‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 26 sur 297 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

lève le tombeau d'un abdal , c'est-à-dire, d'un Terwisch ou serviteur de Dieu, enthousiaste jusqu'à la folie, qui meua les troupes ottomane armée* de sabres de bois à la conquête de ce lieu ( 1 ). De l'autre coté du golfe était le château de !Ierekei"2; l'ancien Ankyron, où mourut Constantiu , dont les murs dévastés couvreui encore aujourd'hui le penchant de la montagne jusqu'au lx>rd de la mer. Il était tombé sous les coups de Karaali (le noir Ali), père du fameux lîe^ler-Beg-Tiraurtasch ; et maintenant les Ottomans, maîtres de Jalowa, Ilerekeet jSicomédie . menaçaient la capitale de l'empire byzantin. Les historiens byzantins placent la conquête de Nicomédie beaucoup plus tard; les écrivains turcs la rapportent aussitôt après la chute de Kojuuhiszar (Baphcum) , alors qu'Osman remporta la première victoire importante sur Muzalo, général grec. Ensuite Aghclie-Kodscha s'empara de la capitale de la Bithynie, cette résidence magnifiquement ornée de Dioctétien, avant qu'il ne déposât le diadème dans la plaine de Nicomédic , et qu'il n'allât transporter sa demeure sur la cote de Daimalie. Kaloioannes, frère de Marie Paléologue, cette fameuse souveraine des Mongols , défendit vainement Nicomédie contre la puissance des Ottomans. Sa tète tomba avec la ville.

Un siècle après l'émigration d'ErtoghruI du pays de Rum, trente ans après la fondation de la puissance indépendante des Ottomans, trois ans après l'avènement de leur second souverain, dans l'année même ou Charles le Bel , roi de France, mourait à Paris, où Ixwis de Bavière se faisait couronner empereur de Rome , où à Constantinople le vieux Andronic était précipité du trône et jeté dans un cachot par son petit-fils , l'empire ottoman fut affermi par les premières lois et les premières institutions politiques qu'Alaeddin avait méditées dans le silence. Ces principes, établis suivant les besoins de l'État, sont la quatrième base du droit politique de l'islam , et, d'ailleurs, ne sont nullement en contradiction avec les trois sources plus sacrées, la parole

Dieu ( le Koran), la parole du prophète ( la Sanna), et la décision unanime des pères de l'Église islamite ( les quatre grands imams ) ; ils

(1) ldrâ , fol. 104.

P) VoyaueàBnwa,p. 159.

suppléent seulement à leur silence, remplissent les lacunes qu'elles ont laissées, et, sous le nom d'urfi, c'est-à-dire de législation volontaire, forment la règle de l'islam appliquée aux besoins progressifs de l'État. Dans ta suite, cette législation fut désignée dans l'empire ottoman par le mot grec Kanun; et cependant la collection appelée Kanunname, c'est-à-dire le droit canonique, n'est pas un recueil de droit ecclésiastique; c'est plutôt un code politique. Plus d'une fois il sera question de. pare il s livres canoniques du droit ottoman , lorsque , dans cette histoire, nous parlerons des législateurs successifs. Trois objets sont particulièrement traités dans les institutions conçues par Alaeddin et adrmtées par l rchan : les monnaies, le costume et l'armée. Le droit de battre monnaie et celui de se faire nommer dans la prière publique et solennelle récitée tous les vendredis, sont les deux marques caractéristiques de la souveraineté de l'islam. Selon plusieurs écrivains ottomans, onze années déjà avant le partage de l'empire seldschukide, lorsqu'il fiât investi par le drapeau et le tambour, par le cheval et l'épée, comme prince gouverneur de karadschahiszar , Osman aurait fait substituer dans les prières publiques sou nom à celui d' Alaeddin 111 , dernier souverain de la dynastie des Seldschuks ; mais cet acte de rébellion ouverte contre le suzerain n'emporterait pas avec lui un grand honneur, et serait peu croyable de la part d'un simple châtelain insignifiant avant la chute défiuitivc de l'empire. Les mêmes écrivains, qui ne croient pas pouvoir attribuer assez tôt au fondateur de l'empire l'exercice des deux droits de souveraineté , lui font aussi battre monnaie dès la première année de son autorité indépendante sur Karadschahiszar. Cette assertion est encore moins soutenante que la première; ear si la prière publique au nom d'Osman ne fin; récitée qu'à partir de la première année de son véritable règne indépendant, les monnaies ottomanes, furent frappées seulement dans la troisième année du règne d l rchan. Le vesir Alaeddin, disent les auteurs originaux de l'histoire ottomane, représenta au souverain son frère^ue jusqu'alors la monnaie courante n'avait présenté que l'empreinte des Seldschuks d'IconUim. et que,

esortuais, rnr ut van jHnacrH; uum avfviiau.

