‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 246 sur 297 · XXIV · texte numérisé non relu

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gagé, qu'on vit A l'aile gauche de l'ennemi se détacher un escadron tout bardé de fer, qui vint fondre sur l'étendard du sultan Srlim (1): c'étaient des cavaliers d'élite de l'armée des mameluks, ayant à leur tête le sukan Tuman- Beg en personne et ses deux plus vaillants capitaines Alanbai et Kurbai (2). Tous trots avaient fait le serment de se saisir du sultan des Ottomans , mort ou vif. Ils se trompèrent et prirent le grand vesir pour le sultan. Sinan se tenait entre Mahmud-Beg-Ramasan-Oghli et AH le cliasnedar, Tuman-Beg courut droit sur le grand vesir, Alanbaî sur Mahmud, et Kurtbai sur Ali , avec tant d'impétuosité et de fureur que tous trois percèrent les adversaires choisis de leurs lances; pub, ils regagnèrent leur escadron, quoiqu'Aianbai fut grièvement bles>é d'une balle. Malgré la brillante valeur personnelle du sultan des mameluks et de ses fidèles compagnons, la bataille fut perdue & cause de la trahison de Ghasali, et de la supériorité de l'artillerie turque. Vingt-cinq mille mameluks couvrirent la plaine autour de Ridants. Selim transporta son camp d'Aadilije dans l'Ile de Wustanije en face du Kaire, sans se rendre dans la ville où il envoya une garnison [26 janvier 1617]. Tuman-Beg, qui s'était retiré sur Adwlje (3), opéra un mouvement en avant peuriant la nuit, rentra par Scheichunlje dans le Kaire et tailla en pièces la garnison. Selim ordonna à Junis-Pascha , maintenant grand vesir à la place de Sinan mort sur le champ de bataille, au begkrbegMustapha-Pascha,Araga des janilscbares Ajas, et à l'émir Alem-Ferhad , de se mettre à la tète des troupes d'élite, et de reprendre possession de la ville (4). Le huitième jour après la victoire de Ridania [31 janvier], les Ottomans pénétrèrent dans la ville où les mameluks opposèrent la plus vaillante résistance, de rue en rue, de maison en maison. Sur l'avis du traître Chair-Beg, Selim fit proclamer nne amnistie générale pour les mameluks: huit cents

(1) Seadeddin , fol. 699.

(2) Subeili, fol. 22 ; Ibn Seioel et Selimoame de Sehnkri.

(3) Iba Seioel, Subrili , fol. 23 ; le Sethnname de Keschfi transporte la priée de possession du Caire au t—, Moharrftn , fol. 65.

(4) Seadeddin , fol. 701 ;S*olak»de, fHchrtalMde , Sc-

lininaroe,fbl. 159.

des principaux se rendirent d'eux-mêmes ou furent livrés par les habitants sur la parole du sultan, qui les fit décapiter sur la place de Romeila (1). Ensuite commença le massacre général, à l'imitation des scènes ordonnées par Timur. Les cadavres de cinquante mille morts furent amoncelés dans les rues étroites de la ville (2). Selim se rendit dans le camp à Bulak, d'où il adressa des bulletins aux gouverneurs de l'empire, pour annoncer la conquête du Kaire. Douze jours après, du palais Jusuf, c'està-dire de la forteresse de Ssalaheddin , bâtie sur la hauteur, Selim contemplait les magnificences de la ville et du pays qui maintenant lut étaient soumis. I>e plus vaillant des begs égyptiens Kurtbai avait échappé à la décapitation des mameluks et au massacre généra) , caché dans une maison du Kaire. Selim, qui en fut informé, sans connaître le lieu de sa retraite, lui envoya, par un de ses amis, Jahja, fils d'Ebubekr, du drap et un livre (3) : le drap était un symbole de grâce, le livre, qui était le Koran, confirmait le serment de garantir la vie au prisonnier. Kurtbai , se fiant à une telle assurance, parut devant le sultan, qui le reçut assis sur son trône : « Tu es , lui dit Selim, un fameux chevalier, qu'est devenue maintenant ta vaillance?— Elle m'est restée , répondit Kurtbai. —Sais-tu ce que tu as fait à mon armée? — Parfaitement. » A la troisième question de Selim , comment lui, Kurtbai, avec Tuman-Beg et Alibai , avaient osé tenter une attaque contre la personne présumée du sultan : Kurtbai, qui avait autant d'éloquence que de courage , se répandit en éloges sur la valeur des mameluks , sur leurs mépris pour l'artillerie, qui donnait la mort à la manière des assassins. Il raconta comment un Mauritanien , au temps du sultan Eschref , avait apporté le premier des boulets de Venise en Égyptc, où ils reçurent un nom conforme a cette origine (4); et comment le sultan ainsi que les begs en avaient repoussé l'usage , indigne de la véritable valeur et des exemples du prophète, qui n'avait attribué à

