bras. Les bras d'Osman étaient presque aussi longs que ses manches pendantes , car ils atteignaient ses genoux (2), conformation qui est considérée en Orient comme favorable pour les princes , parce que l'un des plus puissants souverains de l'ancienne Perse , Arlaxerxès Longue- Main (3), mit en usage Tancicu proverbe que
(t) Voy. les etiampes dans le Sehamailname a la biblfoib. impér. et roy. de Vienne, dans les»°* 141 et 475.
(2) Diftinden Atchuri , dann le Scbamailname.
(3) En persan , ardewbir dirasdest. Dira» veut dire longue , de*l xiguifte main.
les rois ont les bras longs. D'ailleurs, Osman était bien constitué pour monter à cheval; il avait le nez aquilin , les cheveux , les sourcils , la barbe noirs , le tein brun , ce qui lut fit donner dès sa jeunesse le surnom de Kara, c'est-à-dire, le Noir, épithète qui, dans la bouche des Orientaux, est un grand éloge de la beauté, et qui, ajoutée au nom d'un chef d'aventuriers, peut toujours être regardé comme d'heureux augure. lîafis . dans des vers célèbres, vante le teint noir de son favori, et plusieurs princes turkmans ont reçu ce surnom, sous lequel ils sont inscrits dans l'histoire : ainsi Karasi , l'un des dix princes qui se partagèrent les débris de l'empire seldschukide ; Kara-Jusuf ( Joseph le Noir ) , Kara-Iskender (Alexandre le Noir), deux princes de la fameuse dynastie du Mouton noir (1 ; ; Kara-Juluk ( la Sangsue noire ) fondateur de la dynastie du Mouton blanc. \jt surnom de Noir donné à Osman offre une grande signification , rapproché de celui de la première résidence du père de la tribu, de sa première possession dans Rum. Ertoghrul s'était établi d'abord à Karadschatagh (montagne noire), au nord-est d'Angora; Osman reçut pour premier fief Karadschahiszar ( château noir).
(1) Kara-Kojunlii, le* MatupeiroBarei des Byzantin*.