LIVRE III
res, ni les fiefs de* piaries, s'appelait asab (libre r t léger ) ; tes hommes étaient des batteurs d'estrade à pied, comme les akindschis étaient les coureurs \ cheval.
Dans Va suite, ils furent placés comme rameurs sur les galères du Grand Seigneur, employés à crenser des fossés , à construire des ponts, et, dans les situes, à combler les fossés de leur corps , afin que les janitschares s'élançassent d'un pied plus ferme à l'assaut.
La cavalerie fut , comme l'infanterie, divisée en troupe régulière et irrégulière: la cavalerie permanente et soldée forma quatre corps , à l'instar de la garde de la sainte bannière, instituée jadis par le ehalife Omar. D'abord elle ne comprit en tout que deux mille quatre cenls hommes (1 ): sous Suk iman le Grand, elle s'élevait i quatre mille: savoir, mille sîpahis (cavaliers proprement dits), mille sisihdars (cavaliers voyageurs mille ulufedsehis (cavaliers mercenaires , et mille ghufebas (cavaliers étrangers;. Divisée en quatre escadrons, à droite et à gauche de l elendard sacré et du sultan , elle remplissait les fonctions de garde d'honneur, et occupait le centre dans l'ordre de bataille et dans le eâmp (2.). Outre celte cavalerie soldée , plus tard considérablement augmentée, qui, sons le nom des sîpahis , se fil connaître de aussi bien que les janilschares, une troupe à cheval, investie de comme les piades. Ces cavaliers s'appelaient inoszellimans ( exempts d'impôt ) ; ils étaient commandés par des officiers nommés ssubaschfc , quand leurs hommes passaient le nombre de cent, binbaschis, quand ils en araientplus de mille, et sandschakbegs (princes des étendards) (3;. Cette hiérarchie du service militaire se conserva , dans la suite, dans la cavalerie beaucoup plus grandement formée des powesseorsdes petits et desgrands fiefs (Timars et Sismét*) (4). La cavalerie irrégulière, qui ift m soldée ni investie de fief, uous avons
(1) M*ora4)e4 «TOhsdon, Tabfcau de rempire ouonu, ICI, p.- 31)1.
(î) Paolo Ciovio, Cosc de'luicbi , avec beaucoup de taafa; Warrinh stato del impeto ftziomarino , et Moundjea d'Obsuon.
{3f Seadeddin , Idrîs , Stoiaktudc , Aali et Mouradjf a
U UDiSOf) j lll , p. ,
(4) Le même, et CoasUtution et admio'tUraüo» de l'empire oltomau , p. 337.
pu déjà la connaître, sous ïc nom des akindschis, par ses premiers services militaires prêtés à Ertoghrul, sous Alaeddin 11, puis par la première expédition d'Osman dans les cantons septentrionaux de l'Asie Mineure, alors qu'il fut accompagné par son ami, le chätelaiu grec, Kirsc-Michal , et que le chemin lui fut indiqué par le tschausch-samszana. Les sîpahis réguliers et les akindschis irréguliers à cheval, comme les janilschares et les asabes à pied, furent la terreur de toute l'Europe , aussi longtemps que les Turcs la menacèrent comme conquérants. Les akindschis, au temps du premier siège de Vienne , |»oussèrent leurs courses par delà Linz, jusqu'à Regensburg (Ratisbonnc;, portant le fer et le feu dans le cœur de l'Allemagne. Leur chef était alors un Michal-Oghli , descendant de ce Kœse-ÎMichalqui. dans la première irruption d'Osman, conduisait les coureurs; depuis, le commandement était passé héréditairemenl à sa postérité, comme l'hetmanie se transmet chez les Cosaques. Cette perpétuité inaltérable de l'institution primitive se trouve à chaque pas dans l'histoire ottomane; et souvent elle épargne bien des investigations pour rattacher le présent au passé. Comme îe tschausch-ssamszaitia avait indiqué le chemin à la première expédition dans le pays ennemi, ainsi, dans la suite, les tschauschs qui, dans leur mission comme messagers d'État , avaient appris à connaître le pays, furent employés A servir de guides â l'armée qui suivait leurs traces. L'histoire des relations diplomatiques ou militaires de la Hongrie ou de l'Autriche avec la Porte nons montre, presque en même temps, les missions des tschauschs et les ravages des akindschis.
