LIVRE XXIV
que gronder au-dessus d'Idris et de Kemal-Pascbasade , éclata tout à coup sur le grand vesir , auquel un garde du corps abattit aussitôt la tète sur l'ordre de Selim. D'après la hiérarchie, le second vesir Seinel aurait du être porté à la place de Junis- Pascha ; mais Selim ne voulut conférer la première dignité de l'empire ni à Seinel ni au Nischandschi-Pascha-Mohammed; le premier ne lui paraissait pas assez capable, ni l'autre assez expérimenté; il appela au grand vesirat le kaimakan de Gonstantinople Piri- Pascha, qui jouissait auprès de lui d'une haute estime depuis la veille de la bataille de Tschaldiran. A Damas, Selim descendit de cheval près du tombeau du grand Nureddin, et fit halte jusqu'à l'arrivée du nouveau grand vesir [6 octobre 1617]. Là, il reçut les hommages des tribus arabes du désert de Syrie, qui n'avaient point encore assez formellement reconnu sa puissance; telles que les Beni-lbrahim, les Beni-Sewalim, les Beni-Atta, les Beni-Attije, les Beni-Saad, et confirma aux moines du Sinaï la prétendue lettre d'immunités du prophète. À Damas, arrivèrent aussi les revenus de la Rumili , levés par les juges et les administrateurs des fiefs, pour acquitter l'emprunt que le sultan avait fait aux possesseurs des grands fiefs de cavalerie à l'ouverture de la campagne. Il y avait cent millions d'aspres, qui depuis trois mois étaient à Alep; alors, sous l'escorte des commandants d'Alep, d'Himsz et d'Hama ces sommes furent apportées au camp, puis versées dans le trésor du sultan (1). L'organisation financière de la Syrie et la levée des plans du pays devinrent maintenant les objets principaux de l'attention de Selim. Ces travaux furent confiés à trois des employés les plus capables : au fils d'Idris, ancien juge de Jenischchr, nouvellement nommé juge de Tripolis, Ebulfasl; au fils deFenarisade Nuh-Tschelebi ; et au fils d'Abdullah-Pascha AbduWCrimtschebei ; le premier fut chargé du sandschak d'Himsz, Hama, Tripolis; le second, de Damas; et le troisième, d'Alep (2).
Selim ne négligea pas non plus à Damas d'assurer les rapports extérieurs de l'empire, et
(1) Seadeddin , I. iv, fol. 713.
(2) Seadeddin, I. nr , fol. 713, et l'Histoire du fil» dïdm,foU38.
renonvella les capitulations avec Venise. Les deux envoyés, Bartolomeo Gontarini et Aloisio Mocenigo , avaient déjà baisé au Kaire le bord du vêtement du sultan, qui les avait reçus avec la plus grande bienveillance. Gontarini suivit le sultan à Damas; Mocenigo, d'après le désir de Selim, se rendit sur la flotte à Gonstantinople. Le 17 septembre fut renouvelée la capitulation vénitienne; on y ajouta la stipulation du tribut annuel de 8,000 ducats pour Chypre, que Venise avait jusque-là payé au sultan des mameluks (1); la trêve avec les Hongrois fut aussi prolongée d'une année, comme elle l'avait été en 1516; néanmoins, le beg de Swornik Mustapha- Beg périt dans une attaque subite faite par les Hongrois, ainsi que le prince Suleiman le manda d'Andrinople à Damas; dans cette capitale de la Syrie arriva aussi une ambassade du schah de Perse avec des présents, et pour offrir au sultan des félicitations sur la conquête de la Syrie et de FÉgypte ; et de Kumach, parvint le rapport du gouverneur Mohammed-Kart schin sur la soumission de tout le Kurdistan (2).
Pendant son séjour à Damas, Selim s'éloigna un jour rapidement sous un déguisement, pour aller, en toute hâte, visiter les saints tombeaux d'Hébron et de Jérusalem; il accomplit son pèlerinage au milieu des torrents de pluie , et revint aussitôt à Damas (3). Son dernier acte solennel dans cette ville, fut la consécration d'une mosquée élevée par lui au-dessus du tombeau du grand scheich Mohijeddin-Al-Arabi, et richement dotée; des scheichs y furent attachés pour lire le Koran, d'autres pour l'expliquer; et des pauvres y recevaient journellement la nourriture. Le sultan conféra le gouvernement de Damas à Dschanberdi-Ghasali (4), et partit pour Alep. A Damas, il avait perdu son confident et son maître, le savant philologue Halimi; et non loin d'Alep mourut le vesir Hersek-Ahmed-Pascha , fils du duc de Saba Etienne-Cossarich, qui, pendant un demi-siècle , avait rendu tant d'importants services à l'empire ottoman, et avait occupé quatre
(1) Chronica di Marioi Sanuto, I. ni.
(2) Seadeddin , I. it , fol. 712.
(3) Mouradjea d'Ohwou, édition 8°, l*e part., p. 309.