Si Osman eût fait battre monnaie le premier, il

n'eût pas manqué de faire graver son nom sur les pièces; et l'on ne peut dire qu'il aurait conservé le coin en usage sous les Seldschuks, car rétablissement de Konia, seconde capitale de ces princes, échut à un autre chef plus puissant qu'Osman , et dans le petit château de Karadschahiszar, où Osman exerçait aloru une autorité assez insignifiante, même dans sa résidence postérieure de Jenischehr, d'après toutes les dates numismatiques, on ne frappa jamais de monnaie. Ainsi donc, on est forcé de croire qu'avant Tannée 7*29 de l'hégire, 1328 de l'ère chrétienne, aucune monnaie ottomane n'avait été frappée, et que le véritable exercice des deux droits de la souveraineté dans les opinions de l'islam ne peut dater, pour les princes ottomans, que de cette époque. Depuis , trois fois seulement un changement a été opéré dans la prière publique, et toujours pour ajouter aux honneurs déjà rappelés : 1° le titre de sultan fut substitué â celui d'émir sous Bajesid Pr; 2" la qualification de maître de deux continents et de deux mers fut ajoutée après la conquête de Constantinople sous Mohammed II; enfin, la formule se compléta par l'adjonction des mots de protecteur des deux saintes villes de La Mecque et de Médine, après la conquête de l'Égypte sous Sédine Ier. Quant aux monnaies, elles ont subi bien des altérations toujours plus funestes à mesure que l'empire tombait en décadence ; nous les rappellerons chaque fois dans leur lieu.

L'attention d'Urchan , ou plutôt d'Alaeddin, se porta sur le costume , non pas tant toutefois sur les vêtements mêmes que sur les couleurs et la forme de la coiffure. Bien que plus tard aussi la coupe , l'étoffe, la bordure et la doublure des divers kaftans, dolimans et des pelisses d'honneur aient été réglées en partie de la manière la plus précise par le cérémonial et par des lois somptuaires, alors ce ne fut point encore la question; il s'agit seulement delà coiffure qui de tout temps a été un signe caractéristique et distinctif en Orient pour les nations et pour les classes , ainsi qu'on peut le voir déjà par les sculptures de Persépolis. Les Grecs , au temps d'Osman, aimaient les bonnets dorés, et les Turkmans des bonnets de feutre rouge avec des dulbend de couleur ( turban) (1). Afin de

(1) Idrî» , fol. 108; Seadeddm , fol. 23 , dans Bralulli,

distinguer les Ottomans de ces deux nations , les bonnets de feutre blanc furent adoptés comme la coiffure générale des guerriers et des serviteurs des princes. Leur forme était ohlongue à la manière d'un choux palmiste , comme on pouvait encore le reconnaître au turban du sultan Urchan sur son tombeau à Brusa, avant que ce monument fût détruit par les flammes. En campagne , les begs «Mix-mèmes ne portaient que des bonnets de feutre blanc, dont les fabriques étaient alors à Riledschik ; mais, dans les cérémonies, à l'exemple du prince, ils les entouraient d'une étoffe blanche roulée en bourrelet. Le turban d'Urchan, dont le kaftan daill» urs ne différait en rien de celui de son père, ne se dislingue de la coiffure d'Osman que par les bouffantes en forme de nacelle ( 1 ) : au reste, cette coiffure offre une grande ressemblance avec la mitre du grand prêtre des Hébreux, qui rappelle à son tour celle des Mages sur les sculptures de Persépolis, et la représentation hiéroglyphique du soleil dans une nacelle <n forme de demi-luue. Le règlement du turban ne subsista sans altération que durant deux règnes , car , sous Bajésid llderim . si les employés de la cour conservèrent, comme sous Urchan, les bonnets blancs, parmi les serviteurs des beg.s et les officiers, sur la proposition du premier beglerbeg de l'empire. Timur lasch, furent repris les bonnets rouges. Les deux feutres blanc ou rouge restèrent simples jusqu'à Mohammed le conquérant, époque à laquelle on se mit à les broder de raille manières. Alors les blancs turent exclusivement affectés aux janitschares, et diverses autres espècesde coiffures furent introduite.^ 1). On appela boerck les simples fru t res, ket sehe ceuxque portent les janitschares avec un large morceau d'étoffe descendant par derrière, et ceux de leurs officiers supérieurs, qui sont faits en forme de cylindre, reçurent le nom d'uskuf. Le boerek, ainsi qu'on vient de le dire, fut introduit par le vesir Alaeddin sous Urchan comme la coiffure générale, puis, sous Bajésid Ier, limité à l'armée par le beglerbeg Timurtasch, pour se charger enfin de broderies et d'ornements sous Mohammed 11. La forme particulière du ketschc remonte à la bénédiction du derwisch Hadschi-

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