Immédiatement après les institutions d'Alaeddin , les historiens ottomans placent la conquête de Mcéc, que les Byzantins font précéder du combat de Pelccanon et de la défaite des Turcs devant Philocrène. L'empereur Artdronicus le Jeune, fatigué des irruptions incessantes d'L'rchan, poussées jusqu'au rivage asiatique du Bosphore, résolut enfin de marcher en personne pour les arrêter. Il consulta Kontophrts, son grand veneur (î), qui déjà, comme gouverneur de Mésothyne , la partie la
(I) Cauiacuzèoe , 1. u , c , p. 210.
plus occidentale de la Bythinie, avait succédé à Muzalo, précédemment battu par Osman près de Nicomédie (1). Kontophrcs, en homme expérimenté, et bien au courant du genre de guerre des Turcs, conseilla de ne pas perdre de temps, et d'opérer de suite, à la fin de mai, avant que les Ottomans , avec leurs troupeaux , ne gagnassent les montagnes (2). Des troupes furent donc rassemblées à la hate des environs de Byzance, de Diinitoka (Dydimotichon)d'Andrinople et de Thrace, car il était trop tard }>our en appeler de la Macédoine et des contrées plus éloignées. Dès le commencement de juin (3) ces forces furent débarquées à Skutari (l'ancienne Chrysojiolis), aujourd'hui faubourg de Constant inople, sur la rive asiatique du Bosphore. Urchan , informé de ce mouvement , se (wrta avec de l'infanterie et de la cavalerie sur les hauteurs qui dominent la côte de la Mérothyne[l330]. Après avoir fait en deux jours quatre lieues de chemin, l'empereur campa le matin de la troisième journée à Pelecanon ( aujourd'hui Maldepe), d'où il apercevait les Turcs sur les hauteurs. Le conseil de guerre décida qu'on ne devait pas se hasarder dans les vallées et les défilés occupés par l'ennemi, mais qu'il fallait lui offrir ici le combat dans la plaine , et , s'il ne l'acceptait pas, retourner à Constantinople (4). Cette résolution adoptée, l'on passa la nuit a Pelecanon. A la naissance <lu jour, après la prière ordinaire du matin, 1 is trompettes des troupes byzantines donnèrent le signal de se ranger en bataille. Urchan dis- |iosa ses soldats derrière les hauteurs, en cacha une partie dans des enfoncements, et ordonna à trois cents de ses plus habiles archers à cheval d'attaquer l'ennemi , ce qu'ils firent avec d'autant plus de courage que les Grecs occupaient la plaine favorable à la cavalerie, tandis que les Ottomans se tenaient sur un terrain montagneux coupé de fossés. De huit mille hommes dont se composait l'armée d'Urchan , il en avait placé mille au centre , mille à l'aile droite, mille à l'aile gauche, en les couvrant par des collines avancées, de telle sorte que si
(1) Pachy niera , 1. nr, c, p. 25 , édit. de Rome, L h, p. 225.
(2) Cantacuzèoe, 1. h , c. 6, p. 210.
(3) fbid.,1. n,c.6,p. 213.
(4) Ibid., p. 211.
l'ennemi voulait poursuivre les cavaliers, qui , fuyant à la manière des Parlhes ( 1 ), se retournaient pour lancer des flèches , ils pussent les recevoiravec des forcesetune vigueur nouvelles. L'empereur, à la vue des trois cents guerriers descendant des hauteurs , choisit un nombre égal parmi les siens , et les plaça sous le commandement du grand hétériarque ( capitaine des gardes) Exotrochos. Le courage.de ses troupes dut être refroidi plutôt qu'enflammé par le long discours de l'empereur , s'il le prononça véritablement tel que le rapporte Cantacuzène, qui assistait à ce combat revêtu de la dignité de grand domestique (2) ; mais cette harangue n'a pas plus de droit â notre croyance que le récit du combat des trois cents Turcs contre les trois cents Grecs, renouvelé trois fois dans la journée, et dans lequel les premiers auraient laissé cent morts sur le champ de bataille , tandis que les Grecs n'auraient pas eu un seul homme tué , et n'auraient compté que quelques blessés (3). Alors L'rchan fit avancer mille hommes contre les trois cents Grecs dans la plaine. L'empereur, après avoir loué le grand hétériarque pour son intrépidité dans le triple combat, ordonna de relever l'escadron fatigué par des troupes fraîches , sous le commandement du grand stratopédarque , Manuel Tagaris. Dans cette nouvelle lutte, longue et acharnée , les Turcs perdirent cinquante des leurs ; du côté des Grecs il ne tomba qu'un seul homme , et quelques chevaux seulement furent blessés. Alors Urchan déboucha des défilés avec toutes ses forces, confia la conduite de l'action a son frère Alaeddin , et se tint en observation sur les hauteurs. L'empereur s'avança contre les Turcs avec toute son armée , dont il conduisait le centre, tandis que l'aile droite et l'aile gauche étaient commandées par les deux Cantacuzèoe , le grand domestique et son cousin Joannes Angelus. Suivant le rapport du domestique , les Turcs perdirent encore là cent cinquante hommes , et les Grecs ne virent pas tomber un seul des leurs , n'eurent pas même un çheval blessé. Comme la nuit s'avançait , le
(1) Cantacuzèoe , 1. u, c. 6 , p. 211.
(2) Ibid., iota. i«r, c. 7, p. 2t5, Nie. Gré©., ». " c. 9, loin, i , p. 206.
(3) Cantacuzène , tom. h , c. 6, p. 211.