(4) Seadeddin , I. iv , fol. 715; 1« fils dïdrU, fol. 140.
fois la première dignité de l'État. Sa mémoire est conservée par la mosquée et la cuisine des pauvres subsistant encore aujourd'hui , qui furent construites à la pointe la plus extrême du golfe de Nicomédie, sur le rivage méridional^). Selim séjour; a deux mois à Alep, et fut deux autres mois a se rendre à Cooslaotinople. Apres quelques jours de repos, U quitta de nouveau Constantinople, et se rendit à Andrinople [4 août 1516 j.
Huit jours après l'arrivée du sultan à Andrlnople, le prince héréditaire SuWûnan, qui jusqu'alors avait été lieutenant de son père en cette ville, prit solennellement congé, et partit pour son gouvernement de Ssaruchan, avec une augmentation de revenus de 000,000 asprès. Peu de jours après, mourut le vesir Niscnandsebi-Cborischa Oghli- Mobammed~Pascha. A sa place, Selim éleva son beau- père, Mustapha-Pascba. Cette année-la, le sultan donna au nouveau eban de Crimée , son beau-père Mona mmed-G irai , fils de Mengli-Girai, mort quatre années auparavant, l'investiture de la Krimée , avec un traitement quotidien de 1,000 aspres (2). Quoique uni par les liens du san^ç avec le eban de krimée, Selim éprouvait contre lui, vers la fin de son règue, une jalousie plus puissante qu'il n'en avait ressenti contre le schab de Perse et le sultan des mameluks, < Sais-tu, disait-il un jour au grand vesir Piri, que je crains ces Tatares plus que les Persans; leurs chevaux n'ont besoin ni de fer ni d'éperons; ils traversent à la nage des neuves devant j lesquels s'arrêtent nos armées pour construire des ponts, et dans vingt-quatre heures ils parcourent autant d'espace que d'autres en quinze jours, 4e désire, par mou diplôme et la solde ; que je lui affecte, placer ce prince au rang de mes autres serviteurs. • l.e diplôme fut expédié conformément à cet ordre, et non-seulement J Mohamme4-G irai accepta cet honneur qui était pour lui un nouveau lien de sujétion, mais il envoya, comme gage de sa fidélité, son frère Seadel-Girai à Con*untinoplc(3). Comme nous n'avons point fait mention des souverains de la Krimée depuis la fin du règne de Ityjesid et
(I) Ewlia, MfrnKikol-H«lKb,p 25.
Ci) Mouradjea AOhuon, t. iv, p. 43U.
(3J Aali , et d'aprè» lui ifcolaUade ,fol. 80.
| l'a vénement de Sel im, qui avait en besoin d g l'assistance de son beau-père contre son père et ses frères, il nous sera permis dédire ici quelques mots sur le règne contemporain de Menpli- Girai; car l'histoire des souverains de b Krimée, qui commence par loi, marche parallèlement avec celle des sultans, et s'y trouve étroitement unie. Meoßli-Girai, doué d'un esprit cultivé, ami des sciences, réjpia quarante-sept ans et huit mois , et mourut dans sa aoiiaoteonzierae année [1Ä14). Il laissa hait fils: Mo-
frère, Behadtr-Girai , pour kaltfia, oa son successeur sur le trône de Krimée. MciigltGirai fui enseveli a Ba^dscherai. dans un tombeau construit pour recevoir sa dépouille mortelle. I Ku récompense des services qu'il avait rendu» au sultan Bajesid, pour la conquête des places de kili et a Àkkcrinan et dans les expéditions de Pologne, lui fureut attribués les revenu* de* ports de Kaffa , G*slev*e et Baliklawa, ssus le nom à argent de kaftem, et le vtonrode de Moldavie lui céda des villages et des domaiaes sur le Dniester. Outre les exploits dont U vient d'être question, Mengli-Girai avait étouffé le» troubles intérieurs provoqués parSeid-Ahmni. et il avait soumis la vMe de Seolkat, située i quatre lieues au sud de Kaffa, sur le pencbaoi du mont Ap,harmiseh.
Le successeur d'Ali -Bpg, comme interprète de la Porte, le sipalü Junis, fut envoyé commf ambassadeur à Venise, pour présenter des réclamations relativement a la capture de vaisseaux et de sujets turcs, dout l'enlèvement était constaté par les téurignagea des sand scnak>negs et deskadis ( 1 ). Aux Ragusains. IIM signifié qu'ils devaient porter à cinq pour cent les droits fixés à trois dans les derniers temps (2). A Andrinople* on vit aussi paraîtra un envoyé espagnol, pour obtenir de Selim la conArmatiou des libertés de réalise du Sa**- Sépulcre et des |)èlerins, moyennant le paiement annuel de la somme versée, auparavant entre les mains du sultan des mameluks. Seiini le reçut gracieusement, lui donna le kaftan avec 6,000 aspres, et promit d'accorder Kotajet
f I) l.etttra di s. Seliiu »II» signnria, àè» •J0»»»«t,r 1618 , da AoAràopolK dan» Marwi Sawtto.
(2; Décembre 151« , dans Mariai SaautS