(1) Seadeddin , fol. 701 ; SsolnUade, Dscbclalsade.

(2) Les mêmes.

(3) Ibn Seioel , fol. 40; Saheili , fol. 25.

(4) Biudikij c'est-à-dire les Vénitiens; c'est ainsi qu'on appelle encore aujourd'hui en Egypte les boulets cl les fusil».

l'Arabe que l'arc et le sabre, comme armes légitimes; comment ensuite le Mauritanien avait dit : « Qui vivra verra cet empire abattu par ces boulets »; il en est arrivé ainsi, et je le regrette, ajouta-t-il; mais toute puissance est en la main de Dieu ! « Si vous vous tenez ainsi, dit Selim, au Koran et ä la sunna, comment» fait-il donc que nous vous ayons vaincus et chassés, que toi-même tu te trouves devan moi prisonnier ? — Par le ciel ! répondit Kurtbai, ce n'est point votre courage, ce ne sont point vos manœuvres qui ont triomphé <fc nous, c'est le destin qui l'a décidé ainsi , paru que tout ce qui commence a une fin, et que \t durée des empires est mesurée. Où sont les ck> lifes, les champions de la foi? Où sont les pis? puissants empires du monde? Votre temps arrivera aussi , et votre empire sera réduit fi poussière. Au reste , je ne suis pas ton prisoenier, je me trouve ici garanti pour ma vie et ma liberté par le livre et le drap placés sous tes yeux. » Ensuite il flétrit avec énergie h trahison de Chair-Beg, qui assistait i cette scène, et finit par conseiller à Selim de faire couper la tête â ce serviteur maudit , pour qu'il ne l'entraînât point en enfer. Transporté de colère, Selim s'écria : a je voulais te laisser b liberté et même t'élever au rang de mes begs; mais, oubliant tout le respect que devait t'imposer ma présence, tu as donné libre carrière à ta langue. Celui qui s'approche des sultan* sans crainte , est chassé par eux sans pitié. —Dieu me préserve de faire partie des tiens! répondit Kurtbai. «Alors la fureur du sultan déborda de toutes parts; il appela le bourreau, et cent cinquante exécuteurs tirèrent aussitôt le sabre. « Que te fait ma tête toute seule? dit Kurtbai , lorsque tant de braves visent à la tienne. Pour le sol tan Tuman-Beg, l'aidcde Dieu lui suffit. »Selim fit signe au bourreau, et, lorsque celui-ci brandissait son glaive, Kurtbai adressa ces dernières paroles à Chair -Fk 5; : « Prends ma tête sanglante et dépose-là dans le giron de ta femme, traître ! Puisse Dieu te récompenser par la trahison ! »

Tuman-Beg et ses mameluks s'étaient enfuis sur la rive orientaledu Nil, du côté de Dschise, où ils cherchèrent assistance auprès des Aratvs hawares. Tuman-Beg remità ces peuples les impôts pour trois ans, et à grand peine put-il

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